Vous avez mal au dos? Des petites rides apparaissent sur votre visage qui était si lisse et chérubin il n’y a pas si longtemps? Eddie Alcazar et Steven Soderbergh ont peut-être une solution pour vous. Divinity a été présenté en première mondiale plus tôt cette année à Sundance, et maintenant dans le cadre de l’édition 2023 de Fantasia.
Dans une immense maison rétrofuturiste, Jaxxon Pierce (Stephen Dorff) travaille sur son produit appelé Divinity, une substance qui confère à ses utilisateurs une jeunesse éternelle. Il est par contre dangereux de déjouer les plans de la mortalité, et Jaxxon devra en payer le prix. Une femme mystérieuse et séduisante découvre la demeure du scientifique, et deux frères étranges descendent des cieux pour torturer Jaxxon. L’heure du jugement a sonné.
On ne sort pas indemne de cet ovni vidéoludique qu’est Divinity. Prises de vues en caméra suggestive de l’intérieur d’un vagin, mutations inquiétantes, abus de drogues, frères cosmiques, orgie; vraiment, il y en a pour tous les goûts! Première chose qu’on remarque: l’incroyable photographie 16 mm dans un noir et blanc ultra contrasté et poisseux. La direction photo du film est tout simplement géniale. On parle parfois de style over substance (le style avant la substance), mais ici, bien que l’histoire soit un peu cryptique, l’esthétisme rétro lo-fi dans laquelle elle est présentée est tellement incroyable que ça fonctionne. Dès le générique, qui rappelle un peu ceux de Gaspar Noé, nos sens sont attaqués. L’environnement sonore que DJ Muggs crée élève également les visuels. Les fans de rap old school auront beaucoup de difficulté à reconnaître le son emblématique du membre du groupe Cypress Hill, qui nous livre ici une ambiance bien glauque et étrange.
Jaxxon Pierce est un scientifique fou qui tente de parfaire l’invention de son père, Divinity, une substance qui prolonge la vie et donne un corps d’une plasticité impressionnante. Deux êtres atterrissent sur terre tels des comètes: Moise Arias (vu dans l’excellent Monos et également Hanna Montana, pour les plus aguerri·e·s) et de Jason Genao (Logan). Le duo pénètre chez Jaxxon et injecte le liquide pur en intraveineuse à son créateur, qui se métamorphose en pure masse de muscles abjecte. Une fête a bientôt lieu chez Jaxxon, est-ce que les invités remarqueront l’absence de l’homme à l’honneur? De leur côté, les frères profitent de la venue d’une prostituée pour goûter aux plaisirs humains. S’en suivra un affrontement (en délicieuse stop motion!) entre le bien et le mal.
On ne va pas se le cacher, Divinity va diviser. Certain·e·s le trouveront prétentieux et incompréhensible, tandis que d’autres adhéreront au projet. Aidé par sa brève durée (88 minutes), un rythme soutenu, une cinématographie sublime et des performances éthérées, mais assumées, il s’agit d’une expérience à ne pas manquer. Sorte d’épisode maudit de Twilight Zone sous influence, croisé avec From Beyond, Tetsuo: The Iron Man et Eraser Head, Divinity est tout de même on ne peut plus original. Un agréable moment mythique et étrange.
Vous n’avez pas l’impression que la planète est en train de devenir folle? Parlez-en à Vincent, l’antihéros de Vincent doit mourir, présenté à la Semaine de la Critique de Cannes au printemps dernier et maintenant en première nord-américaine à Fantasia. Le graphiste discret et plus ou moins en forme doit littéralement affronter le monde dans cet essai violemment sympathique qui traite de nos interactions sociales post-pandémiques défaillantes.
Après deux agressions physiques complètement gratuites au bureau, Vincent est renvoyé à la maison. Pourtant, d'autres inconnus s'en prennent maintenant à lui dans des moments de rages incontrôlables. L'homme ira se réfugier en retrait de la ville pour tenter de survivre et faire du sens de cette histoire.
