Category: Fantasia 2023

Consultez nos critiques, entrevues et suggestions de cette 27e édition du Festival international de films Fantasia.

  • «Black Emanuelle»: Kier-La Janisse au pays de la sexploitation [Fantasia 2023]

    «Black Emanuelle»: Kier-La Janisse au pays de la sexploitation [Fantasia 2023]

    Canadienne aux multiples talents et aux intérêts infinis, Kier-La Janisse (Woodlands Dark and Days Bewitched: A History of Folk Horror) est autrice, réalisatrice, productrice, participe à plusieurs balados ainsi que suppléments et commentaires audio sur diverses restaurations Blu-ray.

    Horreur Québec en a profité pour la rencontrer durant sa visite à Montréal pour promouvoir la sortie de l’incroyable et dantesque coffret qu’est The Sensual World of Black Emanuelle (24 films; Criterion peut aller se rhabiller!) chez Severin Films.


    Horreur Québec: Bonjour, très content de vous rencontrer! Premièrement, je tenais à vous dire que je suis un grand admirateur de vos livres et de votre travail en général.

    Kier-La Janisse: Merci.

    HQ: Dans votre livre House of Psychotic Women: An Autobiographical Topography of Female Neurosis in Horror and Exploitation Films, vous expliquez que pour plusieurs, les films d’horreur peuvent être thérapeutiques et même aider à passer par-dessus les soucis et traumas de la vie. Je me demandais si vous seriez capable d’expliquer l’attrait positif des films de la série Black Emanuelle, qui est une série qui malmène souvent ses personnages féminins et qui reste un pur produit d’exploitation.

    KLJ: Je pense que je ne suis définitivement pas la seule femme à aimer les films de la série des Black Emanuelle. C’était en partie pourquoi je voulais faire ce coffret de films. Car je savais que plusieurs autres femmes que je connais, qui travaillent dans le cinéma de genre, aiment cette série. Laura Gemser, l’actrice qui joue Emanuelle dans la série, a plusieurs admiratrices qui aiment ses films. Parce que bien que ce soit réalisé par des hommes, produit par des hommes et fait surtout pour un public masculin, Emanuelle reste avant tout un personnage foncièrement féministe.

    Ces films capitalisaient sur les courants populaires du cinéma d’exploitation, c’est pourquoi on retrouve dans la série un film de cannibales, un documentaire Mondo, un film de nonnes, des films de prisons… Tous ces différents genres qui étaient populaires durant les années 70 sont apprêtés à la sauce Emanuelle. Il faut se rappeler qu’il s’agit d’une femme de couleur, qui dans le contexte de ces films est l’une des photos-journalistes les plus connues au monde. Peu importe où elle va, tout le monde sait qui elle est. Il faut se rappeler qu’à l’époque on ne voyait pas souvent un personnage comme ça et encore moins une femme de couleur en tant que personnage principal d’une série de plusieurs films. Il y a bien évidemment eu la blaxploitation avec Cleopatra Jones pendant deux films.

    Black Emanuelle affiche film

    HQ: Ou encore Pam Grier.

    KLJ: Oui, mais non, car bien que Pam Grier ait fait plusieurs films, ils ne mettent pas en vedette le même personnage. Foxy Brown n’est pas une série. Tandis que Black Emanuelle est une série entièrement basée sur cette photojournaliste qui a une grande réputation et est hautement respectée dans son milieu.

    Trois des meilleurs Black Emanuelle selon moi sont: Emanuelle in Bangkok, Emanuelle in America et Emanuelle Around the World. Ils ont comme point commun de tous avoir été écrits par Maria Pia Fusco, une journaliste. Eh oui, c’est bien elle qui a scénarisé les films, incluant les moments les plus scandaleux! En entrevue, Maria disait qu’elle et Joe D’Amato riaient et buvaient du vin en essayant de trouver les situations les plus choquantes ensemble. La fameuse scène d’Emanuelle in America avec le cheval, c’était son idée! Tu sais, tu peux être féministe et aimer les films violents. Maria Pia Fusco se sentait féministe, elle faisait ce qu’elle voulait: avoir des droits, voyager à travers le monde, avoir son indépendance, avoir un sens de l’humour, ne pas avoir de problème avec le sexe ou la violence. Elle peut être une féministe et aimer ces choses. Pour elle, écrire ces films était une façon de ventiler tout en mettant de l’avant des valeurs féministes. Plusieurs événements sociaux signifiants sont présentés dans les films: watergate pour Emanuelle in America, la trafic humain dans Emanuelle Around The World… Ce qui est bien, c’est que ces films fonctionnent même si on ne s’attarde pas à ces éléments. On peut simplement l’écouter si on apprécie la violence et la beauté féminine. Mais si on veut voir un film d’exploitation avec une femme forte comme protagoniste, on peut aussi avoir cela. Ce sont les meilleurs types de films, ceux qui fonctionnent à de multiples niveaux.

