Category: Shudder

  • [Critique] Good Madam: une vie de servitude, même dans la mort

    [Critique] Good Madam: une vie de servitude, même dans la mort

    La pandémie aura certainement été un prélude fertile à plusieurs excellents long-métrages d’horreur réalisés avec une économie d’argent et de moyens. À ceux-ci s’ajoute Good Madam, une réflexion horrifique sur les relations de race et de classe en Afrique du Sud.

    Prise dans une période difficile, Tsidi n'a d'autre choix que de retourner vivre avec sa mère, Mavis, qui a passé toute sa vie au service d'une «madame» blanche aujourd'hui catatonique. Malgré le mutisme et l'inactivité de la maîtresse, Mavis voue tout son temps et son énergie aux travaux de la maison sous l'oeil critique de sa fille, qui essaie de réparer les blessures familiales malgré les incidents de nature surnaturelle qui s'enchaînent et la rendent de plus en plus inquiète pour la sécurité de sa mère.
    Good Madam affiche film

    De son titre original Mlungu Wam (une expression d’anglais familier sud-africain qui signifie «mon employeur» et se traduit par «ma personne blanche»), Good Madam expose les dynamiques sociales et la relation au pouvoir léguées par la ségrégation raciale à travers le quotidien de deux femmes à la relation brisée. Pour la réalisatrice Cato Bass (High Fantasy), le personnage de gouvernante est un exemple aussi parfait que commun des relations raciales dysfonctionnelles en Afrique du Sud. Son oeuvre nous confronte au lien de codépendance perfide présent dans la culture de maître-serviteur à travers le récit, évidemment, mais aussi de nombreux plans sur les mains désincarnées de Mavis, prise dans un cycle interminable de tâches domestiques répétitives comme la vaisselle ou le récurage. Ceux-ci font contre-poids à des plans statiques sur l’intérieur de la maison et des objets traditionnels réduits à de simples décorations pour créer un effet fort réussi. Une trame sonore composée de chants africains accompagne le film qui se déroule en anglais et en xhosa.

    En 2022, on ne peut parler d’horreur politique sans évoquer Jordan Peele — la ressemblance avec l’affiche d’Us est d’ailleurs remarquable — de même qu’à d’autres œuvres récentes aux thèmes similaires, comme Antebellum ou le dernier Candyman. Puisque l’Afrique du Sud possède une histoire fort différente de celle des États-Unis, il serait injuste de comparer le traitement des thèmes, catégorie dans laquelle Good Madam s’en sort avec brio. Par contre, Bass démontre une maîtrise moins experte des codes de l’horreur que ses contemporains. Même si l’intérêt ne se perd pas, le suspense et la peur sont peu au rendez-vous, en partie parce que les rares éléments horrifiques ont tendance à se dérouler de façon trop vite, trop courte et trop imprévisible pour avoir un impact véritable.

    Le trauma générationnel qui relie les personnages est fort bien porté par les actrices qu’on sent investies, mais, malheureusement, les conflits qui rythment leurs interactions font en sorte que leur jeu se limite à la peur, la colère ou la résignation. Quelques moments d’accalmie et de complicité nous auraient aidé à être plus touchés par leur malheur.

    Notons que pas moins de treize individus se partagent le titre de co-scénariste, ce qui explique peut-être le manque de cohésion du récit. Parfois sous-exploitées, les idées de tous ces auteurs donnent l’impression de se bousculer sans jamais pleinement se formuler. Ultimement, le film se termine de manière peu concluante, alors que le spectateur essaie de démêler le pourquoi du comment sans vraiment comprendre ce qui s’est passé.

    Il est facile devant sa distribution presque entièrement noire d’oublier que Good Madam a été réalisé par une femme blanche. Alors qu’on ne peut questionner la pertinence d’une critique de l’Apartheid dirigée par un regard noir, on peut se demander s’il n’aurait pas été préférable de laisser cet examen à un autre. Faites-vous votre propre idée en écoutant le film dès sa sortie sur Shudder le 14 juillet.

