Il y a déjà un bon nombre d’histoires qui se reposent sur le concept du «be careful what you wish for». Pour cause, c’est un prétexte pour donner une leçon sur les vertus de la simplicité et de l’humilité. Voir des gens qui pensent pouvoir tout avoir avec facilité mordre la poussière a ainsi quelque chose de très familier. Cela dit, ce n’est pas parce qu’une prémisse est déjà vue que son exécution ne peut pas être intéressante.
Dans The Room — un très mauvais choix de titre, dirais Tommy Wiseau — du Français Christian Volckman, le principe est simple. Un couple aménage dans une nouvelle maison et y découvre une pièce étrange qui semble pouvoir matérialiser tout ce qu’ils souhaitent. Au début un peu insouciants, ils découvriront au fil du récit les différentes règles entourant la chambre et les conséquences qu’il y a à abuser de son pouvoir.
Peu importe le léger manque d’originalité du scénario, The Room est plutôt bon. Volckman a réussi à créer un film de genre bien réalisé avec de bons effets, de bons acteurs et ce, visiblement, sans avoir à passer par le système hollywoodien. Cela dit, ce n’est pas parce que le projet n’est pas américain qu’il n’a pas été pensé pour ce marché. En effet, la mise en scène reste assez en phase avec les canons du cinéma d’horreur américain actuel. Cela dit, il y a quelque chose de difficilement définissable qui fait sortir le film du lot. Peut-être est-ce la belle cinématographie et le travail sur les décors? Ou est-ce les excellentes performances de Kevin Janssens (Revenge) et d’Olga Kurylenko (Dans la brume)? Dans tous les cas, le long-métrage est beaucoup plus captivant que ce que l’on pourrait croire. Pour de l’horreur plus «grand public», ça fait largement le travail et surtout se permet de creuser des thèmes assez lourds comme l’avarice, la jalousie, la parentalité et le deuil de manière très subtile et sentie.
De plus, le fait de ne pas tout expliquer les tenants et aboutissants des événements paranormaux de l’histoire crée un mystère qui pourrait facilement se développer sur une franchise. Dans un monde où plusieurs ont tendance à prendre les éléments gardés inexpliqués pour des «plot holes», un peu de questions laissées en suspend fait du bien. Le côté fable sur la nature humaine n’en est que plus amplifié.
Bref, un long-métrage qui aurait amplement mérité de se retrouver sur le circuit des salles de cinéma, mais qui n’est disponible que pour les abonnés de Shudder. Une bonne surprise!
Plus de trente-cinq ans après le premier film qui rendait hommage aux bandes-dessinées horrifiques des années 50 de EC Comics, Shudder ramène Creepshow aux fans d’anthologies et de petites histoires macabres cet automne. Le cinéaste Greg Nicotero (The Walking Dead) pilote le projet ambitieux qui réunit plusieurs grands noms du milieu.
Faisons un tour d’horizon des douze segments de cette nouvelle mouture, dont le dernier épisode arrivait sur la plate-forme le 31 octobre.
N.D.L.R.: Les étoiles représentent les segments préférés de l’auteur.
Gray Matter, réalisé par Greg Nicotero
C’est une histoire écrite par Stephen King, adaptée par Byron Willinger et Philip de Blasi, qui ouvre le bal. Un jeune homme terrifié débarque au dépanneur pour acheter des cigarettes à son père, un alcoolique notoire de la petite ville. Deux locaux iront investiguer la demeure pour voir ce qui s’y trame. Dommage que le jeu des acteurs soit plutôt inégal. On est très heureux de retrouver la toujours excellente Adrienne Barbeau, qu’on pouvait voir également dans le segment The Crate du premier film, mais le jeune homme à qui elle donne la réplique est carrément à côté de la plaque. La transformation du père, qu’on observe au fil du segment, fonctionne bien quand à elle et le travail au niveau de la créature finale est le plus impressionnant de l’anthologie. Les personnages de Tobin Bell (Saw) et Giancarlo Esposito (Breaking Bad) ne savent pas ce qui les attend…
The House of the Head, réalisé par John Harrison
L’auteur du roman Bird Box signe ici une fable surréaliste, amusante et particulièrement inquiétante où une jeune fille découvre des choses plutôt étranges dans sa maison de poupées. The House of the Head est certainement l’un des segments les plus intéressants et étranges de cette anthologie — Shudder a d’ailleurs beaucoup misé sur les images de celui-ci pour sa campagne de publicité. Si on s’amuse à suivre l’évolution de la situation, l’épisode s’avère toutefois répétitif et manque peut-être un peu de substance. D’où vient cette tête ignoble? La fin ouverte est néanmoins bienvenue et toute indiquée dans ce genre de projet. Au final, on aurait pris davantage de segments de la sorte. Avez-vous repéré l’hommage à Creepshow 2?
