Category: Shudder

  • [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    Après avoir fait sensation dans les festivals à l’échelle mondiale, Vermines (Infested) arrive chez nous ce vendredi via Shudder. On peut parier que vous allez kiffer grave (comme c’est un film français, on s’adapte, hein). D’emblée, on se doit de confirmer que ce premier long métrage de Sébastien Vaniček n’a vraiment, mais vraiment pas volé les nombreuses accolades qu’il s’est méritées depuis sa première au Festival de Venise l’automne dernier.

    En plus de ses récentes nominations aux Césars, le film a remporté deux prix au Fantastic Fest (meilleur film et meilleur réalisateur, catégorie horreur), de même que le prix spécial du jury au prestigieux Sitges Film Festival, « pour être un film de monstre aussi puissant que politique ». Car Vaniček (avec qui on a pu discuter via Zoom; voir plus bas) en a profité, entre deux séquences bien angoissantes, pour dénoncer la violence policière comme le fit jadis le bon Kassovitz. Donc, ça raconte quoi, Vermines?

    Kaleb, un revendeur d'espadrilles luxueuses, adore les petites bestioles. Dans son appart, il en collectionne : ses colocs sont des reptiles, batraciens et autres insectes qui piquent, vivants dans de grands vivariums. Lorsque s'échappe une redoutable et exotique araignée qu'il vient à peine d'acheter, il doit tomber en mode survie, épaulé de sa sœur Lila, son pote Mathys et d'un couple d'amis, Manon et Jordy. Ça se complique surtout lorsque débarque sur place la police, scellant l'immeuble, semant ainsi la panique.

    Les banlieusards

    Après une bien épicée intro à saveur marocaine, on plante le décor à l’est de Paris, à Noisy Le Grand (patelin d’origine du réalisateur), plus précisément aux arènes de Picasso, un aussi impressionnant que singulier immeuble de près de 500 logements — allez le googler, ça vaut le détour. Ce récit sans temps mort (106 minutes au compteur) prend tout de même — et fort heureusement — le temps de nous présenter des personnages à la fois attachants et joliment complexes. Élevant du même fait une prémisse qui pourrait sembler somme toute classique sur papier.

    C’est que nos protagonistes sont défendus par un solide casting des plus diversifiés, incarnant de jeunes adultes plutôt ordinaires, qui roulent leur bosse dans une banlieue anonyme sans trop faire de vague, réagissant de façon crédible face à la menace. Notre héros est interprété par Théo Christine (le long métrage Gran Turismo, la série War of the Worlds) et sa sœur par Sofia Lesaffre (Seul, Deep Fear), un duo filial au passé chargé, dont la relation évoluera organiquement en cours de route.

    Leurs amis, Manon, Jordy et Mathys, sont respectivement joués par Lisa Nyarko, Finnegan Oldfield (Coupez!, la série Das Boot) et Jérôme Niel (au générique de deux films de Quentin Dupieux, Daaaaaalì et Fumer fait tousser); un fortiche ensemble auquel on s’attache rapidement et qui nous offre même plusieurs moments poignants. Sans oublier tous les autres beaux personnages secondaires des plus colorés (et on ne parle même d’épiderme ici!).

    Maitriser l’intensité sans oublier de raconter

    Or, la véritable star du film, c’est la réalisation sans faille de Vaniček. Multipliant les mouvements de caméra dynamiques et autres plans très frais, il tâche toujours de rester au service de la prémisse. Et perfectionniste jusque dans son énergique générique. Une virtuosité rafraichissante qui n’est pas sans rappeler par moments le style d’un jeune Raimi.

    En se gardant de trop en dévoiler, on peut tout de même se permettre de balancer en vrac quelques noms familiers qui nous sont venus en tête, comme les grands maîtres nord-américains que sont les Hooper, Friedkin, Fincher, Carpenter et Cameron, de même qu’une poignée de dynamiques duos européens : Bustillo/Maury, Cornish/Wright, Levasseur/Aja et Balaguero/Plaza.

    En effet, le bonhomme semble être fan comme nous des plus inventifs cinéastes n’ayant jamais touché à l’horreur (et oui, sachez que votre scribe défendra bec et ongles ces audacieuses comparaisons si vous le mettez au défi!). Du coup, après le visionnement de votre nouveau film d’araignées tueuses préféré, vous comprendrez trop bien pourquoi le réalisateur a été recruté pour non seulement écrire (avec Florent Bernard, son co-scénariste sur Vermines) et réaliser le prochain film de la saga Evil Dead — qui devrait normalement sortir pour Halloween 2025.