  • [Critique] The Twin: en apparence identique, mais somme toute bien différent

    [Critique] The Twin: en apparence identique, mais somme toute bien différent

    Taneli Mustonen, le cinéaste finlandais nous ayant offert le macabre Lake Bodom en 2016, renoue avec l’épouvante avec son dernier long métrage The Twin, disponible le 6 mai prochain chez Shudder et en vidéo sur demande. Ce dernier met en vedette, entre autres, Teresa Palmer, tête d’affiche dans Warm Bodies et Lights Out. Après avoir exploré la terreur à son état pur, le réalisateur nous laisse cette fois-ci couler tranquillement dans les eaux troubles d’une âme en deuil.

    Un couple déménage en Finlande à la suite d’un tragique accident lors duquel un de leurs jumeaux perd la vie. Dévastée, la mère Rachel, tente malgré tout de retrouver une certaine quiétude dans sa nouvelle maison. Toutefois, le drame revient au galop lorsque le frère du défunt dit être entré en contact avec lui. 
    The Twin affiche film

    Nous sommes introduits dès les premières images à une atmosphère sereine que l’on devine menacée. L’élément déclencheur de la descente aux enfers nous frappe de plein fouet au cours des deux premières minutes. L’horreur proposée par la prémisse du film se mélange aussitôt au drame psychologique, et nous sommes plongés tête première dans le désarroi.

    S’en suit le déménagement (dans une grande maison un peu sinistre et semi-meublée!) et la vie continue péniblement, mais sûrement. Rachel vacille entre courage et désespoir. Jusque-là, tout semble être disposé pour que nous nous fassions semi surprendre par quelques sauts amenés lentement mais sûrement lors de scènes angoissantes. Mais The Twin n’emprunte pas cette voie et continue de frôler de près le drame tout en suggérant l’horreur. Ce calibrage des deux genres peut souvent être un piège à longueurs et à la mise en attente de l’effroi. Le film n’échappe pas à cette tendance, mais garde son attrait par la beauté de ses paysages, son jeu d’acteurs réussi et son revirement inattendu.

    Difficile d’être clair dans sa critique sans divulgâcher les événements qui combleront le dernier tiers du film. Après quelques mises en situation douteuses (rituels étranges et sans attache précise au reste de l’histoire) et plusieurs personnages venus de nulle part, la finale vient donner un sens à l’apparent désordre du film. Disons simplement que la confusion a sa place de choix. Dans un style similaire à Relic, The Twin explore le mal-être de l’humain confronté à une réalité si pénible à accepter que le corps, le cœur et la raison s’entêtent à la rebuter. À regarder… jusqu’à la fin!

  • [Critique] Teddy: quand Napoléon Dynamite rencontre The Wolf Man

    [Critique] Teddy: quand Napoléon Dynamite rencontre The Wolf Man

    Il est assez rare qu’on ait la chance de voir un film de loup-garou provenant de nos cousins européens, alors quand ce même long-métrage se voit en plus sélectionné à Cannes, il se glisse automatiquement sur notre liste de visionnements. Teddy est enfin disponible via Shudder et à l’achat numérique.

    Teddy est un jeune homme avec peu de lettres et d’esprit qui habite dans un petit village près des Pyrénées. Il a quitté l’école en sixième année et travaille dorénavant dans un salon de massage. Par un soir de pleine lune, il sera attaqué par un étrange animal et se met soudainement à changer.

    Écrit et réalisé par Ludovic et Zoran Boukherma, Teddy est un film qui risque de se retrouver le derrière entre deux chaises pour avoir tenté d’être trop de choses à la fois. Les films métaphorisant le passage de l’enfance au monde adulte par la lycanthropie ont toujours été omniprésents dans le cinéma de genre. Qu’il s’agisse de Cursed, Teen Wolf ou Ginger Snaps, les changements physiologiques et psychologiques d’un adolescent se transformant en individu mur ont souvent été porteurs de fantastique. Ici, cette métamorphose traduit certainement un affranchissement de ce monde formaté dans lequel il n’a jamais fait bonne figure. Évidemment, nous somme davantage dans les allégories sociales que dans une véritable histoire de monstre. Cependant, le duo ne possède ni la verve des frères Dardenne pour les observations sociales, ni l’emportement de Quentin Dupieux pour les récits exacerbés. L’incursion dans l’univers de ce jeune marginal demeure sous-exploitée et les dénonciations fort valables que pose le scénario manquent de clarté et de justesse. Doit-on plaindre ce jeune homme qui est le fruit d’une société déficiente n’ayant pas su l’encadrer ou doit-on rire de lui? D’un côté comme de l’autre, les propos manquent d’orientation.