    Sur le coffret de films, nous avons des commentateurs qui viennent de plusieurs milieux. Certains sont très académiques, certains plutôt théoriciens, d’autres féministes, tandis que certains ont beaucoup de plaisir à regarder ces films et nous le partagent. Il y a différents points de vue et perspectives présentés dans le coffret.

    HQ: Vous souvenez-vous du premier film Black Emanuelle que vous avez vu, et comment était votre expérience?

    KLJ: J’était dans la fin vingtaine et je ne regardais que de l’horreur. Les premiers qui m’ont attiré étaient Emanuelle And The Last Cannibals et Emanuelle in America. Ces deux films étaient souvent présents dans la liste des films de contrefaçons livrés par courrier. Ils étaient prédominants dans ces listes dû à leur violence, leur effets chocs et leurs effets pratiques. Le premier que j’ai vu est Emanuelle And The Last Cannibals. Ce dont je me souviens, c’est que je ne pouvais pas m’empêcher de chanter la chanson thème par la suite. L’étrange juxtaposition de cette musique enjouée aux scènes violentes et choquantes était intéressante. Mais lorsque j’ai vu Emanuelle In America, j’ai réalisé qu’on était ailleurs. Je n’étais pas intéressée par la pornographie et le film m’a semblé très étrange. Le mélange de pornographie, d’érotisme et de violence m’était très dérangeant à l’époque. Je ne savais pas comment réagir devant cet étrange amalgame. J’ai été introduite au film lorsque mon ancien patron au club vidéo où je travaillais m’a apporté ce VHS non identifié en me le présentant comme un vrai snuff film. J’étais très inquiète quand je l’ai écouté. Effectivement, les scènes de snuff film ont l’air excessivement réelles. Le 8mm, la teinte orangée de la pellicule… Ces scènes étaient si réalistes que Giannetto De Rossi a dû aller en cour pour prouver que ce n’était que des effets spéciaux. Je tiens à souligner que les films dans le coffret sont tous présentés dans leur version intégrale.

    HQ: Parlant du coffret, pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste votre rôle de productrice pour ce projet?

    KLJ: Quand j’ai commencé chez Severin, je ne produisais que des extras. Je choisissais le sujet de ce complément, je choisissais qui allait y participer, j’engageais les cameramans et planifiais les lieux de tournage. Ensuite, je travaille avec le monteur. Puis finalement je dois livrer la marchandise, le court documentaire complété pour qu’il soit ajouté sur le produit final.

    Pour le coffret des 24 films, il s’agit du même processus, sauf à une échelle excessivement plus grande. Je me suis occupée de la direction artistique, j’ai édité le livre de 350 pages qui accompagne le coffret. Puis, mon travail est de remettre un produit fini à mon patron. Mais ce n’est pas moi qui fais tout! Je travaille avec Andrew Furtado, le superviseur de la postproduction; c’est lui qui s’occupe du côté technique du projet et de la restauration des films. Je ne me suis pas non plus occupée de l’acquisition des licences pour les films. David Gregory s’en occupait.

    Black Emanuelle image film

    HQ: Certains films étaient déjà parus en médias physiques auparavant (Emanuelle in America chez Mondo Macabro et Emanuelle And The Last Cannibals chez Severin). J’ai remarqué que vous avez décidé de mettre deux films par disque Blu-ray au lieu d’un seul comme ces éditions précédentes.

    KLJ: Cet aspect est plutôt du côté technique de la chose, mais je sais que durant le processus du contrôle de qualité des disques, l’équipe a travaillé fort. Plusieurs extras ont changé de disque au courant de la production pour s’assurer qu’il n’y ait pas de problème de compression pour les films.