    Shooter de vraies araignées

    Au niveau de l’équipe technique, on retrouve également pas mal de talents. Impossible de ne pas souligner la qualité des images de l’impeccable direction photo. On l’a doit à Alexandre Jamin (Horsehead), qui retrouvait Vaniček après avoir bossé sur son moyen métrage Crocs (2018). D’inventifs plans (et parfois frénétiquement immersifs) qui sont magnifiés par le montage vitaminé et bien tassé de Thomas Fernandez (Jappeloup, Enter the Void) et Nassim Gordji Tehrani (Igor).

    Ponctuées de tout plein de hip-hop français, la trame sonore des plus anxiogènes de Douglas Cavanna (Crocs) et Xavier Caux renforce de belle façon le niveau de terreur. Sans oublier les effets spéciaux pratiques de Léo Ewald (Vesper), complémentés avec brio d’irréprochable CGI et d’authentiques araignées! Non, vous n’êtes pas prêt·e pour toutes ces poursuites haletantes, qui donnent l’impression d’être pourchassé·e·s dans des couloirs bien sombres par des hordes de bébés xénomorphes!

    Claustrophobes, car confinées, ces montagnes russes sous tension font rimer émotion avec action, en plus d’être pimentées d’humour et d’une sensibilité aussi française que multiculturelle. Bref, un film de son temps, qui livre solidement la marchandise et qui surprend souvent. Vermines prouve, hors de tout doute, qu’il est possible de faire dans notre belle langue du cinéma de genre, aussi célébré qu’exportable. Encore!

  • [Critique] « You’ll Never Find Me » : un lent et troublant jeu de vérité ou conséquence

    [Critique] « You’ll Never Find Me » : un lent et troublant jeu de vérité ou conséquence

    You’ll Never Find Me, premier long métrage du duo Josiah Allen et Indianna Bell qui arrive ce samedi chez Shudder, est une immersion dans un huis clos oppressant mettant en scène deux personnages de prime abord indéchiffrables. Les questions se multiplient et les réponses se font attendre. Il ne fait aucun doute que la production gagne à être vue sans indice afin de pouvoir soit même tenter de résoudre l’énigme avant qu’elle ne soit dévoilée.

    Un soir de violente tempête, un homme seul habitant dans un endroit reclus reçoit la visite inattendue d’une jeune femme mystérieuse ayant perdu ses repères. Ignorant tout l’un de l’autre, ils tenteront de s’apprivoiser le temps d’une nuit où le doute plane quant à l’identité de l’un et les intentions de l’autre. Et vice versa…

    Péril en la demeure

    You’ll Never Find Me pourrait être décrit comme un étrange jeu de chat et de souris psychologique. À pas feutrés, on entre dans une histoire qui, au départ, ne nous donne que très peu à se mettre sous la dent pour comprendre ce qui se passe et ce qui, possiblement, nous attend. Et c’est très bien ainsi. Nos inquiétudes et appréhensions se transposent habilement d’un personnage à l’autre. Tout le monde est coupable et non coupable… jusqu’à preuve du contraire!

    Le film propose une cinématographie finement calculée en mettant à l’écran des plans souvent bien serrés pour exacerber l’angoisse et le malaise qui croît à chaque instant. Des plans des personnages de dos sont également utilisés pour signifier la menace qui suit de près ou qui surplombe les deux protagonistes tourmentés.

    Malgré ces techniques efficaces, il faut toutefois noter que le rythme du film est lent, très lent. Le fil conducteur s’étire dans un rythme pesant sans que l’histoire passe en deuxième vitesse, et le phénomène perdure au-delà de la première moitié du film. Plusieurs monologues et dialogues récités à voix basse meublent les scènes sans qu’on puisse déterminer avec certitude leur pertinence pour la suite de l’histoire. Certains pourront apprécier cet inconfort martyrisant, tandis que d’autres sentiront rapidement l’impatience les gagner.

    Tout vient à point à qui sait attendre

    Notre volonté d’attendre pour comprendre est toutefois récompensée, car heureusement You’ll Never Find Me gagne du terrain dans son dernier tiers et nous entraîne vers un dénouement troublant et poignant en matière d’action et de révélation. En dire plus serait divulgâcher la tournure des événements. On peut donc se limiter à mentionner que le titre du film prend tout son sens dans les derniers instants.  

    Il est de mise d’offrir une sincère main d’applaudissements pour saluer la performance des deux acteurs – Brendan Rock (Carniflex) et Jordan Cowan (Wolf Creek 2) – qui campent des rôles omniprésents avec la rigueur nécessaire pour faire à la fois douter de leur personnage et leur offrir une fragilité qui les exempte de tout soupçon. Un équilibre périlleux, mais réussi!  