Pour un film à propos d’une apocalypse violente, le rythme plus lent de Vincent doit mourir étonne. Bien qu’on ait droit à quelques attaques plutôt brutales et d’autres excessivement repoussantes, mais hilarantes (on savait tous où cette histoire de fosse septique finirait), l’intrigue s’attarde davantage sur l’exil de notre protagoniste en solo, en compagnie de son nouveau compagnon canin Sultan, et de sa rencontre avec Margaux (l’attachante et pétillante Vimala Pons, vue dans After Blue). Parce que tant qu’à être en mode survie, aussi bien le faire à deux, finalement.
Le cinéaste français Stéphan Castang aborde ici nos relations interpersonnelles qui s’effritent dans un monde de travail à domicile, où il semble maintenant souvent plus simple et parfois même plus sécuritaire d’éviter le regard de l’autre. Le postulat fonctionne à merveille avec les codes du film d’infectés (pour ne pas nommer le mot en Z), mais le scénario ne génère peut-être pas assez d’idées nouvelles dans le domaine — la comparaison avec Shaun of the Dead, par exemple, devient inévitable — pour justifier son format long-métrage. Les filons abordés comme la dépendance ou même cette société clandestine parallèle ne sont pas développés à leur plein potentiel, particulièrement dans la deuxième moitié où Vincent doit mourir réserve très peu de surprises à son public et semble ainsi tourner en rond.
Karim Leklou (Pour la France) est néanmoins le candidat parfait pour le boulot. Dans le rôle-titre, l’acteur utilise son non-verbal à bon escient, autant pour les moments comiques que plus dramatiques. Les dialogues trouvent aussi le bon ton entre les deux humeurs et évitent habilement de sombrer vers la caricature facile.
Mais malgré sa deuxième moitié plus faible, Vincent doit mourir demeure divertissant et mérite le visionnement. Avec ce premier long-métrage, on sent chez Castang cette volonté de vouloir utiliser le cinéma de genre comme catalyseur d’enjeux sociaux actuels, un trait définitivement bienvenue dans le milieu et qui pourrait faire naître de véritables petits bijoux sous sa commande. On sera là pour les prochains.
Blackout est le tout nouveau film du polyvalent Larry Fessenden. Autant acteur, producteur que scénariste, l’artiste est devenu une figure iconique du genre horrifique. Plusieurs s’amusent à le voir jouer, ou faire un cameo dans certains films d’épouvante, alors que d’autres apprécient sa signature sociopolitique en tant que réalisateur. Après le très réussi Depraved, nous avions hâte de découvrir son nouvel opus.
Alors qu’il tente de s’adapter à sa condition récente de loup-garou, Charley Barrett, un artiste peintre, souhaite faire arrêter les projets d’un promoteur véreux en utilisant des documents qu’il a trouvés dans les affaires de son défunt père. Par ailleurs, l'homme commence à avoir des flashbacks de certains meurtres qu’il a commis et dont il est moins fier. Ces crimes seront très vite attribués à un travailleur latino qui, de par ses origines étrangères, deviendra le bouc émissaire de choix dans une ville conservatrice.
Comme plusieurs films réalisés par le cinéaste, Blackout s’intéresse autant aux métaphores sociales transportées qu’au monstre meurtrier qu’il met en scène. Comme il le fait souvent, son scénario carbure avec un thème connu qu’il s’amuse à remodeler. On peut facilement y voir une relecture moderne de The Wolfman de George Waggner. Le maquillage du loup lui laisse une apparence humaine, les gitans du film original sont transformés en travailleurs étrangers et l’utilisation sémantiquement motivée du nom Talbot (en référence au personnage de Larry Talbot de The Wolfman) ne fait que souligner davantage l’inspiration. Mais Blackout est avant tout l’histoire d’un homme œuvrant en solitaire pour améliorer le monde dans lequel il vit.