    Le plus important pour nous était que la qualité de l’image, du son et du film en général soient impeccables. Il y a même un disque qui a complètement été refait, car il y avait trop de contenu et ça affectait la compression des films. Honnêtement, c’est Andrew qui s’occupe de ce côté du projet. Pour ma part, je peux écouter un VHS de 4e génération sans me plaindre…

    HQ: Nous voilà rassurés! Certains titres mettant en vedette Laura Gemser ne sont pas présents, Emanuelle Queen of Sados, entre autres. Pouvez-vous nous expliquer ce qui fait que certains titres sont présents et d’autres pas?

    KLJ: Il est parfois difficile, voire quasi impossible, d’obtenir les droits pour certains films. Pour Emanuelle on Taboo Island et Emanuelle in the Country, nous ne pouvions trouver la personne qui détient les droits, et voulant faire les choses légalement, nous avons décidés de ne pas les inclure. Pour les films avec l’actrice Ajita Wilson, David Gregory avait déjà acquis les droits, et les films allaient être des bonus, mais étant donné qu’ils sont intimement liés à la série des Emanuelle, même si Laura Gemser ne s’y retrouve pas, nous avons décidé de les inclure.

    Pour ce qui est d’Emanuelle Queen of Sado, nous en discutons dans le livre [inclus avec le coffret]. Il y a eu un long débat sur la possibilité de mettre ou non le film dans le coffret étant donné que l’actrice était mineure. Severin est fier de présenter des films qui sont toujours non censurés, mais ici nous avons décidé de ne tout simplement pas l’inclure, bien certains films présentent des actrices mineures et nues, Salò ou les 120 Journées de Sodome, Der Fan, Blame It on Rio et plusieurs autres. Le problème ici, c’est qu’il y avait des scènes de viol incluant cette jeune actrice. Nous avons fait nos recherches et il est illégal de faire paraître un film contenant des scènes de ce genre avec une actrice mineure. Donc, plutôt que de présenter le film censuré, nous avons décidé de ne pas l’inclure.

    Black Emanuelle image film

    HQ: Vous avez aussi édité le livre Satanic Panic: Pop-Cultural Paranoia in the 1980s, et Fantasia présentait cette année quelques films en lien avec cette période étrange, Satan Wants You et Late Night With The Devil, entre autres. Qu’est-ce qui vous a attiré dans ce sujet?

    Satanic Panic Pop-Cultural Paranoia in the 1980s

    KLJ: Je me suis intéressée au sujet, car j’ai grandi durant cette période. J’ai vécu cette paranoïa qui nous était transmise par nos parents. Je n’avais pas le droit de jouer à Donjons et Dragons, et ma mère n’achetait pas de produits Procter and Gamble parce qu’il y avait des rumeurs comme quoi leur logo avait des affiliations sataniques. Cette panique envers Satan était le quotidien des fervents chrétiens. Maintenant, même les gens non religieux commencent à croire ces trucs!

    Autre fait intéressant: on mentionne souvent la culture pop, la musique, les films et les jeux vidéos, mais au centre de tout ça, il y avait une peur plus prévalente. La peur des femmes qui vont travailler et laissent leurs enfants dans des garderies. C’est étrange, non? C’était des répercussions contre les femmes qui vont travailler et tentent d’être autonomes. Les premiers cas dans la panique satanique étaient très souvent en lien avec de jeunes enfants laissés à la garde de quelqu’un d’autre que leurs parents. Ces personnes auraient exposé les enfants à des rituels sataniques et de l’abus. C’était une sorte de culpabilité en lien avec la parentalité.

    Quand j’étais jeune dans les années 70, on avait le droit de faire tout ce qu’on voulait. On courrait partout, on sortait sans supervision… Puis peu à peu, les parents devenaient plus anxieux et plus restrictifs. C’est durant cette période qu’on a vu des enfants disparus apparaître sur les cartons de lait. Puis, durant les années de Reagan, les valeurs familiales sont revenues de l’avant, utilisant la peur pour forcer les parents à adhérer à ces valeurs conservatrices familiales.

    Et ce genre de panique est encore présente aujourd’hui avec le Pizza Gate ou encore Harry Potter. Ils ont changé le titre du premier film par peur de froisser les gens. Ils ont changé le terme Sorcerer’s Stone pour Philosopher’s Stone de peur que le terme «sorcerer» soit trop lié à la magie noire ou autre. Comme quoi les choses ont la mauvaise habitude de se répéter.

