Category: Shudder

  • [Critique] The Curse: un thriller psychologique qui carbure au folklore philippin

    [Critique] The Curse: un thriller psychologique qui carbure au folklore philippin

    La production d’horreur philippino-irlandaise The Curse (Malédiction) est finalement parue sur demande sans trop de fanfare après sa sortie aux États-Unis en novembre. Connu partout ailleurs dans le monde sous Nocebo, ce nouveau titre exclusivement canadien n’aide en rien à la confusion entourant la sortie, qui s’est par ailleurs retrouvée disponible chez Shudder par erreur durant quelques temps. Bref, on peut se demander si les producteurs avaient quelque chose à cacher avec ce film mettant en vedette des acteurs de qualité. Si quelque chose les a effrayés, c’était probablement l’allégorie sur le capitalisme au cœur de cette histoire…

    Christine (Eva Green), une designer de mode prolifique, est atteinte d'une maladie étrange que son mari, Felix (Mark Strong), a du mal à comprendre. Au fil des mois, leur routine est perturbée par l'arrivée d'une soignante philippine qui frappe à leur porte et se lie d'amitié avec Christine et leur fille, Roberta. Bien que la soignante semble capable de guérir Christine, Felix reste méfiant à l'égard de cette étrangère. Qui est-elle réellement?

    The Curse présente des idées intéressantes et des images cauchemardesques, en plus qu’une solide distribution, mais l’exécution n’est pas toujours au rendez-vous. Le réalisateur Lorcan Finnegan (Vivarium) réussit à intégrer l’atmosphère et les racines du folklore philippin de manière horrifique et convaincante, cependant, ses ambitions peuvent parfois agir comme un obstacle, surtout vers la fin du film.

    Malgré que talentueux Eva Green et Mark Strong élèvent le matériel avec leurs performances, c’est pourtant l’actrice philippine Chai Fonacier qui surprend le plus avec son regard perçant et sa présence lugubre, donnant ainsi quelques frissons dans le dos.

    Somme toute, le résultat n’est pas aussi effrayant qu’il aurait pu l’être alors que The Curse ne se gêne pas pour montrer ses cartes, ce qui diminue le suspense d’un cran. Certaines séquences, en particulier vers la fin, sont exagérées et auraient pu être atténuées afin d’apprécier davantage l’atmosphère. L’influence des deux David (Lynch et Cronenberg) se fait sentir partout dans le paysage de l’horreur ces jours-ci, et ce film a tendance à imiter les maîtres au lieu de trouver sa propre voix. La mise en scène est compétente, mais manque légèrement de créativité ce qui mène à des occasions ratées derrière la caméra. Ceci étant dit, l’utilisation du split diopter (demi-bonnette) devrait faire plaisir aux fans de Brian de Palma.

    Nocebo affiche film

    Parler en détail du message global du film dévoilerait certains rebondissements, mais les cinéastes ont habilement utilisé les thématiques du vaudou et de la vengeance pour raconter leur allégorie sociopolitique, même si l’approche peut sembler maladroite. Sans vouloir en dire trop, il convient de noter qu’une réelle tragédie est à l’origine de la conception de ce film, ce qui ajoute une dimension différente au dénouement de l’histoire.

    The Curse devrait trouver son public au fil du temps, même si sa sortie a été un peu gâchée par ses distributeurs. Il y a assez pour plaire aux fanatiques d’horreur folklorique ou psychologique et la présence d’interprètes de qualité comme Eva Green élève cette expérience bizarroïde, même si le film nous laisse légèrement sur notre faim.

  • [Critique] Attachment: un Dibbouk un peu trop muselé

    [Critique] Attachment: un Dibbouk un peu trop muselé

    Le film Attachment vient de paraître sur Shudder, et avec l’accueil assez positif que le long-métrage a reçu au festival du film de Tribeca, parions que plusieurs fans d’horreur s’y risqueront rapidement.

    Maja est une actrice danoise qui verra son univers transformé lorsqu’elle aura le coup de foudre pour Leah, une universitaire juive. Lorsque Leah subit une crise de somnambulisme étrange, Maja décide d’accompagner cette dernière pour un séjour chez sa mère. Cette visite se révèlera assez lugubre puisque les malaises de Leah inauguraient quelque chose d’encore plus épouvantable.