Bien sûr, les spectateur·trice·s auraient souhaité un peu plus de meurtres et de tension. On aurait voulu avoir peur ou encore être rivés sur nos sièges. Il n’en demeure pas moins que plusieurs thèmes y sont abordés avec finesse et l’histoire demeure habilement menée par son réalisateur. Fessenden est entièrement conscient de son faible budget, et sa direction d’interprètes, qui jouent avec la conviction voulue, est dans le ton de la production.
Au final, à défaut de nous trouver devant un film de loup-garou terrifiant, Blackout demeure un très bon divertissant. On aime y déceler les hommages et y reconnaître certains visages mythiques du cinéma d’horreur.
Trois ans après Nadia, Butterfly, drame sportif qui avait connu un succès critique notable et l’avait confirmé comme artiste à suivre, le réalisateur Pascal Plante nous propose maintenant une œuvre complètement différente et audacieuse. On retrouve dans Les chambres rouges le même souci du détail à la mise en scène que nous promettaient les films précédents, mais on nous invite cette fois dans un univers beaucoup plus sombre et froid, qui promet d’être l’un des thrillers psychologiques les plus maîtrisés et réussis que le Québec ait vus naître depuis longtemps.
Alors que s’ouvre l’un des procès les plus médiatisés de la province, où un homme, Ludovic Chevalier (Maxwell McCabe-Lokos), est accusé du meurtre sordide de trois adolescentes, deux femmes s’installent silencieusement, en retrait, dans la salle d’audience. Les inconnues, qui ont chacune leur motivation pour assister au procès qui durera plusieurs mois, ont une chose en commun: elles ne semblent pas partager l’opinion populaire qui accuse Chevalier hors de tout doute. Alors que les procédures juridiques s’enchaînent, et qu’on en apprend plus sur les meurtres barbares dont on aurait retrouvé l’intégralité en vidéo, les deux femmes se rencontreront grâce au dilemme éthique qu’elles incarnent: dans une société où l’on cherche à trouver un bouc émissaire le plus rapidement possible, quelles sont les limites de la confrontation de l’opinion publique?
Les chambres rouges traite d’un sujet très lourd et doit ainsi être présenté à un public averti. Néanmoins, la réalisation ne fait pas cette erreur trop commune dans le cinéma edgy d’esthétiser la violence, s’appuyant sur des images explicites et gratuites. Oui, le film dérange, mais principalement par le non-dit, ce qu’on imagine en hors-champ et se donne la liberté de ressentir à notre guise; un résultat souvent plus troublant. Mais en dehors de ce qui concerne le crime sexuel en soi, c’est l’impact sur toute la communauté proche des victimes qui est le plus intéressant et c’est ce à quoi le film s’intéresse.
On ne nous expliquera pas dès le départ pourquoi Kelly-Anne (Juliette Gariépy) et Clémentine (Laurie Babin) ont cet intérêt pour l’affaire. Le tout sera est dévoilé au travers de leur relation qui, bien qu’elle semble un peu tirée par les cheveux par moments, constitue un pilier fort du scénario. Et même si Clémentine nous offre un questionnement moral intéressant (dont nous tairons la nature pour ne rien gâcher), c’est véritablement autour du personnage de Kelly-Anne que la toile narrative se tissera. Le personnage, énigmatique et visiblement tourmenté (servi par une interprétation impressionnante et contrôlée de Juliette Gariépy), connaît une courbe narrative digne d’un bon thriller de Fincher, où rien n’est manichéen, jusqu’à son aboutissement en un climax bouleversant. Le scénario n’est pourtant pas si complexe, mais l’angle apporté et les choix de mise en scène sont d’une efficacité redoutable. Le vent de fraîcheur (même s’il provient d’un bagage cinématographique somme toute classique) fait du bien.
Malgré quelques accrocs, tel qu’un jeu parfois inégal dans certaines scènes ou quelques moments simplement un peu moins percutants, Les chambres rouges tire sa force de son identité forte et claire. On veut déranger, toujours avec sensibilité, et le résultat est une œuvre sans compromis, qui se démarque définitivement du lot, et est voué à un succès international. Une autre réussite dans une carrière de réalisation déjà bien amorcée.