    HQ: Merci beaucoup pour votre temps et merci également de partager vos passions avec le public.


    Le coffret The Sensual World of Black Emanuelle de Severin Films est maintenant disponible à l’achat.

  • «New Life»: le cinéma d’horreur postpandémique avec le cinéaste John Rosman [Fantasia 2023]

    «New Life»: le cinéma d’horreur postpandémique avec le cinéaste John Rosman [Fantasia 2023]

    New Life, le premier long métrage du cinéaste John Rosman, nous plonge dans les périples d’une fugitive (Hayley Erin, General Hospital) traquée par une militaire (Sonya Walger, Lost) engagée pour la capturer.

    Le thriller américain, présenté en première mondiale à Fantasia, adopte bien rapidement une facture apocalyptique surprenante, et Horreur Québec a profité du passage de réalisateur au festival pour tenter d’en savoir plus sur son processus de création.

    Avertissement: certains dénouement de l’intrigue sont abordés durant cette discussion.


    New Life image film

    Horreur Québec: Vous avez volontairement pris ce risque de garder le secret sur ce qui est arrivé au personnage de Jessica, mais n’avez-vous jamais pensé à ce qu’aurait pu être le film si vous l’aviez révélé?

    John Rosman: Oui, évidemment, mais j’ai pris cette décision très tôt. Je voulais qu’on la découvre ensanglantée, sans explications. Ensuite, on oublie qu’elle avait du sang sur elle, et on s’y attache.

    HQ: Dans sa façon de surgir dans le cadre rempli de mystère, elle m’a rappelé immédiatement l’ouverture de The Thing avec le chien, et ensuite votre personnage rencontre aussi un clébard.

    JR: The Thing est certainement une inspiration dans ma manière de débuter l’histoire. Je voulais un Husky blanc dans mon film, d’ailleurs. Au début de The Thing, on s’en fait immédiatement pour le chien et on ne souhaite pas que les types de l’hélicoptère réussissent à lui tirer dessus. C’est ce que je voulais pour mon personnage.

    HQ: Pensez-vous que ce choix de mettre en scène deux femmes a changé la dynamique de votre film? Il me semble qu’en y mettant deux hommes, le résultat aurait été plus froid.

    JR: J’avais l’impression qu’en ouvrant le film avec un homme couvert de sang, on allait l’accuser plus vite, et s’attacher moins à lui.

    New Life image film

    HQ: Que diriez-vous aux cinéphiles qui penseront en lisant le synopsis: «encore un film post-COVID…»?

    JR: Je dirais que ça l’est à 100%. Je n’avais pas envie d’un film avec des masques et des bouteilles de désinfectant. Nous sommes tous fatigués de ces choses. Cependant, je dirai qu’il y a quelque chose de fascinant à faire un film sur la contagion maintenant que les gens sont extrêmement informés.

    HQ: L’héroïne ignore elle-même ce qu’elle transporte et là, on repense forcément à la pandémie, où les porteurs donnaient le virus sans le savoir.

    JR: Oui, ça a quelque chose de terrifiant, mais c’était une façon pour moi qu’on ne blâme pas mon personnage. Quand elle s’en aperçoit, elle est perturbée.

    new life image film

    HQ: Le duo d’actrices est irréprochable. Comment les avez-vous trouvées?

    JR: J’ai eu la chance d’avoir une incroyable directrice de casting. Elle a eu une grande carrière, et elle a pris le temps de m’expliquer l’importance d’une bonne distribution. Sonya Walger a tourné dans des dizaines de séries et Hayle convenait parfaitement. Elles se sont tellement investies et je me sens très chanceux de les avoir eues.

    HQ: Est-ce qu’il y a des films qui vous ont inspirés, ou au contraire dont vous souhaitiez vous éloigner en réalisant le vôtre?

    JR: Je me suis certainement inspiré de Repulsion. Quelque chose ne va pas avec cette femme, mais on souhaite qu’elle soit bien. Subitement, elle assassine quelqu’un. C’était incroyable. La première fois que j’ai vu ce film, j’avais été très impressionné.