    Le folklore juif semble avoir de plus en plus la cote pour le cinéma d’horreur, si l’on pense au récent The Devil’s Offering et à The Vigil paru en 2019. Scénarisé et réalisé par Gabriel Bier Gislason, Attachment nous balance une intrigue qui paraît originale au départ. Mixer la découverte de l’autre à celle d’une culture étrangère semblait le terrain parfait où semer l’horreur. Le film promettait aussi d’y incorporer un angle homosexuel, ce qui aurait pu soulever de véritables enjeux. La trame aborde également le mythe du Dibbouk, mais on aurait eu avantage à nous parler davantage de ce démon qui reste attaché au corps de la personne qu’il possède. L’ensemble des promesses dégringole rapidement en un mélange simpliste d’effets horrifiques redondants et de passages romantiques sans grande substance. Les héroïnes viennent à peine de se connaître et l’amour aveugle et démesuré qu’elles démontrent l’une pour l’autre n’est pas toujours si crédible.

    En revanche, la mise en scène est assez soignée et réussit à modeler certains passages plus inquiétants. Le réalisateur débutant pige quelques artifices moins originaux ici et là, mais il réussit à donner une véritable échine à son film.

    Dans le rôle de Maja, Josephine Park (Doggystyle) est très convaincante, alors qu’Ellie Kendrick (Game of Thrones) est un peu plus limitée. C’est toutefois Sofie Gråbøl qui brille le plus dans le rôle de la mère de la malade.

    En conclusion, Attachment demeure un film correct si on s’effraie facilement et si on ne craint pas les histoires d’amour un peu préfabriquées. Le film vaut le visionnement, mais il est probable que vous ne souhaiterez pas le revoir.

  • [Critique] The Apology: jamais sans ma fille

    [Critique] The Apology: jamais sans ma fille

    Si vous aviez perdu un être cher dans des circonstances aussi tragiques que mystérieuses, et que le responsable offrait de vous raconter exactement ce qui s’était passé, accepteriez-vous? Pour le personnage de The Apology, la réponse est oui, sans l’ombre d’un doute.

    Même si elle met la dernière touche aux préparatifs du réveillon, Darlene n'a pas le cœur à la fête: c'est le vingtième Noël qu'elle passe sans sa fille. En cette nuit de tempête, cette absence la bouleverse tellement qu'elle est prête à abandonner son combat contre l'alcoolisme. Mais cette veille de Noël qui s'annonçait triste, mais tranquille prend une tournure inattendue lorsque son beau-frère se pointe à l'improviste après des années de silence, amenant avec lui cadeaux, souvenirs et, surtout, sinistres révélations.  
    The Apology affiche film

    Alison Locke a certainement eu une idée de génie en choisissant d’installer The Apology la veille de Noël. L’esprit des Fêtes ne suffit effectivement pas toujours à maintenir l’unité familiale et il n’est pas rare que les rassemblements familiaux réveillent le passé, pour le meilleur, et surtout, le pire. Les traumas et rancunes qui refont surface entraînent parfois des chicanes explosives ou même des ruptures définitives: ce film en est certainement l’exemple le plus extrême!

    C’est un plaisir de retrouver Anna Gunn, qui s’est faite discrète depuis Breaking Bad. Son rôle dans la série de Vince Gilligan l’ayant certainement habitué à explorer le côté sombre de sa psyché, l’actrice est en pleine maîtrise du personnage, dont elle communique les émotions avec une authenticité percutante. En présentant Darlene comme une femme habitée par une certaine retenue, une certaine méfiance, elle fait de chaque envolée de colère un moment glorieux et cathartique et trouve en Linus Roache (Mandy) un précieux complice, qui donne vie à un personnage aussi pathétique que dangereux. Enfin, Janeane Garofalo (Mystery Men) fait bien plus qu’ajouter de l’humour à une œuvre lourdement chargée: elle insuffle le contenu d’une dose d’humanité plus que bienvenue, qui permet de voir Darlene sous un angle plus vulnérable et attendrissant en plus de célébrer l’amitié au féminin.