N.D.L.R.: Cette critique était publiée dans le cadre de l’édition 2023 du festival Fantasia.
Les chambres rouges est maintenant disponible en format numérique et en vidéo sur demande et sera également disponible en format DVD et Blu-ray le 12 décembre prochain.
Avez-vous aussi l’impression que la sélection horreur de Fantasia pour cette année est encore plus gargantuesque qu’à l’habitude?
Le festival débute jeudi le 20 juillet prochain (les billets sont en vente aujourd’hui) et, comme à l’habitude, l’équipe d’Horreur Québec vous propose sa sélection de titres horrifiques à voir à tout prix, question de, peut-être, vous aider à démêler votre propre liste de choix.
Surveillez nos pages qui seront tapissées de critiques, entrevues et autres couvertures fantasiennes dans les prochaines semaines. Bon festival! 😺
Mise à jour:Fantasia annonce que malheureusement, en raison de la grève de la SAG-AFTRA présentement en cours, l’acteur Nicolas Cage ne pourra pas se présenter au festival. Surveillez le site Web qui sera mis à jour au fur et à mesure de l’évolution de la situation concernant les autres invité·e·s.
Les Chambres rouges de Pascal Plante
Présenté en ouverture de cette 27e édition du festival, le nouveau thriller psychologique du Québécois Pascal Plante (Les faux tatouages) promet de «donner la chair de poule», si on se fie aux premières critiques très élogieuses après sa première mondiale plus tôt ce mois-ci à Karlovy Vary. On pourra voir Les Chambres rouges en salle dès le 11 août, mais Fantasia sera définitivement l’endroit idéal pour découvrir l’histoire troublante de ces deux jeunes femmes (les actrices Juliette Gariépy et Laurie Babin) obsédées par un tueur en série.
Kelly-Anne se réveille chaque matin aux portes du palais de justice pour s’assurer une place au procès hyper-médiatisé de Ludovic Chevalier (Maxwell McCabe Lokos), un tueur en série duquel elle est obsédée. Au fil des jours, la jeune femme tissera des liens avec une autre groupie, ce qui l’extirpera momentanément de sa solitude étouffante. Mais à force de côtoyer les parents des victimes dans un procès qui s’enlise, Kelly-Anne a de plus en plus de difficulté à maintenir son équilibre psychologique et à assumer sa fixation maladive pour le bourreau. Elle tentera alors par tous les moyens de mettre la main sur l’ultime pièce du puzzle: la vidéo manquante du meurtre d’une des victimes avec qui elle a une inquiétante ressemblance.
We Are Zombies d’Anouk Whissell, Yoann-Karl Whissell et François Simard
Le film de clôture sera également un must cette année. Après Turbo Kid et Summer of 84, les fameux Roadkill Superstars sont de retour à Fantasia avec le nouveau film de zombies disjoncté We Are Zombies. Il s’agit d’une adaptation de la série de bande dessinée Les zombies qui ont mangé le monde de Jerry Frissen, publiée aux éditions Les Humanoïdes Associés, et on aura la chance de la découvrir en grande première mondiale. Le Matos signe à nouveau la trame sonore du film qui met en vedette Megan Peta Hill (Riverdale), Alexandre Nachi (1991) et Derek Johns (The Boys). Le festival en dévoile plus sur le synopsis:
Dans une société où les zombies (appelés «non-vivants») vivent parmi nous, n’ayant pas de tendance cannibale, l’ombre d’une mégacorporation plane sur une ville: celle de Coleman Corporation. Ils offrent un programme de retraite aux infectés en état avancé, promettant de faire progresser les recherches sur eux en venant chercher à domicile les proches en décomposition. C’est à travers ces collectes que s’infiltre un trio d’amis qui vont devancer les équipes de Coleman pour récupérer les zombies et les revendre de leur côté. Tout semble fonctionner, jusqu’à ce que leur grand-mère se fasse kidnapper. Pour payer la rançon, ils devront accepter des contrats plutôt dangereux, surtout dans une société où tout a déraillé.