    Teddy a tout de même le mérite de mettre en bouche plusieurs dialogues loufoques à ce personnage atypique. Avec son ton complètement décalé, la première partie nous laisse sous-entendre que la banalité de la trame usuelle du film de loup-garou sera déconstruite par son approche. Pourtant, le style s’effrite trop rapidement, et malgré quelques observations amusantes, la banalité s’installe. On ne peut aucunement se laisser emporter par les trop rares passages horrifiques pour se satisfaire, et la satire qu’on s’entête à nous dresser tourne en rond.

    La réalisation est acceptable, mais peine à colmater les trous scénaristiques avec des touches inventives. Cela dit, le jeune Anthony Bajon (La prière) incarne le rôle-titre de manière viscérale et apporte un certain relief à l’ensemble.

    En conclusion, Teddy nous présente les outils nécessaires pour révolutionner le genre, mais sans les utiliser réellement.

  • [Critique] Night’s End: hantise et rituels en quarantaine

    [Critique] Night’s End: hantise et rituels en quarantaine

    Une nouvelle production horrifique apparait sur Shudder ce mois de mars. Réalisé par Jennifer Reeder (V/H/S/94), Night’s End nous promet hantise et exorcisme, ainsi qu’une apparition (non fantomatique) de Michael Shannon. De quoi bien amorcer le printemps.

    Ken Barber (Geno Walker) vit reclus dans son appartement pour d’obscures raisons. Son quotidien est divisé entre ses activités de taxidermiste et la production de vidéos de développement personnel. Malgré les encouragements et conseils de ses proches, les productions sont loin d’être virales. Sa carrière va toutefois prendre une autre tournure quand un ami lui fait remarquer qu’un oiseau empaillé est mystérieusement tombé tout seul dans l’une de ses vidéos. Ken vivrait-il dans un lieu hanté?

    Night’s End est un film inégal. Entre un scénario bancal, des dialogues laborieux, des acteur.rice.s pas toujours présent.e.s., le récit a de la peine à se frayer un chemin cohérent dans nos imaginaires. Construit de manière minimaliste, jouant sur l’isolation et notre présence accrue en ligne (salut, COVID-19), on ne peut s’empêcher d’avoir envie que ces aspects soient plus développés, en jouant sur l’esthétique du caché/montré que permet ce genre de tournage (Unfriended et Unfriended: Dark Web ou, plus récemment, Host viennent directement à l’esprit).

    Cependant, un élément nous retient indéniablement jusqu’à la fin: la passion de Reeder est perceptible à travers l’entièreté du film. La patience des spectateur.rice.s est ainsi récompensée par une dernière partie jubilatoire, qui célèbre le chaos et l’excès par écrans interposés. Les couleurs se déploient, les protagonistes prennent vie, l’horreur se teinte d’humour.

    Night’s End est disponible chez Shudder dès le 31 mars 2022.

  • [Critique] They Live in the Grey: hantise à rabais, spécial 2 pour 1

    [Critique] They Live in the Grey: hantise à rabais, spécial 2 pour 1

    Les Vang Brothers, qui nous ont offert un certain Bedeviled en 2016, sont de retour six ans après chez Shudder avec le film d’horreur surnaturel They Live in the Grey. Avec leur nouvelle production, les frères américains d’origine laotienne voulaient raconter une hantise américano-asiatique en langue anglaise mettant en vedette des acteurs asiatiques. L’ampleur de la tâche était visiblement trop ambitieuse.

    Claire (Michelle Krusiec, The Invitation) travaille pour la protection de la jeunesse et se voit attribuer un cas plutôt complexe. En effet, la femme, qui compose elle-même avec la mort de son enfant, soupçonne que la petite Sophie en question (Madelyn Grace, Don’t Breathe 2) serait victime d’un terrible poltergeist plutôt que de maltraitance.