    Le premier long métrage de Locke joint le panthéon des thrillers et films d’horreur qui prennent cours pendant la saison festive sans pousser à fond la carte du 25 décembre. On y évoque certainement l’atmosphère de The Lodge, notamment avec les plans aériens qui renforcent le même effet d’isolement. On sent aussi l’inspiration de Black Christmas — un plan où Darlene regarde par une fenêtre embuée et encadrée de lumières de Noël adresse d’ailleurs un hommage à peine voilé au grand classique de Bob Clark.

    Une heure et demie ne suffit évidemment pas pour traverser une gamme d’émotions aussi complexes qu’implique un deuil. C’est peut-être pourquoi, à la fin du film, le parcours de Darlene nous semble inachevé, pas tout à fait satisfaisant, trop nettement emballé. Néanmoins, même si le personnage enchaîne les cinq étapes du deuil à un rythme accéléré, Locke réalise un excellent travail de synthèse en faisant tenir ce touchant récit multicouche dans un si court laps de temps, et ce, sans bousculer l’intrigue ni brusquer le spectateur. Il est rare aussi de voir un traitement moral du thème de la vengeance aussi sensible et habile, surtout dans ce qui aurait aisément pu devenir un revenge movie.

    The Apology arrive en vidéo sur demande et chez Shudder le 16 décembre.

  • [Critique] Christmas Bloody Christmas: piles à plat

    [Critique] Christmas Bloody Christmas: piles à plat

    Après Bliss et VFW, Joe Begos nous revient avec Christmas Bloody Christmas, qui débarque chez Shudder et en vidéo sur demande le 9 décembre. Le film trouvera-t-il sa place sur la liste du père Noël cette année?

    C'est la veille de Noël et Tori, propriétaire d'un magasin de disques, n'a qu'une seule envie: boire et faire la fête avec Robbie, son ami et employé. Leurs festivités prennent un tournant sinistre quand le père Noël robotique du magasin de jouets d'à côté tombe en panne et fait du réveillon un véritable cauchemar. 

    Alors qu’il poussait l’orgie de sang, de sexe et de drogue à l’extrême dans Bliss, au point d’en tomber dans la caricature, Begos se montre ici plus mesuré, tout en présentant néanmoins le même niveau d’enthousiasme à la création d’un univers visuel qui se démarque. Le 16 mm apporte effectivement un caractère granuleux qui évoque le cinéma d’exploitation des années 1970 et 1980. De pair avec une trame sonore punk-métal, une caméra qui a la bougeotte et un montage nerveux, ce choix artistique évoque toutefois davantage un mauvais mélange bière-téquila que le septième art.

    Beaucoup d’éléments nous empêchent d’apprécier Christmas Bloody Christmas, à commencer par un RoboSanta+ minimaliste dont le costume n’a rien de robotique avant le troisième acte, quand ça fait longtemps que le spectateur a arrêté de suivre. Quelques lasers et prothèses auraient peut-être donné plus de gueule à ce père Noël d’apparence banale, incarné par un acteur de taille moyenne dont les efforts pour bouger comme un cyborg sont maintenus au minimum. Des explications sur la faille le poussant à adopter un comportement meurtrier auraient aussi été bienvenus.

    Pour couronner le tout, ce croque-mitaine à piètre allure se mesure à des personnages tous aussi inintéressants les uns que les autres. Pourtant, une entrée en matière assez longue aurait dû nous rendre sensible au destin de Robbie et Tori. C’est malheureusement gâché par la nature indéniablement scriptée de leurs échanges (personne ne parle comme ça), le fait qu’ils avalent des quantités astronomiques de liqueur sans avoir l’air saoul et l’incapacité de Riley Dandy à terminer une phrase sans crier.