    You’ll Never Find Me n’est peut-être pas pour les adeptes d’émotions précipitées, mais saura offrir une expérience exaltante à ceux et celles qui apprécient la subtilité et la profondeur, curieux et curieuses d’ouvrir la porte à quiconque est venu cogner…

  • [Critique] « History of Evil » : une histoire de fantômes à dormir debout

    [Critique] « History of Evil » : une histoire de fantômes à dormir debout

    History of Evil avait le mérite d’avoir un titre aguicheur lorsqu’on regardait la liste des sorties horrifiques du mois chez Shudder. Par ailleurs, les bons films de maisons hantées ne courent pas les catalogues de streaming, même si des dizaines de titres paraissent.

    Dans un futur proche où les États-Unis sont devenus totalitaires et fascistes, un jeune père de famille aide sa femme résistante à s’évader de prison. Accompagnés de leur fille et aidés par un membre de leur groupe, ils devront passer quelques jours dans une maison isolée en forêt avant qu’on puisse venir les chercher en toute sécurité. Seulement, la demeure dans laquelle ils sont cachés devient plus inquiétante qu’elle n’y paraissait au départ alors que de curieux événements s’y déroulent.

    Ce film écrit et réalisé par Bo Mirhosseni est un premier long métrage pour le cinéaste ayant œuvré sur de nombreux vidéoclips et courts métrages. Il n’est donc pas si surprenant de le voir aux commandes d’une histoire où le rythme déficient et la redondance laissent sous-entendre que l’ensemble aurait eu avantage à se présenter dans un format beaucoup plus court. History of Evil est une fiction dystopique flirtant avec une histoire de maison hantée qui aurait pu durer 25 minutes.  

    Le scénario recycle sans vergogne des idées et des notions extraites de classiques comme The Shining ou encore le plus récent Children of Men et ne réussit jamais à être subtil dans ses messages et ses métaphores. Les sujets de racisme, de misogynie et de masculinité toxique y sont traités de manière mollassonne. Le résultat tourne d’autant plus à vide alors qu’aucun personnage féminin n’est développé pour essayer de nuancer le propos. Qu’il s’agisse de cette figure de proue de la résistance, dont on ne connaîtra en fin de compte que peu de chose, de la fillette du couple ou de cette femme les aidant au sein du clan, les personnages féminins sont abordés en filigrane pour faire briller le héros.

    Si la réalisation de Mirhosseni semble adéquate pour tisser certaines ambiances, elle échoue en revanche à maintenir le suspense et à créer le moindre effet réellement terrifiant. On a vite l’impression que l’ensemble est une ligne droite sans aucune pulsation émotive, intellectuelle ou de terreur.

    Les acteurs jouent avec conviction, mais seul Paul Wesley a de la latitude pour manœuvrer. La célébrité de la vedette de Vampires Diaries le précède et il devient vite évident que les autres personnages se retrouvent en orbite autour du sien.

    Au final, History of Evil est un lent et redondant long métrage qui ne suscite aucune émotion sauf l’ennui.

  • [Critique] Dario Argento Panico : une redite élogieuse qui étouffe trop les nouvelles pistes

    [Critique] Dario Argento Panico : une redite élogieuse qui étouffe trop les nouvelles pistes

    Il y a maintenant un certain temps qu’on entend parler du documentaire Dario Argento Panico dans lequel on nous promettait une véritable incursion dans l’univers et la psyché du maître italien de l’horreur. Il est dorénavant disponible en exclusivité chez Shudder Canada.

    Alors qu’il se retire dans un hôtel luxueux pour travailler sur un scénario, une équipe de tournage suit le cinéaste culte dans sa chambre pour lui faire la causette et pour aborder sa carrière.

    Ce qui attirait l’attention sur ce énième documentaire portant sur celui qui a donné ses lettres de noblesse au giallo, c’était de le voir travailler et de comprendre comment lui vient ses idées. On avait envie de le voir s’interroger face à ses doutes et sourire quand lui vient une vague d’inspiration. Malheureusement, Argento, qui a accepté une équipe de tournage dans son entourage, ne s’y livre pas suffisamment. Les fanatiques du cinéaste qui ont parcouru sa fascinante autobiographie intitulée Peur ont déjà eu la chance de découvrir en détail chacune des anecdotes qu’il résume trop rapidement devant les caméras.

    Le cinéaste Simone Scafidi, responsable de Fulci for Fake, comprend certes son sujet et va chercher des intervenants avec du piquant comme Gaspard Noé, Guillermo del Toro et Nicolas Winding Refn. Ces derniers expriment chacun à leur manière cette admiration qu’ils ont pour le cinéaste, mais nous apprennent-ils vraiment quelque chose?