    Une femme en deuil, suicidaire, accro aux médicaments et qui dort dans un placard pour éviter de voir des fantômes déciderait donc du sort d’autres familles en difficultés? C’est certainement l’élément le plus effrayant de They Live in the Grey, excessivement confus et pénible à suivre. Il faut le mentionner, la façon avec laquelle cette travailleuse sociale partage les détails de sa vie personnelle, familiale et amoureuse, avec ses clients est pour ainsi dire paniquante.

    They Live in the Grey affiche film

    Le scénario s’entête à vouloir lier deux histoires de hantises, à travers les regrets de Claire et la situation familiale de la jeune Sophie, mais n’en développe finalement aucune tellement nos fantômes demeurent anonymes. Le montage morcèle les scènes entre le présent et le passé sans grande cohérence, comme si le hasard en avait décidé ainsi, et le brouillard ne fait que s’épaissir au fil de ces interminables 123 minutes.

    À la réalisation, on sent une certain effort au niveau des prises des vues de la part de Burlee et Abel Vang, qui s’inspirent visiblement du cinéma de James Wan lors d’une poignée de scènes d’épouvante. C’est malheureusement le manque d’expérience qui ressort le plus de l’ensemble, alors que les scares bons marché tombent pour ainsi dire tous à plat. C’est aussi sur la relation de couple brisée que le film s’attarde le plus — un sujet qu’on commence à avoir souvent vu depuis l’avènement du «elevated horror». La réalisation et même le marketing (le titre du film ne veut absolument rien dire) essaient d’ailleurs de s’inscrire dans ce mouvement dit plus «raffiné» et sérieux, sans jamais y parvenir.

    Krusiec tente de nous livrer un maximum d’émotions, perdue au milieu de ce bric-à-brac de scènes. À la tombée du rideau, They Live in the Grey prend une tournure saugrenue encore plus difficile à avaler, qui suscitera probablement davantage l’exaspération que les passions.

    They Live in the Grey arrive le 17 février chez Shudder.

  • [Critique] «Boris Karloff: The Man Behind the Monster»: une légende qui continue de briller

    [Critique] «Boris Karloff: The Man Behind the Monster»: une légende qui continue de briller

    Boris Karloff: The Man Behind the Monster arrivait cette semaine sur Shudder, alors qu’on vient tout juste de célébrer les 90 ans du Frankenstein de James Whale ayant immortalisé l’acteur, certes, mais aussi proposé cette iconographie immortelle du monstre créée par Mary Shelley. Au-delà de cette créature, Karloff n’a cessé de cumuler les prestations inoubliables, et son dévouement à son métier n’est pas sans rappeler celui de Molière, qui a pratiquement commencer à mourir sur les planches.

    Relatant différents épisodes de la carrière de Boris Karloff, The Man Behind the Monster dresse un portrait du grand acteur derrière la créature qui a marqué autant le cinéma, que la scène et la télévision.
    The man behind the monster affiche film

    Un documentaire sur l’acteur ayant interprété la créature la plus marquante de l’histoire du cinéma semblait en tout point une excellente initiative. Le réalisateur Thomas Hamilton est pour le moins admiratif de l’homme et il a su aller chercher une série d’intervenants fascinants qui, comme lui, ressentent une fascination par Karloff. Dès les premières entrevues, on peut voir Guillermo del Toro parler de la première fois où il a aperçu la créature de Whale sur le grand écran en s’exclamant: «J’ai eu une conversion religieuse. J’ai vu mon messie.» Ce ton admiratif sera partagé entre autres par Joe Dante, Leonard Maltin, Ron Perlman, Dick Miller, Roger Corman, John Landis, Peter Bogdanovich et la fille de Boris, Sara Karloff.

    À travers un rythme à toute épreuve, le film réussit à dresser un véritable portrait de l’acteur et à nous en apprendre sur son parcours. Les entrevues nous expliquent qu’il a été parmi les pionniers de la Screen Actor Guild fondée en 1933 et qu’il a toujours été en désaccord avec James Whale sur cette scène tragique mettant en vedette la fillette dans Frankenstein.