Festival international de films Fantasia
Where the Devil Roams de John Adams, Zelda Adams et Toby Poser
Après les très bien reçus The Deeper You Dig et Hellbender, la famille préférée de Fantasia est de retour avec Where the Devil Roams, une autre première mondiale qui s’annonce très achalandée. Le film explore de nouvelles dynamiques familiales, le thème de prédilection des cinéastes, et met en vedette le traditionnel trio à l’écran, mais la distribution s’annonce de plus grande envergure cette fois avec près de 80 personnages, dont un groupe d’authentiques forains.
Situé dans l’Amérique de la Grande Dépression, Where the Devil Roams suit une famille de saltimbanques meurtriers qui parcoure le circuit des carnavals à l’agonie.
Suitable Flesh de Joe Lynch
Suitable Flesh sera un rendez-vous obligé pour les fans de H.P. Lovecraft et du regretté Stuart Gordon. Joe Lynch (Mayhem, Wrong Turn 2) réalise cette adaptation de The Thing on the Doorstep, écrite par Dennis Paoli (Re-Animator, From Beyond), produite par Brian Yuzna (Re-Animator) et mettant en vedette l’essentielle Barbara Crampton (aussi Re-Animator et From Beyond). Les critiques de sa première mondiale au dernier Festival du film de Tribeca sont très alléchantes.
L’histoire suit la psychiatre Elizabeth Derby (Graham), qui devient obsédée par l’idée d’aider une jeune patiente souffrant d’un trouble extrême de la personnalité. Mais son désir de l’aider l’entraîne dans de sombres dangers occultes alors qu’elle tente d’échapper à un destin horrible.
Divinity de Eddie Alcazar
Pour les fans de midnight movies à la sauce diéthyllysergamidesque, Divinity, bien que filmé en noir et blanc, vous en fera voir de toutes les couleurs. Le film semble déjà diviser les cinéphiles: plusieurs l’adorent et acceptent d’être mystifiés alors que d’autres en sortent le cerveau en compote sans avoir trop compris. Produit par Steven Soderbergh, qui nous a entre autres donné l’angoissant Unsane en 2018, il s’agit d’un deuxième long-métrage pour Eddie Alcazar (Perfect).
Dans un futur désertique, Jaxxon Pierce (Stephen Dorff) a conquis l’immortalité. Suivant les traces de son père, ce magnat de l’industrie pharmaceutique a consacré sa vie à la mise au point et à la commercialisation de la Divinité, une substance qui dévastera à jamais la civilisation humaine en conférant à ses utilisateurs une jeunesse éternelle. Cependant, on ne conclut pas de pactes faustiens sans en payer le prix et le temps manque.
Festival international de films Fantasia
Courtoisie de Sundance Institute.
Talk to Me de Danny Philippou et Michael Philippou
Plusieurs diront qu’étant donné que Talk to Me arrive en salle le 28 juillet, notre sélection devrait être davantage axée sur la découverte. C’est vrai, mais on ne peut y échapper nous, les fans d’horreur: si on peut voir un film très attendu avant tout le monde, c’est certain qu’on y sera. A24 a fait un excellent boulot pour nous vendre ce dernier et l’ambiance du festival sera idéale pour le découvrir en première canadienne.
Lorsqu’un groupe d’amis découvre comment communiquer avec des esprits en utilisant une main embaumée, ils deviennent accros à cette excitation que l’expérience leur procure… jusqu’à ce que l’un d’entre eux aille trop loin et relâche du même coup de terrifiantes forces surnaturelles.
Lovely, Dark, and Deep de Theresa Sutherland
Pour les amateurs d’histoires d’horreur à raconter autour du feu ou les friands d’histoire de disparitions énigmatiques en forêt (voir le projet Missing 411 de David Paulides), ce film n’est pas à manquer! Il s’agit de la première réalisation par la scénariste Theresa Sutherland (The Wind), mettant en vedette l’actrice Georgina Campbell, qu’on a pu voir dans Barbarian l’an dernier.