    Si on compare ce documentaire avec les nombreux autres existants sur Argento, on ressent une redite énorme. Scafidi n’y dissèque que très peu les récents opus de l’homme et évite le plus possible d’aborder leurs échecs avec le principal concerné. Il s’agit d’une forme de respect louable, mais qui aurait pu donner une tribune non négligeable au réalisateur face à certains reproches. Nous savons tous que Suspiria et Deep Red sont majestueux, mais le voir défendre Mother of Tears ou Dracula 3D aurait peut-être pu lancer certaines nouvelles clés de lecture. Scafidi se contente de montrer un Argento désillusionné et grincheux, qui semble trop facilement accepter le glas de son heure de gloire.

    De façon arbitraire, le documentariste suppose que les films succédant à Opera sont moins majeurs alors que son épisode du diptyque Two Evil Eyes était monumental et qu’une partie de ses fans vouent un culte incontournable à The Stendhal Syndrome. La relecture caustique de La Belle et la bête pour l’épisode Jenifer de la série Masters of Horror ne semble pas non plus avoir impressionné Scafidi non plus. On se contente paresseusement de nous souligner qu’Opera a marqué un tournant désavantageux pour lui. Par ailleurs, Dario Argento Panico ne se gêne aucunement de piger certains entretiens de documentaires précédents.

    L’autre bémol perceptible est le fait que si Dario Argento Panico n’apprend rien de nouveau aux initié·e·s du maître, il n’est pas non plus le film idéal pour ceux et celles découvrant le réalisateur, qui devraient plutôt se rabattre sur Dario Argento’s World of Horror. Ce précédent film didactique, qui a donné envie à toute une génération de découvrir ses films, nous montrait des visites de plateaux farfelues et l’artiste n’avait pas peur de se mouiller en expliquant à ses fans ses différentes manies. Ce nouveau documentaire, en revanche, fait l’effet d’une notice nécrologique publiée avant son temps.

    Au final, Dario Argento Panico n’est aucunement le plat de résistance attendu pour les cinéphiles qui le connaissent depuis longtemps, mais plutôt une collation sur le pouce non déplaisante.

  • [Critique] Destroy All Neighbors : faire rimer efficace comédie horrifique avec jouissifs effets pratiques (et shock rock progressif!)

    [Critique] Destroy All Neighbors : faire rimer efficace comédie horrifique avec jouissifs effets pratiques (et shock rock progressif!)

    Z’avez envie d’une désopilante comédie horrifique, aussi salissante que débordante d’effets pratiques? Ne cherchez pas plus loin! Si en plus vous n’haïssez pas le rock progressif, on peut d’emblée certifier que Destroy All Monsters (disponible dès maintenant sur la plateforme Shudder) a été conçu exactement pour vous, chers disciples d’Horreur Québec de partout.

    Bossant comme technicien dans un studio d’enregistrement, William Brown (Jonah Ray Rodrigues) est un musicien frustré, (sur)vivant avec sa copine dans un bloc appartement miteux, en tentant tant bien que mal de terminer son premier album. Sa petite vie rangée se voit déraper lorsqu’emménage dans l’appart’ d’à côté le tonitruant Vlad (Alex Winter, sous une tonne de prothèses), un soixantenaire rabougri avec un épais accent de l’Europe de l’Est. S’en suivent moult péripéties, fous rires, défis et autres retournements, impliquant démembrements, quelques décapitations et électrocutions (et même un peu de rédemption), le tout sur fond de très belle satire de l’industrie musicale.  

    Réalisé par le clippeur Josh Forbes (pour The Offspring, notamment) et coscénarisé par Mike Benner (la série animée Bob’s Burger), ce tout petit film de 85 minutes — enfin de la concision! — met en vedette Jonah Ray Rodrigues (Suitable Flesh, Satanic Hispanics, Victor Crowley) et nul autre que le Bill de Bill & Ted’s Excellent Adventure, Alex Winter (The Lost Boys, Freaked)!

    Comment? Vous êtes trop jeunes pour connaître la sympathique comédie fantastique sortie en 1989 (avec un tout jeune Keanu Reeves dans le rôle de Ted)? Ce que vous devez savoir, c’est que le film est depuis devenu culte, un peu comme Freaked (1993), une formidable étrangeté réalisée par Winter, qui tient aussi le rôle principal. Après près de 30 ans passé principalement derrière la caméra en tant que réalisateur (et avoir retrouvé son Ted en 2020), Winter a repris du service en tant qu’acteur.

    Et sachez que le personnage qu’il a créé est ni plus ni moins qu’incroyable! Pensez à une sorte de croisement entre le personnage incarné par Robert De Niro dans Cape Fear, Lemmy Kilmister (le regretté leader de Motörhead) et un Borat en plein coke binge!