    Même si sa fille nous raconte plusieurs faits de vie fascinant sur l’homme, l’acteur qu’il fut prend tellement de place qu’on aurait aimé avoir plus de détails sur sa vie amoureuse, ses nombreux mariages et sa vie sociale. Comment était Boris en tant que père? Quels étaient ses loisirs? La courte durée du documentaire justifie peut-être le fait qu’on aborde que superficiellement sa vie privée, cela dit.

    Au final, Boris Karloff: The Man Behind the Monster demeure une ludique et divertissante mention d’honneur pour un monstre sacré du cinéma.

  • [Critique] Le calendrier (The Advent Calendar): 25 portes d’indifférence

    [Critique] Le calendrier (The Advent Calendar): 25 portes d’indifférence

    Avez-vous entamé votre calendrier de l’Avent? Eva en reçoit un plutôt étrange pour son anniversaire dans Le calendrier, annoncé sous sa version sous-titrée anglaise The Advent Calendar chez Shudder. La plateforme mise en effet sur l’exclusivité franco-belge pour garnir son catalogue d’une nouvelle offrande horrifique à saveur du temps des Fêtes, qui arrive à point. Disons toutefois que l’offre «frissons et rigodons» devait être plutôt faible cette année.

    Le fameux calendrier d’Eva (Eugénie Derouand, convenable), dégoté dans un marché de Noël allemand, compte bon nombre de règles à suivre… sinon vous mourrez. Chacune de ses portes contient un maléfice qui pourrait littéralement changer la vie de la jeune femme, devenue paraplégique suite à un terrible accident il y a quelques années. Qu’est-ce que l’objet antique hanté pourrait bien procurer à l’ex-danseuse (évidemment) à l’issue de ce jeu sinistre le 25 décembre? On vous le donne en mille.

    L’acteur Patrick Ridremont la série Les rivières pourpres) signe ici en quelque sorte un retour à la réalisation, neuf longues années après un premier long-métrage. Longues, parce que cette absence prolongée derrière la caméra se fait sentir, autant au niveau du look que du scénario, qu’il co-signe également. L’exercice de Le calendrier ressemble d’ailleurs à un court-métrage qu’on aurait trop étiré et dont la mécanique aurait, paradoxalement, mieux fonctionné sous forme de série ou encore d’anthologie, comme Deathcember avait tenté de le faire l’an dernier. Imaginez: notre héroïne doit ouvrir 24 portes et constater leurs effets sur le monde qui l’entoure, tout en essayant de faire du sens de l’affaire, en 104 minutes top chrono. Celleux qui sont forts en mathématiques comprendront que 1) il faille drôlement couper les coins ronds et 2) le manège devient vite répétitif.

    Si seulement ce qui se cachait derrière ces portes avait su titillé notre oeil d’amateurs de Noëls bien rouges, hélas. Outre la réalisation sans éclat, l’horreur de Le calendrier est excessivement édulcorée. D’un côté, on tente de nous vendre une entité mystérieuse derrière l’objet de manière assez peu convaincante (le spectre masqué tout droit sorti d’un slasher bon marché conjure par son inefficacité) et de l’autre, la quasi-totalité des mises à mort se déroulent hors-champ. Mais ce qui dérange probablement le plus ici, c’est qu’on instaure à la mythologie du calendrier une série de règles qui ne sont jamais vraiment respectées. Ces incartades au sujet des bonbons qui sont mangés ou non (et par qui) finissent éventuellement par semer une terrible confusion au récit.

    L’ennui, c’est que Le calendrier s’ajoute à la longue liste de titres exclusifs peu mémorables que Shudder a pu nous offrir dans les douze derniers mois. Pour le Nouvel An, souhaitons à la plateforme les moyens de pouvoir nous dénicher de véritables perles cachées du cinéma d’épouvante indépendant et international. Pour vous mettre dans l’ambiance festive, on suggère plutôt The Children (2008), ajouté cette semaine, ou encore Better Watch Out de la collection du diffuseur.