L’énigmatique Lennon obtient un poste longtemps attendu de garde-forestière dans un avant-poste isolé. Rapidement, les bois deviennent inquiétants et immenses, étrangement entourés de mystère et de théories conspirationnistes concernant des disparitions bizarres.
Festival international de films Fantasia
Satan Wants You de Sean Horlor et Steve J. Adams
La «panique satanique» est un sujet fascinant — on vous recommande chaudement l’excellent Satanic Panic: Pop-Cultural Paranoia in the 1980s de Kier-la Janisse sur le sujet. Mais qu’est-ce qui a causé cette vague de peur? Le coupable serait le livre Michelle Remembers, écrit par le psychiatre Lawrence Pazder et sa cliente (qui deviendra plus tard sa femme) Michelle Smith. Smith aurait en effet été torturée, enfermée dans des cages, violée, forcée à participer à des rituels horribles, assisté à des sacrifices humains aux mains d’une secte, et on en passe. Pour expliquer son manque de cicatrices physiques, elle avance que l’archange Michael, la Vierge Marie et Jésus lui-même seraient intervenus!
Les réalisateurs Sean Horlor et Steve J. Adams mènent une enquête et dévoilent pour la première fois les bandes originales des séances de régression qui ont permis à Smith de livrer son témoignage. À ne pas manquer pour les amateurs de true crime sordide ou d’histoires abracadabrantes.
Durant les années 80 et 90, on voyait le diable partout: dans la musique, au cinéma, et même à la garderie du quartier. Rituels sataniques et autres abus ont été signalés fréquemment. Désinformation, peur générale, mais où diable cette «panique satanique» a-t-elle bien pu commencer?
Festival international de films Fantasia
Eight Eyes d’Austin Jennings
Eight Eyes est le tout premier film du réalisateur de la jouissive série Shudder bien connue des fans d’horreur The Last Drive-In with Joe Bob Briggs. Le film est produit par l’éditeur Vinegar Syndrome, et l’excellent groupe Morricone Youth est aux commandes de la bande sonore. Tourné entièrement en Serbie en 16 mm, ce projet semble être un excellent mélange d’exploitation et de WTF. De si bons ingrédients ne peuvent que faire une bonne recette.
Cass (Emily Sweet) et Gav (Brad Thomas) ont décidé de partir en voyage dans l’ancienne Yougoslavie afin d’y rallumer la flamme de leur mariage dysfonctionnel. Ils rencontrent un mystérieux personnage se faisant appeler Saint-Pierre, qui leur offre spontanément ses services en tant que guide. Le couple accepte volontiers, et Saint-Pierre les emmène faire la visite des principales attractions touristiques de la région. Mais cette excursion impromptue inquiète Cass de plus en plus, puisque leur guide semble avoir une véritable fixation sur elle et sur Gav.
Festival international de films Fantasia
Bonus: Emanuelle in America (1977) de Joe D’amato
Emanuelle in America, du crapoteux et prolifique Joe D’amato, débarque à Montréal avec une nouvelle restauration de la compagnie Severin Films. Au menu: nudité à go-go, violence féroce, bestialité et visite autour du monde!
Les romans Emanuelle, série lancée par l’écrivaine Emmanuelle Arsan, ont fait boule de neige et donné naissance à la série de films érotiques Emmanuelle (sept films officiels en tout), Emanuelle (notez l’absence du deuxième M), puis à des Emmanuelle dans l’espace et Emmanuelle 2000… Bref, de l’exploitation qui pousse comme la mauvaise herbe.
Emanuelle in America, quant à lui, est un film important, car l’oncle Joe y mélange pour l’une des premières fois l’horreur et l’érotisme, une mixture étrange qu’il amènera bien plus loin dans ses prochains crimes vidéoludiques (Porno Holocaust, Caligula, la véritable histoire et La Nuit fantastique des morts-vivants). Emanuelle, interprétée par la sublime Laura Gemser, est une sorte de James Bond journaliste féminin qui explore le monde et sa sexualité à la recherche du prochain scoop. Un pur délice pour les plus aventureux!