    Si on avait eu des meurtres sanglants et imaginatifs à se mettre sous la dent, au moins! Hélas, les tueries sont filmées de façon confuse et agitée, avec une caméra souvent trop rapprochée pour nous permettre d’en apprécier les détails et la violence. Le montage et la direction souffrent aussi de certains choix douteux, comme celui de ne montrer qu’une fraction d’un meurtre à travers une fenêtre de l’autre côté de la rue, ou encore d’entrecouper une scène de carnage par des extraits de nos personnages principaux qui s’envoient en l’air (sans toutefois avoir retiré leurs sous-vêtements — faut le faire).

    S’il y a bien un moment de l’année où il fait bon suivre les traditions, c’est Noël. Cette année, faites-vous plaisir: évitez Christmas Bloody Christmas et revisitez les classiques. De 3615 Code Père Noël à Black Christmas en passant par Santa’s Slay, Krampus, Jack Frost ou encore Silent Night, Deadly Night et sa délectable suite, il y a trop de beaux joujoux dans le sac du père Noël pour perdre son temps avec des morceaux de charbon!

  • [Critique] A Wounded Fawn: la vengeance est un plat grec qui se mange saignant

    [Critique] A Wounded Fawn: la vengeance est un plat grec qui se mange saignant

    Travis Stevens, qui nous a offert Girl on the Third Floor et Jakob’s Wife en guise de premiers longs-métrages, est de retour avec A Wounded Fawn, une fable qui mêle mythologie grecque et surréalisme, en exclusivité en décembre chez Shudder. Ce troisième film est également le plus intéressant de la filmographie du cinéaste américain jusqu’à maintenant.

    On y suit Bruce (Josh Ruben, Scare MeWerewolves Within), passionné par l'art grec... et les jolies femmes, qu'une force étrange lui commande d'assassiner. Son chemin croisera celui de la conservatrice de musée, Meredith (Sarah Lind, Jakob’s Wife), et leur escapade au chalet se transformera en idylle violente où l'univers de Bruce sera remis en question.
    A Wounded Fawn affiche film

    C’est à l’aide de cette statue prisée, inspirée par les Érinnyes, trois divinités vengeresses, placée au centre du scénario, qu’A Wounded Fawn installe ses propres mythes pour contrecarrer les plans d’un redoutable tueur en série. Minimaliste et expérimentale dans son approche, l’entreprise, qu’on devine au budget modeste, se démarque principalement grâce à la créativité de sa réalisation.

    C’est à travers les yeux de sa potentielle prochaine victime que le premier chapitre observe l’homme. Ruben, qu’on a surtout connu dernièrement dans des productions horrifiques comiques, campe l’assassin de manière très convaincante grâce à ses emportements et moments d’absence bien calculés. Sa co-vedette, Sarah Lind, est d’ailleurs toute aussi pertinente.

    Cette première moitié opère comme un thriller criminel plus traditionnel, à la différence que le traitement de l’image et des effets spéciaux s’inspire ici de l’époque de l’époque Video Nasties pour un résultat résolument lo fi assez plaisant visuellement. La production propose également une poignée de moments horrifiants qui, à défaut de ne pas atteindre la cible à tout coup, s’avère très originale.

    Un clash survient pour le deuxième chapitre qui, avec ses décors de chalet dans les bois, ses éclairages rétro et ses excès surréalistes, rappelle inévitablement la saga The Evil Dead, particulièrement sa suite — notre antagoniste ne s’appelle pas Bruce pour rien. Le gore atteint un niveau plus élevé tandis que l’union entre le film d’auteur et le côté plus camp de la série B, un amalgame qui en temps normal devrait faire sourciller, est plutôt bien réussi.

    A Wounded Fawn est ce genre d’expérimentation libre et rafraichissante qu’on aimerait retrouver davantage sur les tablettes virtuelles de nos plateformes.

  • [Critique] The 101 Scariest Horror Movie Moments of All Time: Horreur 101… un cours à suivre!

    [Critique] The 101 Scariest Horror Movie Moments of All Time: Horreur 101… un cours à suivre!