  • [Critique] Creepshow – saison 3: une bonne idée essoufflée?

    [Critique] Creepshow – saison 3: une bonne idée essoufflée?

    Diffusée sur Shudder, la Saison 3 de Creepshow se termine ce jeudi et voici ce qu’on a pensé des douze sketches s’étalant sur six épisodes. Globalement, en un mot: décevant. Principalement car cette saison sent beaucoup trop le réchauffé. Ce qui est dommage, comme votre scribe avait plutôt aimé la deuxième.

    D’emblée, ça commence mollement avec Mums (épisode 1.1), réalisé par Rusty Cundief (Tales from the Hood), d’après pourtant une histoire de Joe Hill (fils de Stephen King) qui a des airs de déjà-vu. On doit dire que la perruque de la maman alcoolique — qui se fait trucider par son redneck de mari — fait dur en maudit. Suivant!

    Creepshow saison 3 affiche Shudder

    Ensuite, ça n’aide pas qu’un dénommé Jeffrey F. January (qui a surtout été assistant-réalisateur, avant de livrer quelques épisodes de The Walking Dead) soit responsable de deux des segments les moins réussis: soit le raté The Last Tsuburaya(ép. 3.1) et l’ennuyant Time Out (ép. 5.1). Si ce dernier joue très… très… lentement avec le temps (avec son récit mêlant firme d’avocats et une armoire antique… maudite), le premier essaie de rendre hommage aux magnifiquement glauques œuvres d’artistes comme Basil Gogos ou Clive Barker, en livrant un genre de sous-Hellraiser 3 mettent en vedette une espèce de Pumpkinhead japonais (qui est, le pauvre, aux prises avec un très mauvais acteur télé, Brandon Quinn).

    Axelle Carolyn (Tales of Halloween) ne convainc guère plus avec son Stranger Sings (ép. 4.1), qui se veut une histoire d’amour mettant en vedette des sirènes sanguinaires. Même chose du côté de Familiar (ép. 2.2), réalisé par Joe Lynch (Wrong Turn 2), avec son histoire de malédiction, ses monstrueuses visions et son médium à la con. Heureusement, Lynch se reprend deux épisodes plus loin avec le divertissant Meter Reader (ép. 4.2), qui suit un motard se la jouant Van Helsing, décapitant joyeusement pendant une pandémie de possessions cannibales (The Evil Dead rencontre The Exorcist et Dawn of the Dead, quoi).

    Creepshow saison 3 image

    On pardonne à John Harrison (Tales from the Crypt/Darkside, Book of Blood), un habitué de la série, son très ordinaire Okay I’ll Bite (ép. 3.2) et ses ennuyantes araignées, car il livre en fin de parcours l’un des segments les plus réussis du lot, A Dead Girl Named Sue (ép. 6.2). Écrit par Heather Anne Campbell et rendant un fort bel hommage au Night of the Living Dead original, ce bref polar monochrome demeure en mode minimaliste (avec une touche de couleur, comme dans Sin City), en suivant le chef de police du Pittsburgh des années 1960 qui doit aller arrêter un sac à merde de la pire espèce, qui obtiendra évidemment ce qu’il mérite.

    On dénote que le ring leader de la série, Greg Nicotero (qu’on n’a plus besoin de présenter, n’est-ce pas?), s’est gardé les meilleures histoires de cette troisième saison, qu’il a su réaliser fort correctement. Si, d’emblée, il est évident que l’amusant Queen Bee (ép. 1.2) ne passera pas à l’histoire malgré ses beaux et impressionnants effets spéciaux (comme si The Fog s’était accouplé avec The Fly 2), on retiendra Skeleton in the Closet (ép. 2.1) comme étant l’un des plus sympathiques du lot, grâce notamment à son côté foncièrement méta/geek (il se déroule dans un musée de l’horreur hollywoodien, avec une qui vous fera toutes et tous baver d’envie).