Bad Wolf Down, réalisé par Rob Schrab
On se retrouve en pleine Seconde Guerre mondiale où un groupe de soldats américains pris au piège trouve un moyen saugrenu de se sortir de sa fâcheuse position. Sachant d’entrée de jeu qu’il s’agit d’un film de loups-garous, avouons qu’il ne reste plus beaucoup de surprises à découvrir dans Bad Wolf Down. Jeffrey Combs (Re-Animator) est ici entre autres accompagné du chanteur-rapper-producteur Kid Cudi pour des résultats plutôt mitigés, en partie à cause des dialogues très douteux. Et entre nous, pourquoi donne-t-on des rôles francophones à des acteurs qui n’ont aucune idée de la langue? On aurait pu se rabattre sur les effets, mais faute de budget, les transformations de loup-garous opèrent ici sous forme d’animations et le look final des bêtes n’impressionne pas outre mesure. Aussi bien le dire: le résultat est épouvantable. Suivant!
The Finger, réalisé par Greg Nicotero
Qu’est-ce qu’on fait lorsqu’on trouve un bout de chair dans la rue? On le ramène chez soi! Ne serait-ce que pour sa narration à la première personne, The Finger offre une variation tout de même intéressante. L’acteur DJ Qualls (Z Nation, The Core) a la tête de l’emploi et on suit avec amusement l’évolution plutôt classique de sa relation avec son nouvel ami Bob, qui se veut attachant et adorable. Le rendu de la créature en CGI ne fonctionne pas du tout, celui en effet pratique n’est pas parfait non plus, mais la finale ouverte réussit à sauver les meubles de justesse.
All Hallows Eve, réalisé par John Harrison
Avec All Hallows Eve, John Harrisson (Tales from the Crypt) nous offre un segment peu mémorable de Creepshow. Cinq halloweeneux arpentent les rues du quartier un 31 octobre, mais ils ne sont pas à la recherche de bonbons. Le scénario syntonise Trick ‘r Treat avec ses traditions et légendes d’Halloween de manière moins réussie. La chimie opère pourtant au sein du groupe et une certaine nostalgie se dégage de l’ensemble, notamment grâce à la trame sonore. Il manque toutefois un peu de jus pour rendre le groupe vraiment menaçant ou même touchant, comme l’aurait bien voulu la dernière scène.
The Companion, réalisé par Dave Bruckner
Dans The Companion, un garçon poursuivi par son frère tortionnaire se retrouve dans une ferme abandonnée habitée par une force surnaturelle. On reconnaît la signature du réalisateur de The Ritual au niveau de la créature construite à partir d’ossements d’animaux, bien que plus modeste que dans son précédent métrage. Certains effets rappellent même le Babadook de Jennifer Kent. Le retour en arrière sur les origines de l’épouvantail pimente cette affaire de vengeance sordide, dont la légende est plutôt bien développée, et qui s’avère somme toute efficace.
The Man in the Suitcase, réalisé par Dave Bruckner
Bruckner réalise également ce segment où un étudiant revient de voyage et ramène à la maison la mauvaise valise. Il y retrouvera éventuellement un homme piégé qui distribue de l’or de manière étrange. Le segment joue avec les notions d’avarice de manière excessivement convenue avec cette créature à mi-chemin entre le génie de la lampe et l’abominable lutin. Éventuellement, encore ici, on aurait peut-être préféré ne pas le voir dans sa forme finale, garder un peu de mystère et plutôt en apprendre davantage sur ses racines. L’issue finale est tout de même plutôt rassasiante.
Lydia Layne’s Better Half, réalisé par Roxanne Benjamin
Lorsqu’une femme apprend que sa patronne et amante ne lui fera pas profiter d’une importante promotion, les choses vont de mal en pis. Le réalisatrice de Body at Brighton Rock met en scène un duel peu commun, mais assez mémorable, dans ce huis clos entre deux (ex) amoureuses. Tricia Helfer (Battlerstar Galactica) se fait malmener de belle façon par sa co-vedette Danielle Lyn (Allegiant), donnant lieu à un échange verbal musclé et même quelques frissons bien orchestrés. La rivalité féminine et l’attrait du pouvoir sont au cœur de l’intrigue qui demande: connaissez-vous vraiment la personne avec qui vous couchez?