    De maudits beaux freaks & geeks

    Pour vrai, Destroy All Neighbors est une comédie horrifique foutrement réussie avec le cœur à la bonne place, qui ne craint pas de mettre ses tripes sur la table quand il le faut. Tout en faisant preuve d’un amour infini autant pour la musique électrique que les effets spéciaux. Au menu, tout pleins de freaks, de geeks, de jeux de mots et de twists plutôt originaux. Quant à Winter, il y est tout simplement pissant; sachez que le sympathique acteur est par ailleurs l’invité du mois du balado Métal Maniaques (disponible dès le 13 janvier).

    Afin d’épauler Winter et Rodriguez, on retrouve une sacrée belle distribution, qui inclut entre autres Randee Heller (la Lucille de la franchise The Karate Kid) dans le rôle d’Eleanor, la proprio du bloc, alors que l’hirsute Auggie est interprété par Christian Calloway, qui a joué une tonne de de pouilleux au fil des ans (incluant dans Ted K, The House With a Clock in Its Walls et Twin Peaks S3).

    Quant à Ryan Kattner, leader du groupe alternatif Man Man (et superviseur musical des séries The Exorcist et Interview With a Vampire), en plus d’être le co-compositeur de la trame sonore, il semble solidement s’éclater en jouant l’imbuvable Caleb Bang Jansen, une prétentieuse vedette folk qu’on se plait beaucoup à détester.

    Tout un show de shock rock

    Tout a été mis en œuvre pour nous en mettre plein la vue : des hectolitres de latex et des tonnes de prothèses, des marionnettes et des animatroniques… jusqu’à une épique finale mettant en vedette un gargantuesque monstre de la fin et une pièce-fleuve en mode ultra-prog’. Les vrai.e.s mélomanes reconnaitront des clins d’œil aux incontournables que sont Rush, ELP, Jethro Tull, Focus et l’immense et regretté Frank Zappa, bien évidemment!

    En résumant grossièrement, on pourrait avancer que Destroy All Neighbors, c’est comme si les revenants The Frighteners rencontraient les rockeurs niais d’Airheads au Studio 666. Bien que l’intrigue se déroule de nos jours, on sourit sans cesse pendant le visionnement en se remémorant des moments SFX de plusieurs classiques horrifiques d’antan, qu’ont assurément adorés Brenner et Forbes (tels que Creepshow, Re-Animator, Return of the Living Dead, An American Werewolf in London, et même UHF).

    Bref, même si on ne réinvente évidemment pas la roue ici, ce serait un crime grave de bouder notre plaisir et de ne pas aller rocker avec Vlad, William, Auggie, Caleb Bang Jansen (!!!) et le reste du groupe. Vous allez voir, ils donnent tout un show! Pas mal sûr qu’Alice Cooper adorerait.

  • [Critique] When Evil Lurks: un angle surprenant et disjoncté, mais trop bavard sur la possession

    [Critique] When Evil Lurks: un angle surprenant et disjoncté, mais trop bavard sur la possession

    Demián Rugna en avait surpris plusieurs en 2018 avec son film d’horreur Terrified, qui offrait une alternative diablement originale et efficace sur le film de maison hantée. Le cinéaste argentin est de retour le 27 octobre chez Shudder avec When Evil Lurks (Cuando Acecha La Maldad), qui tente une approche tout aussi unique, quoique moins percutante, sur le film de possession.

    Après avoir entendu des coups de feu pendant la nuit, les frères Pedro et Jimmy (respectivement Ezequiel Rodríguez et Demián Salomón, vus dans Legions) partent faire enquête et découvrent un homme infecté par un démon, qui risque de répandre une terrible contagion dans la petite communauté rurale. En tentant de transporter la victime hors de leurs terres, les deux hommes maladroits déclenchent une véritable épidémie qu'ils tenteront de fuir avant qu'il ne soit trop tard.
    When Evil Lurks affiche film

    Avec When Evil Lurks, Rugna ne manque pas d’idées nouvelles pour traiter du sujet sous forme d’infestation, qui, ici, n’a aucun lien avec la religion catholique — Jimmy se chargera rapidement de vous le crier par la tête en début de parcours.

    Si le scénario aborde d’abord la précarité des milieux agricoles, le regard est toutefois rapidement redirigé vers la situation familiale difficile de Pedro. L’homme, qui ne peut légalement approcher son ex-conjointe, semble avoir laissé ses deux fils pour compte, dont l’un d’eux est atteint d’autisme. C’est lentement que ces détails, ainsi que les (trop) nombreuses règles à suivre durant cette «contamination», nous seront révélés au fil de l’intrigue.

    Ce qui détonne chez When Evil Lurks, c’est surtout le traitement des offensives démoniaques de ces infectés. D’abord carrément écœurante lors du premier cas de possession, les quelques mises à mort sanglantes qui suivent — la plupart se déroulent même en plein jour — terrorisent carrément grâce à leur caractère imprévisible. Le problème, c’est que ces trois ou quatre scènes disjonctées (Hollywood se chargera bientôt d’aller les copier, comme avec Terrified) sont carrément noyées dans une mare d’explications sur les mécaniques trop ambitieuses et souvent même confuses de cette nouvelle mythologie.