    En 2004, Anthony Timpone, Patrick Moses et Kevin Kaufman nous ont livré une docusérie en cinq épisodes intitulée The 100 Scariest Movie Moments, qui mettait à l’écran les cent scènes de films les plus affolantes de l’histoire du cinéma des années 1960 à 2000. Le répertoire allait au-delà des films d’horreur et donnait place à des moments terrifiants offerts dans des thrillers, des drames et même dans une comédie musicale (The Wizard of Oz)! Pour commenter le tout, la réalisation donnait la parole à Wes Craven, Bruce Campbell, Rob Zombie et plusieurs autres.

    Cette année, Shudder nous présente sa liste (plus un!) de moments cinématographiques terrifiants avec The 101 Scariest Horror Movie Moments of All Time. Mike Flanagan (Midnight Mass, The Haunting of Hill House), Joe Dante (The Howling), Kate Siegle (Hush, The Haunting of Hill House), Andy Muschietti (It), Samuel Zimmerman (curateur de films pour Shudder), pour n’en nommer que quelques-uns, font partie de la brochette impressionnante de passionnés de l’horreur qui offrent leur expérience et expertise pour commenter, voire disséquer, les scènes de films qui ont marqué notre imaginaire et teinté nos cauchemars. Toutefois, on met ici les pieds uniquement dans la baignoire sanglante de l’épouvantable et on s’éclabousse gaiement du début à la fin.

    Alarmant décompte

    The 101 Scariest Horror Movie Moments of All Time affiche

    Scindé en huit épisodes, le documentaire voyage à travers plusieurs décennies dans un va-et-vient qui permet de découvrir, mieux connaître ou se remémorer une tonne de films. Gore, cinéma dérangeant, métrages en noir et blanc, histoires de fantômes ou de tueurs en série, aucun sous-genre n’est épargné. La série se permet même une brève incursion dans les séries télévisées Twin Peaks et The Haunting of Hill House pour nous parler d’un de leurs épisodes particulièrement sinistre et marquant.

    The 101 Scariest réussit à nous accrocher tout particulièrement par son choix réfléchi d’extraits qui nous plongent tête première dans l’ambiance de chacun des films du palmarès. Il faut bien évidemment s’attendre à ce que soient divulgâchés plusieurs «punchs» et même finales, car bien que les interventions soient principalement axées sur la séquence la plus troublante, une mise en contexte est nécessaire pour nous faire comprendre comment et pourquoi cette scène précise s’insère à merveille (et horreur!) dans l’entièreté du film.

    Autopsie de l’horreur

    La production se permet aussi de comparer les moments les plus poignants de certains films à des instants du genre mis à l’écran dans d’autres réalisations. Qu’un appel à la frousse ait été exploité bien avant ou encore répété maintes fois par la suite, des liens sont tissés entre plusieurs films. Par exemple, les explosions crâniennes (Scanner) sont à l’honneur dans ses diverses formes, de même que l’exploration des jumps scares finaux (Carrie) qui nous laisse un doux goût amer juste avant de faire défiler le générique.

    Chacun des 101 choix est brillamment expliqué et on ne peut que comprendre pourquoi la scène a sa place dans la liste. Au-delà de la simple terreur obtenue, on nous livre les raisons de l’efficacité de ces moments cruciaux, et ce, au point de vue technique, cinématographique, social, culturel et émotionnel. Le mélange d’intervenants de tout horizon permet des points de vue variés et un ton plus «universel». Bien qu’il soit captivant d’avoir l’avis d’un réalisateur, d’un producteur ou d’un créateur d’effets spéciaux, il est tout aussi intéressant d’entendre des critiques plus légères, au cours desquelles les films sont racontés comme une expérience personnelle, au même titre que nous l’aurions vécu. En ce sens, l’avis de Joe Truglio (Brooklyn 99) ou Kevin Eubanks (guitariste et compositeur jazz) semble de prime abord plus ou moins pertinent, mais on se reconnaît au final parfaitement dans leurs propos et on peut facilement acquiescer.