Night of the Paw, réalisé par John Harrison
Un thanatologue (Bruce Davison, X-Men) accueille chez lui une femme victime d’un accident de la route et lui raconte l’histoire qu’il a vécue en compagnie de sa femme avec la fameuse patte de singe qui peut exaucer trois vœux. Davison offre certainement la performance la plus appréciable de l’ensemble de l’anthologie dans cette énième variation très intéressante du classique The Monkey’s Paw de W. W. Jacobs. Le jeu de dialogues qui s’opère entre les deux protagonistes, entrecoupé de scènes flashbacks, fonctionne très bien, merci à la réalisation habile et soignée de John Harrisson. Au final, l’histoire plus que centenaire qui nous somme de faire attention à ce que l’on souhaite est toujours aussi pertinente aujourd’hui.
Times is Tough in Musky Holler, réalisé par John Harrison
Le très court Times is Tough in Musky Holler (environ quinze minutes) propose aux dirigeants corrompus d’une ville de goûter à leur propre médecine. David Arquette figure au générique dans le rôle du shérif violent. Malheureusement, la star de Scream est grandement sous-utilisée dans ce segment plutôt mineur. Beaucoup d’explications en flashback nous sont servies en séquences animées et la finale, qui se veut épique et sanglante, propose des scènes peu convaincantes où la violence est plutôt suggérée. Dommage.
Skincrawlers, réalisé par Roxanne Benjamin
Skin Deep, c’est la nouvelle clinique du Dr. Sloan qui vous promet une méthode miraculeuse pour perdre du poids instantanément. Il s’agit du festival gore de l’anthologie et si on parvient à oublier toutes les lois de la physique et, surtout, de l’anatomie, on peut réussir à y trouver un certain plaisir. D’un côté, les prothèses pour engraisser les acteurs et certains commentaires ou dialogues sur le sujet de l’apparence sont complètement ridicules. Et c’est sans parler de cette idée pas très subtile d’une procédure télévisée en direct durant une éclipse solaire (!?). Mais de l’autre, la performance de Dana Gould (Southbound) et cette explosion de sang — à moitié réussie — qu’on nous propose au final amusent. Décidément, mieux vaut ne pas trop se prendre la tête avec Creepshow.
By the Silver Water of Lake Champlain, réalisé par Tom Savini
By the Silver Water of Lake Champlain est le seul film de l’anthologie qui se permet de développer un peu ses personnages. C’est d’autant plus surprenant qu’il ramène à la réalisation le grand maître des effets spéciaux Tom Savini, qui avait travaillé sur film de 1982 et ne nous avait rien offert côté fiction depuis The Theatre Bizarre en 2011. On se retrouve pas très loin de Montréal, au Lac Champlain, où une jeune fille tente de percer le mystère qui a préoccupé son père du temps où il était vivant, celui du monstre aquatique Champy. Malgré un ou deux moment gores, le segment verse davantage dans le drame familial que le film d’horreur. Encore ici, la direction d’acteurs n’est pas de niveau alors que l’interprétation de l’ensemble paraît plutôt robotique. Les animatroniques géants, créés à la main, sont impressionnants, mais on devine l’issue du scénario dès les premiers instants.
Au final, cette édition Creepshow 2019 s’avère amusante, mais sans plus. Même si on se réjouit de ce retour et qu’on aime revoir quelques-uns de nos visages préférés, force est d’admettre que les segments partagent tous une facture téléfilm plutôt décevante. En contre-partie, l’atmosphère BD et ses transitions sont très bien rendues — le générique d’ouverture est d’ailleurs magnifique. Il règne également une certaine homogénéité dans le style de l’ensemble. Les différentes histoires sont grosso modo du même calibre et, même si certains styles se ressentent, on discerne l’effort de vouloir présenter un produit fini cohérent; un aspect essentiel souvent négligé dans les films d’anthologie.
Avec autant de talent devant et derrière la caméra, peut-être que les attentes étaient trop élevées, mais espérons que Nicotero et son équipe en profiteront pour nous servir quelque chose de plus corsé tant au niveau des scénarios que du look final lors de la deuxième saison annoncée.
Huit femmes qu’on a kidnappé puis relâchées dans une forêt australienne doivent affronter un essaim de psychopathes masqués qui s’amuse à se livrer à une chasse à l’homme.