    Creepshow saison 3 image

    Il a également co-réalisé (avec Dave Newberg, de même que les frères Enol et Luis Junquera) The Things in Oakwood’s Past (ép. 5.2), un récit animé et joliment écrit par Daniel Kraus (Trollhunters). Le plutôt court sketch met en vedette des abominations aussi lovecraftiennes qu’amérindiennes (qui ne se gênent pas pour démembrer n’importe qui croisant leur route), en plus d’une paire de pointures du cinéma de genre, soit Mark Hamill (dans le rôle du maire Wrightson, en hommage à Bernie, l’artiste et collaborateur de Stephen King) et Danielle Harris (qui incarne sa prof de fille, Marnie), qu’on connaît surtout pour l’avoir vue dans pas moins de quatre Halloween! À l’aide de plusieurs techniques d’animation, on nous livre sans contredit le segment le plus gore le lot.

    Finalement, pour ouvrir le dernier épisode, Nicotero retrouve le bon Michael Rooker (!!!) dans le très divertissant Drug Traffic (ép. 6.1), écrit par Christopher Larsen. Rooker y incarne un blasé et bourru douanier, buvant de la bière Chief Woodenhead (hommage 2e long-métrage estampillé Creepshow), dans cette critique sociale (système de santé, immigration, politique, racisme… tout y passe), qui s’inspire graphiquement du J-horror, mais en plus salissant.

    Donc, au final, on vous conseille d’aller directement vers l’essentiel, ou vous risquez de trouver trop rapidement le sommeil. En espérant que Nicotero rappelle Stephen King pour revamper le concept, sinon on bet qu’il ne fera pas vieux os…

  • [Critique] The Medium: rencontre improbable entre deux cinéastes cultes

    [Critique] The Medium: rencontre improbable entre deux cinéastes cultes

    The Medium, chaudement débarqué en exclusivité chez Shudder, c’est la rencontre improbable entre deux noms marquants du cinéma de genre asiatique. Il s’agit avant tout d’un retour à l’horreur pour le thaïlandais Banjong Pisanthanakun, qui s’est imposé au début des années 2000 avec des films comme Shutter, Alone et l’anthologie 4bia.

    Pisanthanakum, qui réalise The Medium, n’arrive toutefois pas seul: il co-écrit ce nouveau film avec Na Hong-jin, cinéaste coréen responsable de l’immense The Wailing. Hong-jin agit également comme producteur exécutif et l’on reconnait ici tant son style que sa tendance à l’intrigue mastodonte de plus de deux heures. Plus de deux heures… de faux documentaire, dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui.

    The Medium affiche film

    L’histoire nous entraîne au coeur des pratiques chamaniques thaïlandaises. Une équipe de documentaristes filme le quotidien de Nim, qui agit comme chaman et relai de la divinité Ba Yan pour sa communauté. Nim devra toutefois faire face à une menace hautement personnelle lorsque Mink, sa nièce, montre des signes de possession. Alors que Nim blâme d’abord la foi chrétienne de sa soeur Noi et son rejet de Ba Yan, est-ce vraiment la cause du mal qui afflige sa famille?

    Pisanthanakun possède un style rappelant beaucoup celui de James Wan, balançant jump scare par dessus jump scare à une audience qui peine à reprendre son souffle. C’est un entertainer dans l’âme. Hong-jin est tout son contraire: d’une noirceur absolue, il pose ses intrigues avec patience avant d’en refermer l’étau autour du spectateur.

    Les cinéastes trouvent tout de même une forme d’équilibre entre leurs approches. L’importante durée permet au scénario d’explorer un univers de faux semblants typique à Na Hong-jin, offrant beaucoup de nuance aux différents protagonistes. Alors que le film de possession régresse souvent à un niveau série B sans ambition narrative qui cite les money shots de Friedkin, The Medium suit son propre chemin avec sa sombre histoire de famille s’inscrivant à la frontière entre tradition animiste et modernité. L’esthétique du faux documentaire rencontre ici celle du réalisme magique thai et il en résulte des moments d’une beauté plastique surprenante. L’emploi d’un casting non-initié (c’est pour la plupart leur premier tour de piste au cinéma) contribue à l’ambiance.