    La docusérie se permet de retourner loin en arrière (Nosferatu, 1922; The Phantom of the Opera, 1925), donne une place à des réalisations qui n’ont pas nécessairement fait l’unanimité (Doctor Sleep, Final Destination 2, Us) et préfère les films originaux aux reprises ([REC], Ju-On, Ringu). Si ces derniers exemples sont moins votre tasse de thé, gardez en tête qu’il ne s’agit pas ici d’un décompte des meilleurs longs-métrages, mais bien d’une sélection des instants clés, des quelques minutes/secondes horrifiantes, déstabilisantes, ingénieuses qui ont réussi à faire parler, à soulever les passions et souvent même à influencer des gens de l’industrie qui ont par la suite voulu s’en inspirer et peut-être espérer faire encore mieux! Il faut également garder l’esprit ouvert et accepter que nos moments préférés ne fassent peut-être pas la liste ou n’aient même pas une mention en parallèle. Par exemple, quel bonheur de voir que Sinister a sa place, mais dommage que Gonjiam Haunted Asylum, qui nous a livré l’une des scènes les plus horrifiantes de l’histoire du found footage, ait été oublié!

    The 101 Scariest Horror Movie Moments of All Time sait incontestablement captiver l’attention continue de son auditoire et offre fébrilité à celles et ceux qui ont hâte (hâte hâte!) de voir la suite. On prend un malin plaisir à contempler, analyser, apprendre et se faire surprendre. À voir… absolument!

  • [Critique] V/H/S/99: un film oubliable, mais assez amusant

    [Critique] V/H/S/99: un film oubliable, mais assez amusant

    Alors que l’automne balaie de plus en plus de feuilles de nos arbres et que l’Halloween se fait proche, Shudder nous ramène à nouveau la populaire franchise found footage avec V/H/S/99, qui arrive sur sa plateforme un an après V/H/S/94 et un an avant le récemment annoncé V/H/S/85.

    V/H/S/99 propose un bond dans le temps où cette bonne vieille technologie analogique est de la partie pour le visionnement de cinq vidéos personnelles qui se terminent toutes en cauchemar. Entre les aventures d’un groupe de musique, un jeu télévisé pour adolescents qui tourne mal, de jeunes blagueurs voulant reluquer une belle voisine, l’initiation d’une sororité et l’arrivée de l’an 2000, l’horreur s’amènera dans votre salon.
    vhs 99 affiche film

    Avec la parution de plusieurs films dans cette bannière, le spectateur connaît la chanson de ces assemblages de petits films found footage. Ce nouveau film ne réinvente donc aucunement la formule et ne passera pas à l’histoire comme film d’horreur marquant.

    Nous sommes loin, bien sûr, d’atteindre la qualité scénaristique dont nous ont habitués plusieurs films d’horreur plus cérébraux, souvent issus du studio A24. Par ailleurs, plusieurs courts-métrages s’attardent trop avant d’aboutir et certains segments sont un peu trop longs.

    Il reste que la plupart de ces petites vignettes dosent suffisamment bien la nostalgie d’une époque révolue et l’effroi pour nous offrir une bonne balade. Comme toujours, la qualité des épisodes est inégale, mais plusieurs tirent assez bien leur épingle du jeu. C’est notamment le cas pour les clips Suicide Bid de Johannes Roberts (47 Meters Down) et The Gawkers de Tyler MacIntyre (Tragedy Girls), qui se démarquent des autres.

    Les cinq réalisateurs ne démontrent pas le même niveau d’expertise. Là où certains utilisent la caméra domestique intelligemment pour proposer un traitement original de leur récit, d’autres se contentent de la faire tourner dans tous les sens et de nous agacer. Les interprètes font leur possible avec ce qu’ils ont, mais la plupart offrent un jeu satisfaisant.

    Au final, V/H/S/99 est un petit film qu’on oubliera vite, mais qui demeure agréable avec une bonne bière et des amis lorsque l’on veut éviter de trop réfléchir.

  • [Critique] Saloum: la vengeance est un plat qui se mange encore plus froid au Sénégal

    [Critique] Saloum: la vengeance est un plat qui se mange encore plus froid au Sénégal

    Le mois d’octobre est toujours tellement occupé côté horreur qu’il nous a tristement fait manquer la projection de Saloum l’an dernier au Festival du nouveau cinéma. Le film du cinéaste franco-congolais Jean Luc Herbulot (Dealer) arrive cette semaine en exclusivité chez Shudder, et il serait très dommage de ne pas en glisser au moins quelques mots sur nos pages.