The Furies a fait son apparition en exclusivité au début du mois sur Shudder et plusieurs fans en parlent déjà comme l’une des perles à découvrir en cette saison de l’Halloween.
Le scénariste et réalisateur Tony D’Aquino nous propose avec ce premier long-métrage une relecture ludique, mais aucunement cohérente du classique The Most Dangerous Game, dont le thème de la chasse humaine a été maintes fois exploité au cinéma. Le croquis des bizarreries entourant le jeu de cette bande de psychopathes pourrait sembler totalement ridicule, mais ces abus scénaristiques sont conduits avec un certain sens de l’humour qui allège l’ensemble. Dommage que le résultat manque de logique dans sa propre structure et que la conclusion soit plus un peu bâclée.
À la réalisation, D’Aquino a le mérite de mettre en scène des morts assez inusitées et gores, en plus de jouer avec les clichés d’usage. Ses assassins sont aussi impressionnants, ne serait-ce que par leur costume farfelu. Cela dit, plusieurs moments marquants de la trame peinent à atteindre un niveau minimum de suspense. Mettre en scène des meurtres sadiques de manière esthétique est un atout, mais les engouffrer dans un linceul de suspense est ce qui leur donne souvent une réelle saveur.
Au niveau de la distribution, les jeunes actrices savent pousser les cris nécessaires, mais aucune ne réussit à offrir un rendu imposant de l’empathie.
Deux chasseurs ferrailleurs traquent dans l’espace une machine intelligente qui tente d’échapper à l’emprise des hommes. Ils parviennent à l’abattre, celle-ci s’écrasant sur un planétoïde. Sur le point de récupérer l’étrange astronef, les chasseurs voient le spectre d’une jeune femme s’arracher de la carcasse. Aurait-elle une âme? Grâce à une prêtresse protectrice des machines, le spectre prend la fuite. La chasse reprend donc de plus belle à travers le cosmos.
Écrit et réalisé par Seth Ickerman, un collectif composé de Raphaël Hernandez et Savitry Joly Gonfard, Blood Machines est un moyen métrage de science-fiction visuellement impressionnant et rythmé par l’excellente musique de Carpenter Brut. Ce film fait suite au clip Turbo Killer que les réalisateurs avaient conçu pour la chanson éponyme de l’artiste de synthwave français. Comme il est récurrent pour ce genre musical, les années 80 sont une inspiration inévitable, mais le collectif Ickerman parvient à apporter sa propre signature au courant artistique très populaire depuis au moins une décennie.
Produit grâce à une campagne de socio-financement Kickstarter, le projet est très ambitieux et l’emploi de filtres divers a été nécessaire pour masquer le peu de moyens. Finalement, cela contribue à la construction d’un esthétisme trash plaisant pour l’œil et particulièrement jouissif pour les adeptes de bandes dessinées de science-fiction à l’esprit punk telles que Métal Hurlant et 2000 A.D.
Pour les cinéphiles, Blood Machines peut faire penser à un hybride entre les créations de Shin’ya Tsukamoto (Tetsuo) et celles de Fred Tremblay (Hellacious Acres: The Case of John Glass). Présenté dimanche dernier à minuit à l’Agora Hydro-Québec dans le cadre du Festival de nouveau cinéma, la foule n’était pas très nombreuse, puisque c’était surtout les initiés qui étaient présents, ainsi que des fans de Carpenter Brut.
Reste néanmoins que les deux cinéastes méritent clairement d’être davantage connus. Il se dégage de leur travail une telle passion et une telle débrouillardise que nous avons bien hâte de voir Ickerman, leur premier long-métrage de science-fiction sur lequel ils travaillent actuellement.
Blood Machines est maintenant disponible en exclusivité sur Shudder.
Dans les rudes mais magnifiques terres du centre de l’Australie, une créature de la taille d’un rhinocéros s’en prend au bétail et détruit les clôtures depuis des mois. Assez pour inquiéter les villageois qui, au hasard de leurs virées nocturnes, tomberont inévitablement face à face avec un monstre aux proportions aussi disproportionnées que l’est son appétit pour la chair humaine.
Un nouveau slasher animalier à faire entrer dans la famille des Cujo et autres Jaws de ce monde est né!
Avec Boar, Chris Sun (Charlie’s Farm) présente un sanglier géant et sanguinaire dans toute sa splendeur. Quoi penser de ce film sorti sur le circuit des festivals il y a près de deux ans, mais qui arrive enfin chez nous grâce à Shudder? Du bien, en grande partie, malgré quelques lacunes au niveau de la cohérence et des effets qui trahissent sa nature de projet à budget microscopique porté à bout de bras par son équipe. Heureusement, comme spectateurs, on est généralement plus clément devant les défauts d’une petite production fauchée qui suinte la passion et l’enthousiasme.