    Bien sûr, Pisanthanakun n’est pas en reste. Fidèle à son habitude, il nous bombarde de scènes à frissons. The Medium embrasse les excès du film de possession, y allant d’un crescendo qui débute sur les comportements de plus en plus erratiques de son personnage possédé avant de déchaîner sur nous une horreur grotesque. On sent l’influence du cinéma étasunien, tout particulièrement de la vague du found footage qui faisait rage il y a une dizaine d’années. La mise en scène est d’ailleurs un espèce de pot-pourri des moments marquants du sous-genre, livré par un cinéaste qui épuise tous les trucs qu’il a dans son sac pour terrifier son public.

    La dualité existant au sein de The Medium, longuement décrite ci-haut, risque toutefois de recevoir des réactions très variables. La deuxième partie du film manque peut-être de concision, notamment lors d’un segment de surveillance nocturne qui s’étire un peu. Pour les spectateurs plus pointilleux sur l’écriture de la caméra intradiégétique, The Medium ne passera pas toujours le test. Même en ayant plusieurs caméramans, donc une multitude d’angles de vue sur chaque scène, le film titille parfois la suspension d’incrédulité: comment ont-ils obtenu CE PLAN? Les cinéastes misent sur une esthétique peaufinée plutôt que brute, adjoignant même une trame sonore à leurs images.

    Dans un mois marqué par le retour des franchises V/H/S et Paranormal Activity, The Medium parvient à s’imposer comme le faux documentaire à ne pas manquer. Pour l’auteur de ces lignes, c’est même le film le plus effrayant de l’année. Rassemblez vos ami.e.s, éteignez les lumières et préparez-vous à quelques sueurs froides d’octobre.

  • [Critique] Superhost: hébergement deux étoiles

    [Critique] Superhost: hébergement deux étoiles

    Les habitués aux comédies d’horreur indépendantes qui peuplent les exclusivités Shudder peuvent retrouver Superhost dans le catalogue du streamer en septembre. Écrite et réalisée par Brandon Christensen, que les fans d’horreur connaissent déjà pour Still/Born et Z, la production nous plonge dans l’univers des youtubeurs et de l’hébergement Airbnb pour offrir un divertissement sanglant, plutôt convenu.

    Superhost affiche film

    Superhost, c’est le nom de la chaîne YouTube populaire de Claire et Teddy, un couple de vloggeurs qui sillonne les maisons de vacances et partagent leurs expériences en ligne. Cependant, dernièrement , le nombre d’abonnés est plutôt à la baisse, et lorsque ces derniers font la connaissance de l’étrange Rebecca, propriétaire de leur dernière location de rêve, le duo croît avoir mis la main sur du contenu en or pour raviver l’intérêt de leurs spectateurs.

    Visiblement fauchée, la production emploie quatre acteurs et une équipe technique des plus modestes, dans un lieu unique, pour parvenir à ses fins. Il faut admettre que le scénario, qui pourrait tenir dans une bio Twitter, ne requiert pas grand chose. En effet, le séjour de nos deux youtubeurs n’offre rien de particulièrement original, ni même enlevant sur le sujet.

    Entre la toilette bouchée et une demande en mariage manquée, les dialogues manquent trop de mordant pour être vraiment drôles, la réalisation ne parvient jamais à tisser des moments de tension — même les jump scares les plus routiniers tombent à plat — et, finalement, les quelques scènes gore ne réussiront pas à satisfaire les experts en la matière.

    Les connaisseurs seront certainement attirés par le nom de Barbara Crampton au générique, qui semble avoir particulièrement dédié sa carrière aux cinéastes émergeants ces dix dernières années. Comme on s’en doute, la vétérane incarne un rôle amusant, mais très modeste, et c’est Gracie Gillam (Fright Night 2011) qui vole véritablement la vedette dans le rôle de la désaxée Rebecca, une version féminine du personnage clé de Creep de Patrick Brice. Son jeu excessif, voir cabotin, demeure le seul attrait de Superhost.

    Heureusement, la finale du film réussit à déstabiliser un brin avec des choix audacieux et propose un commentaire acerbe délirant sur le monde des médias sociaux. Ironiquement, ce n’est toutefois pas Superhost qui réussira à faire mousser le nombre de nouveaux abonnés de la plateforme ce mois-ci.