Laura Gemser reprend son rôle de téméraire photojournaliste d’enquête et, cette fois, pour dénoncer les perversions sexuelles des élites ultra-riches, il lui faut infiltrer ce milieu privilégié.
L’édition 2023 du festival Fantasia est à nos portes, et la programmation du volet Fantastiques week-ends du cinéma québécois est maintenant disponible. Encore une fois cette année, on nous propose une sélection variée, autant dans l’horreur que dans la comédie, l’action… Bref, le film de genre en général.
Ayant contribué à la programmation du volet des Fantastiques Week-Ends, qui organise chaque année des projections thématiques se spécialisant dans des productions québécoises, il est possible de vous guider dans cette vaste sélection du festival, répartie cette année en sept catégories distinctes. Voici une dizaine de titres à ne pas manquer.
Bien que la plupart des titres sélectionnés dans cette présentation se veulent fondamentalement des films d’horreur, nous glisserons tout de même quelques perles uniques, tant dans la comédie, le drame ou le psychotronique, question de varier les plaisirs!
Nu d’Olivier Labonté LeMoyne
L’angoissante proposition Olivier Labonté LeMoyne nous invite à un huis très, très clos, alors qu’un couple tente de trouver le meilleur endroit pour faire l’amour dans leur voiture. Et la paranoïa du copain (Étienne Galloy), bien que tempéré par l’assurance de sa douce (Roxane Tremblay-Marcotte), sera finalement justifiée alors que des entités sembleront s’acharner sur eux.
Le film, qui a une balance très juste entre la comédie et l’horreur, tire sa force d’un scénario simple qui réussit néanmoins à surprendre et sortir des sentiers battus. Une belle manière de débuter le festival dans l’Ouverture festive!
Moi Soleil de Julien Falardeau
Qui dit Fantasia dit propositions éclatées, champ gauche et insolites: le film de Julien Falardeau, mettant en vedette un Bernard Fortin irradiant de chaleur, est complètement dans l’esprit du festival. On y découvre un homme, se dorant sous la lumière solaire, jusqu’à en développer une obsession, voire même une communion spirituelle (et visuelle, et stylistique, dans la réalisation de Falardeau) avec le Soleil.
Souvent, les meilleurs courts-métrages d’horreur se résument à une idée extrêmement simple que l’on prend le temps de développer avec minutie. C’est le cas d’In fœtu, qui raconte le bain que prennent deux jumeaux. Difficile d’élaborer davantage sans trop en dévoiler, mais on laissera la caméra sensible, le jeu surprenant des deux garçons et le revirement brutal nous glacer le sang.
Les personnes qui préfèrent l’horreur expérimentale et bien angoissante d’un film comme Skinamarink seront charmées par la proposition, plus courte, mais tout aussi effrayante de Simon Girard. Parasomnie, qui clôture le programme L’Épouvante, propose une lecture sobre, simple, mais efficace du cauchemar qu’est la paralysie du sommeil.
Le film, structuré en plusieurs séquences où la caméra est généralement du point de vue du dormeur, utilise à la fois une conception sonore réussie et une technique d’animation originale, où les visions cauchemardesques se confondent en hallucinations et paranoïas.
White Noise de Tamara Scherbak
Si le programme Son & Musique comporte des vidéoclips, comédies musicales et autres propositions originales dont l’intérêt tourne autour de la musique, White Noise amène le concept sonore à un autre niveau.
Le personnage principal du film, pour qui le moindre bruit ambiant peut devenir un véritable cauchemar d’angoisse, prendra rendez-vous afin de passer quelque temps dans une chambre anéchoïque, l’endroit le plus silencieux possible, afin de s’apaiser. Mais la situation ne se passera pas aussi bien que prévu.
Le film de Tamara Scherbak accorde une importance énorme à sa conception sonore, et il est d’autant plus intéressant d’assister à sa projection dans une grande salle, surtout pour sa scène finale, montage d’une intensité surprenante qui finit le film en énorme coup de poing.