    Lorsque nos deux hommes quittent ainsi la région pour s’installer en retrait du tapage en seconde moitié, When Evil Lurks perd de son élan alors que la réalisation ne parvient plus à installer de véritable climat d’urgence. Les décisions des personnages paraissent ainsi souvent douteuses alors que le scénario s’étire, tourne en rond et aborde des avenues qui ne débouchent pas.

    L’interprétation est aussi inégale. Rodríguez et Salomón jouent la plupart du temps sur le même ton, c’est-à-dire en hurlant, privant ainsi l’ensemble de toute nuance. Silvina Sabater ne parvient pas non plus à s’imposer dans le rôle de Mierta, une ancienne «nettoyeuse» de démons qui devra reprendre du service pour espérer peut-être sauver la région.

    Après The Exorcist: Believer, les espoirs étaient tournés vers When Evil Lurks pour une bonne dose de satanisme 101. Mais si le dernier film de Rugna obtient une note de passage sur nos pages, c’est strictement grâce à son originalité implacable et sa poignée de scènes épicées qui valent le détour. Autrement, il s’agit davantage d’une balade bavarde (voir criarde) que du tour de montagnes russes affolant qu’on espérait.

  • [Critique] Quicksand: quand le scénario s’embourbe autant que ses protagonistes

    [Critique] Quicksand: quand le scénario s’embourbe autant que ses protagonistes

    Parfois, un conflit bien simple, une situation unique, si elle est bien exploitée, peut être suffisante pour porter l’entièreté d’un long-métrage. C’est le pari qu’aura pris le réalisateur colombien (maintenant situé à Los Angeles) Andrés Beltran en isolant ses protagonistes de Quicksand, en pleine rupture amoureuse, dans une situation où ils ne pourront désormais plus fuir leurs problèmes.

    Dans l’exposition du film, déjà un peu maladroite dans la façon de présenter le ton et les informations, on apprendra à découvrir Josh (Allan Hawco) et Sofia (Carolina Gaitan). L’ex-couple, qui garde leur récente rupture secrète (même si celle-ci transparaît littéralement dans l’ensemble de leurs dialogues), profitera de leur voyage professionnel en Colombie afin d’explorer la jungle en faisant une simple randonnée. Mais en accumulant les comportements absurdes, attribués autant à leur statut de touristes qu’à un scénario déficient, le duo se retrouvera prisonnier de dangereux sables mouvants. Sans personne pour les aider, à la merci des créatures de la forêt et des dangers de la jungle colombienne, ils devront s’en tenir à leur relation défaillante pour se sortir d’affaire.
    Quicksand affiche film

    Sur papier, l’idée de Quicksand peut sembler intéressante. On plonge les protagonistes dans une sorte de huis clos afin que, métaphoriquement, ils puissent faire évoluer leur relation, et ainsi éviter la menace qui les entoure. Mais malheureusement, l’exécution de cette prémisse est galvaudée, manque cruellement de finesse et d’originalité.

    Déjà, la réalisation est un peu amateure, et le montage très tape-à-l’œil ne parvient pas à raffermir une mise en scène déjà chambranlante. Les moments de tension, où les personnages ressentent de la panique ou une émotion qui devrait être transcendée par le film, sont souvent amoindris par des défaillances techniques ou scénaristiques qui en annulent l’effet. Par exemple, au moment où Josh découvre Sofia embourbée jusqu’au cou dans les sables mouvants, son réflexe premier est de se jeter à plein ventre à ses côtés, moulinant de ses bras autour d’elle, semant la panique dans une situation qui n’en avait pas besoin davantage. Il est difficile de s’attacher à des protagonistes qui passeront le plus clair de leur temps à prendre des décisions aussi insolites.

    Le film prend tout de même un nouveau souffle au moment où les deux personnages sont enfin coincés dans les sables mouvants. La situation est claire, les personnages sont caractérisés; le scénario peut arrêter de s’enliser, comme les personnages s’en occupent déjà par eux-mêmes. Et l’enchaînement de péripéties et situations qui suivent sont plus du ton de la série B que Quicksand l’est réellement. Quelques passages divertissent et certaines scènes sont même réussies, mais le tout est quand même teinté par des faiblesses techniques et scénaristiques trop fortes pour qu’on les ignore.

    Malgré tout le potentiel de sa prémisse, il demeure difficile de s’attacher à quoi que ce soit dans l’intrigue, puisqu’aucune des tentatives de survie des protagonistes ne fait de sens. Les personnages sont parfois immobilisés par la boue, parfois non. Les menaces naturelles sont parfois présentes, et souvent, on les ignore afin de prioriser une énième dispute au sein du couple. Toutefois, les interprètes parviennent tout de même à se débrouiller au cœur d’un scénario plutôt faible, livrant une performance honnête qui allège le film.