    Saloum nous transporte en 2003 dans l'ouest de l'Afrique où un groupe de mercenaires, les Hyènes de Bangui, doit se réfugier d'urgence au Saloum au Sénégal, tout juste après un fracassant coup d’État. Chaka (Yann Gael), à la tête du clan, ne semble toutefois pas se trouver par hasard sur les lieux et la tension monte rapidement auprès des invités du lieu de vacances où ils séjournent.
    Saloum affiche film

    Ce qui fascine avant tout, c’est l’aisance avec laquelle Herbulot marie les genres. La facture de Saloum passe de celle d’un classique cartel de drogue au western, en abordant le folklore africain pour enfin aboutir au creature feature surnaturel avec une généreuse dose d’action. Entre d’autres mains, le résultat aurait pu facilement déraper, mais le cinéaste mène l’ensemble comme un vétéran, lui qui en est pourtant seulement à son deuxième long-métrage.

    Surprenant d’ailleurs que le scénario parvienne à développer autant de ramifications en à peine 84 minutes. Les revirements ne manquent pas dans Saloum, qui offre autant de personnages mémorables semblant tout droit sortis d’une bande dessinée d’aventure — le mystérieux sorcier Minuit! — que d’angles originaux quant à la mythologie qu’il explore, notamment au niveau du traitement d’entités qui surgiront éventuellement.

    Car rares sont les productions qui nous ont donné un tour guidé aussi authentique de la région de l’Afrique. Avec une réalisation aussi rythmée que les percussions de sa trame sonore, Herbulot signe un film aux couleurs résolument uniques, dans un univers qu’on voudrait approfondir encore plus.

    Saloum, c’est un peu le meilleur des deux mondes: le look alléchant des productions grand public et la profondeur des œuvres dites d’auteur. La poésie émanant des dernières scènes marque en effet l’imaginaire à grands coups de machette — comme ont pu le faire Ana Lily Amirpour ou Issa López ces dernières années.

  • [Fantasia 2022] Glorious: à chaque démon son trône

    [Fantasia 2022] Glorious: à chaque démon son trône

    Avant son arrivée sur les tablettes virtuelles de Shudder le 18 août prochain, le huis clos nauséabond de Glorious venait faire son tour en première mondiale à Fantasia. Il s’agit d’un troisième long-métrage pour la cinéaste américaine, que les fans d’horreur connaissent déjà peut-être avec Psycho Granny (2019) et All the Creatures Were Stirring (2018). Concernant ce nouveau titre toutefois, disons que certaines conversations devraient être laissées derrière les portes closes.

    Ne lui demandez pas comment ni pourquoi, mais Wes (Ryan Kwanten, True Blood, Dead Silence) s'est retrouvé enfermé dans les toilettes d'une aire de repos après une grosse soirée arrosée. Son compagnon de cellule? Une ancienne divinité. C'est du moins ce que prétend la voix qui se fait entendre dans la dernière cabine.
    glorious affiche film

    Si on parlait plus tôt du rapport comédie/horreur adéquat de Deadstream, Glorious est l’exemple parfait, à valeur de production à peu près égale, d’un ratio qui ne fonctionne tout simplement pas. La production n’arrive jamais à syntoniser la bonne fréquence de comédie, et cette dernière court-circuite la moindre once de suspense au récit. Si aucun des gags ne lève, c’est en partie la faute des dialogues dépourvus de tout mordant. Et c’est plutôt problématique lorsqu’on se retrouve enfermés dans une salle de bain, au cœur d’une conversation mystique entre un homme et une créature qu’on ne peut voir pendant 80 minutes.

    Le scénario de Joshua Hull, David Ian McKendry et Todd Rigney s’embourbe davantage dans une série de conventions usuelles que de tenter de créer un véritable dialogue philosophique sur cette présence fantastique, à savoir: douter de l’honnêteté du compagnon, trouver un moyen de sortir de la salle de bain, montrer l’étendue de ses pouvoirs, etc. Et que dire de cette histoire d’amour sans intérêt et sous-développée? Certains éléments semblent aussi intégrés pour remplir du temps d’antenne, comme ce personnage accessoire qui fait irruption à mi-parcours. Si on salue finalement la dose d’imagination qui a placé le fameux dieu sur ce trône, on se dit également que la science-fiction a le dos bien large.