Avec ce genre de production, on s’attend, la plupart du temps, à un festival de clichés. Le film de Sun n’échappe pas à cette règle, mais n’est pas inintéressant pour autant. En effet, le scénario, bien qu’un brin réchauffé, comporte quelques fulgurances et surprises qui le font apparaître dans la médiane positive de son genre. De plus, la distribution, réunissant notamment Bill Moseley (The Devil’s Reject) et John Jarratt (Wolf Creek I et II) dans des contre-emplois intéressants, apporte un certaine charme au métrage.
Bref, à voir idéalement lors d’une soirée entre amis pour conclure un marathon sur une note positive et sans prétention. Le coup d’oeil est conseillé ne serait ce que pour le cochon mécanique qui fait assez bien le travail pour être réellement menaçant à quelques reprises. Les amateurs de séries B honnêtes y trouveront assurément leur compte.
Tout le monde (ou presque) a déjà entendu parler de Lizzie Borden, cette femme au coeur d’une affaire de double meurtre en 1892. En exclusivité sur Shudder depuis le 11 avril, le thriller psychologique Lizzie s’intéresse à son histoire mais aussi à sa relation avec la bonne, Bridget Sullivan.
Lizzie, interprétée par l’excellente Chloë Sevigny (Boys Don’t Cry), est une femme affranchie, féministe et probablement lesbienne, qui tente de mener sa vie comme elle l’entend dans un monde qui n’est pas fait pour elle. Lizzie est confrontée à la toxicité évidente de son père (Jamey Sheridan, Spotlight) et au désespoir de son oncle (Denis O’Hare, American Horror Story) qui veut mettre la main sur l’héritage familial. Quand elle cherche à fuir, c’est auprès de ses oiseaux et de ses livres qu’elle trouve un certain réconfort… jusqu’à l’arrivée de Bridget Sullivan qui est jouée par Kristen Stewart (Personal Shopper).
Bridget et Lizzie se lient d’abord d’amitié puis leur relation se transforme graduellement en une histoire d’amour. Le tout se fait avec une sensualité naturelle qui est rarement aussi bien portée à l’écran. On a l’impression de vivre avec elles ces moments de pure complicité qui font sourire alors que leur amour naît sous nos yeux. Impossible de ne pas apprécier les scènes d’une grande intimité entre les deux femmes. Des performances exceptionnelles complimentées par des plans rapprochés qui accentuent leurs émotions. Un casting parfait, rien de moins!
Même si Bryce Kass se permet certaines libertés dans le scénario, il y a un sentiment d’authenticité tout au long du film qui contribue au plaisir du visionnement. Au-delà de la situation familiale particulière de Lizzie, on peut alors s’imaginer ce que vivaient les femmes homosexuelles à l’époque. Lizzie est sans conteste un film queer et féministe.
Malheureusement, le rythme est extrêmement lent et ne sert pas toujours la tension que l’on tente d’installer. Il y a donc des longueurs, même si le film dure moins de deux heures, et quelques scènes n’apportent pas grand chose. Un peu de patience saura toutefois être récompensé par une finale forte. Une finale que Chloë Sevigny, aussi co-productrice du film, a adoré… même si le résultat final du film l’a un peu déçue après avoir attendu environ dix ans pour voir son projet se concrétiser, comme elle l’a elle-même mentionné dans une entrevue avec le Huffington Post.
De tous les plagiats du Gremlins de Joe Dante à avoir vu le jour dans les années 80-90, Critters est probablement le plus intéressant. Contrairement aux Ghoulies et autres Munchies, les petites boules de poils et d’épines ont même su garder une certaine frange de fans et une place de choix dans tous les jeux de trivia grâce à un jeune Leonardo DiCaprio dans son premier rôle dans le troisième volet. Dans tous les cas, avec la nostalgie et les reboots qui inondent le cinéma d’horreur actuel, offrir une nouvelle version de ces petits monstres allait presque de soi. Du moins, cela a mené à la production de Critters: A New Binge, nouvelle mini-série destinée pour go90, mais qui fut finalement rachetée par Shudder lorsque cette dernière ferma boutique.