    Quicksand est disponible via Shudder.

  • [Critique] Unwelcome: pendaison de crémaillère chez les gobelins

    [Critique] Unwelcome: pendaison de crémaillère chez les gobelins

    À la réalisation et au scénario, Jon Wright (Grabbers) signe une autre comédie horrifique ayant l’Irlande rurale en toile de fond avec Unwelcome, un projet aussi décousu que farfelu qui atterrit sur Shudder ce 23 juin.

    Après un début de grossesse marqué par une violente invasion de domicile, Maya et Jamie sont soulagés de quitter Londres pour la campagne irlandaise. Leur projet perd son éclat lorsqu'ils se rendent vite compte à quel point ils ont eu tort de confier les rénovations de leur nouvelle maison aux Whelan, des entrepreneurs brusques et incompétents. L’insistance d’une voisine pour qu’ils apaisent l’appétit de créatures folkloriques appelées les Red Caps avec des offrandes quotidiennes n’a rien de rassurant non plus…
    Unwelcome affiche film

    Devant un produit aussi désorganisé qu’Unwelcome, on se sent à notre tour comme ces nouveaux propriétaires désemparés face à l’envergure des travaux que nécessite leur maison: par où commencer?

    Douglas Booth (Mary Shelley) et Hannah John-Kamen (Resident Evil: Welcome to Raccoon City) ne s’en tirent pas trop mal dans les rôles principaux, mais ça se gâte quand arrive la famille d’entrepreneurs. La distribution ne manque pourtant pas de talent avec des acteurs comme Kristian Nairn (Game of Thrones), Jamie-Lee O’Donnell (Derry Girls) et le prolifique Colm Meaney (138 titres sur IMDB!). Malheureusement, les pauvres n’ont aucune idée du film dans lequel ils jouent et ça parait. Mais difficile de les blâmer pour ces performances passables avec des personnages qui ont autant de substance que le brouillard irlandais…

    Côté rythme, on a affaire à un véritable hoquet. D’abord sombre et effrayante (Straw Dogs n’est pas loin), l’œuvre se transforme vite en patchwork de folk horror, drame intimiste et sitcom à la sauce Les Bougon qui passe du gag au choc avec la grâce d’un bulldozer. Le spectateur n’en est pas à la moitié du film qu’il est déjà essoufflé. Quand arrive le retournement final, d’ailleurs bâclé, il nous reste juste assez d’énergie pour rouler des yeux.

    En dépit de ses nombreux défauts, Unwelcome n’est pas sans mérite. Certaines scènes horrifiques surprennent par la beauté de leur cinématographie. Le talent du directeur de la photographie, Hamish Doyne Ditmas, se prêterait mieux à une œuvre plus mature — ou encore à n’importe quel film ne mettant pas en vedette ces ridicules Red Caps, qui font penser à un mélange de gobelins de Troll 2, de marionnettes de Pupper Master et de lait frappé Shamrock Shake passé au malaxeur. On se doit d’admirer l’audace de Wright qui, au lieu de cacher ses petits monstres dont ni les effets pratiques ni le CGI ne savent que faire, leur alloue un temps d’écran impressionnant. Et ce n’est pas une mauvaise idée, tout compte fait, car c’est lorsque ces créatures occupent l’écran qu’Unwelcome prend enfin son pied. Cet affront présente effectivement un authentique sens de la parodie où le plaisir du réalisateur et de son équipe est palpable. Aurait-on entre les mains un nouveau film culte «si mauvais qu’il en est bon»?

    Mais bon, on ne bâtit pas une œuvre au complet sur un gallon de latex et un diplôme en animation 3D. Unwelcome ne fait pas mouche, que ce soit en tant que comédie ou film d’horreur. Par contre, si vous avez de la bière, une belle gang d’amis, deux heures à tuer et aucune attente, vous pourriez bien passer un bon moment.

  • [Critique] Brooklyn 45: une séance originale et savoureuse

    [Critique] Brooklyn 45: une séance originale et savoureuse

    Brooklyn 45, le nouveau long-métrage du cinéaste Ted Geoghegan, arrive ce vendredi via Shudder et AMC+. On se souviendra que c’est en donnant à l’actrice Barbara Crampton son meilleur rôle en carrière avec l’inoubliable We Are Still Here que le cinéaste s’est fait connaître en 2015. Son second long-métrage, Mohawk, à priori moins viscéral, gagnait en sens et en épaisseur au fil des visionnements. Que nous réservait ce troisième film?