D’où viennent les lapins de Colin Ludvic Racicot
Fantasia, c’est aussi des propositions de film d’animation, et les Fantastiques week-ends ont cette année une impressionnante sélection d’oeuvres différentes et marginales. (Parmi celles-ci, mentionnons d’ailleurs Le Temple, de Alain Fournier, adaptation d’un récit de Lovecraft techniquement impressionnante.)
D’où viennent les lapins, de Colin Ludvic Racicot, propose quant à lui une intrigue extrêmement sombre et dramatique sous les airs candides et naïfs de l’histoire d’une famille de lapins vivant dans un pays en guerre. L’animation est excellente, la thématique est surprenante, et la proposition, de manière générale, prend des directions insoupçonnées.
Bien que loin d’être un film d’horreur dans son concept et sa réalisation, Le Dernier rhinocéros offre un regard neuf sur l’écoanxiété, qui est tout de même l’angoisse du siècle. On y suivra une grand-maman qui, découvrant à la télé l’extinction d’une espèce de rhinocéros, se donnera la mission d’être la porte-parole de tout ce qui concerne la lutte contre les changements climatiques.
De voir un personnage de ce genre basculer dans un mode de pensée un peu plus woke, sans pour autant tomber dans la caricature et le mauvais goût, est extrêmement rafraîchissant. Le film ouvre par ailleurs le programme Comédies, qui est particulièrement efficace dans cette édition des Fantastiques week-ends.
Pacific Bell de Sandrine Bécharde
De toutes les propositions de cette année, quelques-uns des films nous atteignent droit au cœur sans qu’on s’y attende. La sensibilité de la réalisation de Sandrine Bécharde, le choix pertinent de son sujet et le jeu de ses deux acteurs principaux font de Pacific Bell un film qu’on n’est pas prêt d’oublier.
Devant traverser la frontière, deux jeunes garçons abandonnés à leur sort doivent entreprendre une traversée du désert, autant au sens propre que figuré, alors que la déshydratation et le sentiment de panique ambiant les empêcheront de plus en plus d’avancer. Le film prend son temps, a une maîtrise à tous les plans. C’est une excellente façon de conclure le programme Émotions du festival, qui comporte aussi d’autres excellents drames, mais principalement des films purs dotés d’une fine sensibilité.
Red Tiles de Philippe Bourret
Au-delà de l’émotion, et même parfois au sein de celle-ci, on retrouve à Fantasia des propositions complètement champ gauche, avec une esthétique éclatée, ou simplement une intrigue trash comme ce n’est pas permis. C’est le cas de Red Tiles, une réalisation lo-fi présentant une femme, seule à son appartement, qui se met à saigner du nez de manière incontrôlable.
La force du film n’est pas dans ses prouesses techniques. On sent les faibles coûts de production et, jusqu’à un certain point, l’amateurisme. Mais l’oeuvre de Philippe Bourret est différente et des plus audacieuses dans ce qu’on retrouve au festival. Le film n’emprunte pas de schéma narratif conventionnel, nous proposant plutôt une sorte de psychose étrange qui va clore le programme Psychotronique du festival.
Toothache de Marianne Lavergne
Toujours dans le même programme Psychotronique, le court film d’animation de Marianne Lavergne nous apprend l’origine d’une belle dentition saine. Mais gardez-vous bien de croire que le film aura des allures de publicités de dentifrice. La proposition de la cinéaste est trash, pour public averti, et sort complètement des sentiers battus. Une oeuvre à découvrir pour un enrichissement personnel et spirituel certain.
Cette année, les Fantastiques week-ends du cinéma québécois nous offrent une programmation variée, ambitieuse, et surtout locale. N’hésitez pas à vous permettre quelques bonnes soirées de projections de courts-métrages au fil du festival. C’est souvent le moment de découvrir de nouveaux artistes créatifs, des propositions marginales et, dans tous les cas, de passer de bons moments!