Que dire de cette nouvelle itération? L’histoire, même pour un film Critters, ne tient pas debout: le ton comique rate sa cible la majeure partie du temps et les acteurs sont presque tous aussi faux que les écrans verts devant lesquels ils se tiennent. Cela dit, ces points, seuls, ne sont pas forcément négatifs et une grande partie du charme des Critters originaux leur vient de ce côté série B un peu «cheap» qui ne se prend pas au sérieux. Il y a une toutefois différence entre faire un film comportant quelques ratés avec cœur et faire un produit consensuel qui se moque de lui-même de manière hypocrite.
Critters: A New Binge est un autre de ces Sharknados qui nous crie sa médiocrité au visage en prétendant être une comédie alors qu’il n’est qu’un produit paresseux sabordant lui-même son originalité en voulant être le plus raté possible. Cette manière de faire du cinéma extrêmement cynique a le droit d’exister, mais elle devient presque insultante lorsqu’elle s’approprie une licence comme celle-ci qui, par sa nature, est à son antithèse. Critters, malgré son côté cartoonesque, avait une approche sérieuse et un véritable travail sur ses effets et sur ses créatures. Que ce soit au niveau du design des monstres eux-mêmes ou encore de celui des chasseurs de prime qui leur servent d’antagonistes, le tout regorgeait de volonté de bien faire. Ici, les effets d’ordinateurs les plus laids sont utilisés à toutes les cinq minutes pour essayer désespérément de faire rire le spectateur…
Notons en ce sens également la pauvreté abyssale du scénario et son humour digne des pièces de théâtre que vous écriviez à douze ans en voulant faire le prochain Scary Movie. Certains gags fonctionnent. Par exemple, une allusion surprenante à la finale d’Avengers: Infinity War lors d’un moment est très efficace et la scène des chasseurs de prime en Australie est tellement improbable qu’elle devient hilarante. Il y a donc quelques bons moments et, dans l’ensemble, le tout se laisse regarder.
Mais pour toutes les bonnes idées, on a droit à des trucs aussi dépassés et paresseux que des parodies de The Matrix (en 2019, sérieusement!?) et à des clichés aussi éculés que l’ami noir qui fait des blagues nulles (en 2019, sérieusement!?). Même le twist qui arrive en milieu de série et qui pourrait apporter de la fraîcheur au tout ne devient qu’un prétexte pour faire des blagues douteuses sur les gens obèses. Au fond, on dirait que la série n’a conservé du côté années 80-90 de Critters que les éléments les plus stupides et problématiques.
Au moins à huit épisodes de dix minutes, l’ensemble est très court et se consomme rapidement sans trop y penser.
«L’histoire des Noirs est véritablement une histoire d’horreur». Cette citation place, d’entrée de jeu, les enjeux de ce documentaire dont le visionnement s’impose à quiconque peut encore douter de l’importance qu’a pu avoir Get Outde Jordan Peele dans le petit milieu du cinéma d’épouvante. En effet, il en aura fallu des Blacula et des Noirs sacrifiés avant de pouvoir enfin avoir droit à un film honnête dans sa représentation de la communauté. En 2019, Horror Noire: A History of Black Horror arrive comme une tonne de brique.
Réalisé par Xavier Burgin et basé sur les travaux de la chercheuse Robin R. Means Coleman, le documentaire prend le parti de tracer en moins de deux heures une rétrospective de la représentation de la population afro-américaine dans le cinéma de genre. Ponctué d’intervention d’acteurs du milieu allant de Tony Todd (Candyman) à Ken Foree (Dawn of the Dead), le film met le doigt sur plusieurs éléments problématiques au cours de l’histoire et montre habilement le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui.
Sur la forme, le tout reste très convenu, mais pour une première incursion dans la production de documentaire, le service de visionnement en ligne Shudder frappe dans le mille. Abordant des thématiques franchement d’actualité, Burgin arrive à conserver l’intérêt du spectateur et à faire passer son message. Si les choses ont bien évolué, il y a encore du chemin à parcourir. On espère que le visionnement de ce genre de production, ainsi que l’engouement qu’obtient des projets comme Us, continuera de montrer aux studios que le public sera au rendez-vous si on est sensible à ce genre d’enjeux.
Bref, à voir pour les fans d’horreur de tous les horizons. Autant les néophytes intéressés à l’histoire du cinéma de genre découvrirons ses origines à travers le prisme de la communauté afro-américaine, autant les connaisseurs apprécieront les interventions des monstres sacrés qui apportent leur point de vue. Si vous n’avez toujours pas un abonnement à Shudder, que ceci vous serve d’incitatif.