    En 1945, durant le temps des Fêtes, quatre vétérans militaires se réunissent chez un ami qui peine à se remettre du suicide récent de son épouse. Le cocktail prévu se transforme vite en séance de spiritisme, et alors qu’une force surnaturelle fera surface, le groupe devra percer les secrets cachés de chacun et élucider le mystère entourant la présence d’une invitée surprise.
    Brooklyn 45 affiche film

    Si vous voulez voir un film de fantômes à la The Conjuring, vous risquez d’être déçu. Il ne s’agit ici que partiellement d’une histoire de revenants, et la présence de ces derniers ne sert que de catalyseur au suspense entourant les personnages. Ce n’est pourtant pas un défaut, puisque le formidable exercice proposé par le scénariste et réalisateur est des plus délectables.

    À la manière d’une histoire d’Agatha Christie, chaque personnage sera démasqué pour nous faire entrevoir son passé discutable. C’est dans sa manière de faire tomber les barrières entre coupables et victimes que le scénario trouve ses meilleures répliques et déploie un véritable profil psychologique pour chaque invité. Même si les spectateur·trice·s auraient souhaité une finale plus déconcertante, il faut quand même admettre que la résolution choisie évite tous les clichés d’usage qu’on a tendance à utiliser pour amener vers une conclusion choc et surprenante.

    La mise en scène de Geoghegan tire profit de son décor minimaliste et vintage pour nourrir une atmosphère oppressante. Cet appartement semble perdu au fond de l’hiver alors qu’il se trouve en ville. Le réalisateur excelle aussi dans sa direction précise d’interprètes. Il faut dire que sa distribution (Anne Ramsay, Ezra Buzzington, Jeremy Holm, Larry Fessenden, Ron E. Rains et Kristina Klebe) se plie habilement aux excentricités des personnages.

    Au final, Geoghegan livre un nouveau film hybride assez savoureux. Brooklyn 45 ne vous fera probablement pas peur, mais vous divertira grandement.

    Brooklyn 45 arrive le 9 juin chez Shudder et AMC+.

  • [Critique] From Black: quand la magie noire n’opère pas

    [Critique] From Black: quand la magie noire n’opère pas

    C’est ce vendredi que les abonnés Shudder auront l’occasion de visionner le tout nouveau long-métrage de Thomas Marchese (Fallen), From Black. Le film met en vedette Anna Camp (Pitch Perfect) et John Ales (la série Euphoria), qui participeront tous deux à une longue et complexe séance satanique.

    Cora (Camp) est une toxicomane en voix de rétablissement. Elle a perdu son fils il y a quelques années et tente de vivre avec son deuil et sa culpabilité. La jeune mère fera la rencontre d'Abel (Ales), qui lui fera une proposition intéressante afin de découvrir la vérité sur la disparition de son enfant. La femme sera entraînée dans un rituel satanique dans lequel elle devra compléter plusieurs étapes si elle veut revoir son garçon.
    From Black affiche film

    Le métrage débute avec l’arrestation de la femme suite aux événements de son récit. Nous suivons Cora qui raconte comment elle en est arrivée là et c’est avec curiosité qu’on accroche à son histoire. Tristement, l’intérêt se perd toutefois rapidement après plusieurs longueurs.

    Il faut dire que From Black rencontre quelques problèmes techniques, plus particulièrement au niveau du montage sonore. Les dialogues sont parfois étouffés et il devient difficile de comprendre les personnages. Un visionnement avec sous-titres est recommandé. Sinon, du côté de la réalisation, on sent le côté artistique bien développé de Thomas Marchese. Le cinéaste choisit de nous présenter plusieurs plans d’ensemble fixes, qui placent le spectateur en position d’observateur. Même si le choix est intéressant, il n’ajoute malheureusement rien de pertinent au film et crée surtout des lenteurs au niveau du rythme.

    Le réalisateur, qui co-écrit le scénario en compagnie de Jessub Flower, mentionnait en entrevue qu’aucune recherche n’a été effectuée pour l’élaboration du rituel, et ça se ressent. La cérémonie, même si elle est divisée en plusieurs segments, est assez difficile à comprendre et manque un peu de polissage. Le personnage de Cora aurait également pu bénéficier de plus de chair. Ses motivations sont bien présentées et on devine rapidement pourquoi elle décide de participer au plan d’Abel, mais il lui manque un petit quelque chose qui la rendrait plus attachante et donnerait davantage envie de suivre son aventure.

    Heureusement, Camp livre une excellente performance nuancée, parfois même intense. L’actrice joue ici un rôle complètement différent de ce à quoi elle nous a habitués et s’en sort assez bien. Autrement, From Black est l’une des quelques nouveautés chez Shudder pour le mois d’avril et ne vaut malheureusement pas le détour.