    La réalisation, elle, rétro-éclaire au rose néon 80 la plupart de ses scènes, exactement comme cette avalanche de productions série B qui foulent les plateformes de streaming alternatives depuis qu’elles existent. Les cinéastes qui veulent procurer un peu de caractère à leurs images devraient songer à chercher rapidement ailleurs s’ils espèrent se distinguer un jour.

    On se questionne également quant à l’utilisation de J.K. Simmons (Whiplash, La La Land) pour prêter sa voix au mystérieux personnage caché. L’acteur, qui n’a pourtant plus rien à prouver à personne, peine ici à convaincre, même dans ses envolées les plus démoniaques.

    La finale propose toutefois un revirement assez surprenant, qui nous réconcilie presque avec le reste du film. Glorious aurait toutefois mieux fonctionné sous la forme d’un court-métrage.

  • [Fantasia 2022] Sissy: amies jusqu’à la fin

    [Fantasia 2022] Sissy: amies jusqu’à la fin

    Les réseaux sociaux font dorénavant partie de nos vies avec tout ce qu’ils peuvent apporter comme avantages et inconvénients. À ce titre, le film Sissy semblait extrêmement d’actualité puisque la pandémie a fait d’eux notre dernier recours pour combler l’isolement et a certainement donné naissance à une série d’influenceurs de toutes sortes.

    Cécilia est devenue une célèbre influenceuse sur les réseaux sociaux et y gagne sa vie. Un jour, elle rencontre par hasard sa meilleure amie d’enfance, Emma, qu’elle n’a pas vue depuis douze ans. Cette dernière l’invite à un week-end entre filles. Elle y retrouve une poignée d’anciennes collègues de classe, et cette ennemie jurée qui l’intimidait tant et qui semble déterminée à lui refaire la vie dure après tout ce temps.

    Sissy est le premier long-métrage du duo de scénaristes et réalisatrices australiennes Hannah Barlow et Kane Senes. On peut y lire dans la prémisse une satire sur l’influence des médias sociaux. Le message critique face aux influenceurs et à cette génération ne vivant que pour le gain de followers semble un brin surligné, mais on a l’espoir alors que le tout vienne d’une approche fantaisiste volontairement excessive. Pourtant, on effleure à peine la portée des différents sujets abordés, qu’il s’agisse du rôle néfaste que peuvent avoir les réseaux sociaux, de la lourdeur des traumas de jeunesse et de la quête identitaire de la protagoniste. Si les créateurs embrassent parfois l’aspect saugrenu de leur propos, ils semblent aussi souvent l’oublier.

    Le long-métrage a peut-être le mérite de fuir un élan manichéen en soulignant gauchement le bien et le mal, mais on a parfois l’impression que certains passages plongent tête première dans ce qu’ils dénoncent, en adulant Cécilia et en laissant parfois sous-entendre que sa vengeance est compréhensible.

    Il faut toutefois donner à Sissy un humour noir cocasse à défaut d’être subtil. Lorsque ce récit d’amitié se transforme en slasher, le fan d’horreur aura tout de même quelques meurtres originaux à se mettre sous la dent, en plus d’une bonne dose d’hémoglobine.

    La réalisation demeure adroite et utilise une mise en images assez soignée qui baigne l’ensemble de couleurs pastel et de décors luxuriants. Cette démonstration de richesse et d’abondance place les scènes d’horreur dans une maison froide et procure une touche insolite au climat.

    Aisha Dee (Channel Zero) crève littéralement l’écran dans le rôle-titre. À la fois attachante, agaçante et inquiétante, l’actrice est hallucinante. Elle est entourée d’actrices également convaincantes.

    Pour terminer, Sissy demeure un amusant petit film qui avait tout en main pour être marquant, mais qui n’a pas su atteindre ses promesses.