    Nous encourageons nos lecteurs à découvrir le film New Life à Fantasia les 8 et 9 août prochains, et souhaitons la meilleure des chances à John Rosman dans ses projets futurs.

  • [Fantasia 2023] New Life: la mercenaire et la fugitive

    [Fantasia 2023] New Life: la mercenaire et la fugitive

    New Life a eu l’intelligence de nous attirer avec une sublime affiche. La tactique était habile puisqu’il est très difficile d’aborder le film sans en révéler des brides.

    Depuis la pandémie, non seulement sommes-nous inondés de productions faisant des allégories sur le sujet, mais aussi de premières œuvres où de jeunes cinéastes utilisent le contexte de l’isolement comme outil créateur. Voilà, une fois de plus, un film qui traite de la solitude et de son emprise.

    Une jeune femme en fuite tente désespérément d’atteindre la frontière canadienne avant qu’on ne la capture. Elle sème ainsi le chaos sur son passage alors qu’une mercenaire tente de la traquer.
    New Life affiche film

    New Life est ce genre de petit thriller sans budget ni gros nom qui nous happe malgré nous, alors que défilent les minutes. Le scénariste et réalisateur John Rosman s’en tire assez bien avec son premier long-métrage qui s’ouvre presque sur un film d’espionnage bon marché, pour lentement culminer vers l’horreur et le drame. Si certains clichés sont utilisés en cours de route, cette façon de mélanger les genres propres à l’auteur confère tout de même une variation astucieuse de thèmes plus usés.

    Conscient de son budget déficient, le cinéaste utilise merveilleusement bien plusieurs paysages naturels pour instaurer un climat d’emprisonnement. Cela compense largement les quelques plans plus télévisuels qui se ressentent occasionnellement.

    Les actrices Hayley Erin (General Hospital) et Sonya Walger (Lost) forment un duo très harmonique. Leur affrontement final tant attendu par le spectateur est à la fois rempli de tendresse et de résignation.

    Au final, New Life est, certes, une production plus modique, mais n’en demeure pas moins une belle découverte.

    Lisez notre entrevue avec le cinéaste John Rosman.

  • [Fantasia 2023] Pandemonium: un délicieux cauchemar entre Dante et Fulci

    [Fantasia 2023] Pandemonium: un délicieux cauchemar entre Dante et Fulci

    En littérature, on appelle Pandemonium la capitale imaginaire de l’enfer. Le titre à lui seul de ce nouveau film de Quarxx (Tous les dieux du ciel) avait de quoi piquer la curiosité des cinéphiles d’horreur. Certain·e·s se rappelleront peut-être qu’avec son court-métrage Un ciel bleu presque parfait, le cinéaste avait remporté le prix du jury de Fantasia en 2016 pour le meilleur court-métrage international.

    Différentes histoires d’horreur se succèdent après qu’un automobiliste et un cycliste aient été impliqués dans un accident de la route les conduisant vers une inquiétante porte.

    Pandemonium affiche film

    Pandemonium est un film d’horreur pour le moins radical, où le malaise et l’horreur sont omniprésent. Le scénario de Quarxx enchâsse ici trois intrigues qui forment un tout. Si elle s’avère terriblement sombre et noire, la trame plonge souvent vers un humour acide qui mélange plusieurs émotions contradictoires avec beaucoup de finesse. À travers la métaphore de l’enfer, le cinéaste illustre aussi l’enfer au quotidien où la douleur vient toujours de l’autre. L’ensemble se veut une exploration intéressante de la culpabilité et du châtiment. Si les spectateurs·trices risquent de déraper un peu lorsqu’on délaisse pour la première fois le personnage principal pour explorer d’autres âmes damnées, il a vite fait de se relever tellement le récit bouillonne.

    Quarxx réussit à maintenir un climat d’angoisse dans la totalité de son film. Que l’on soit sur cette route rurale, dans un manoir gothique ou sur le sol de l’enfer — faisant réellement écho à The Beyond de Lucio Fulci —, sa mise en scène utilise la facture visuelle luisante pour dépeindre l’étouffement.

    Si la distribution est en tout point parfaite, il faut bien admettre que la jeune Manon Maindivide (Les Princesses font ce qu’elles veulent, du même réalisateur) est bouleversante. Dans le rôle de cette enfant princesse sans conscience, la jeune actrice épate.

    En conclusion, Pandemonium est un film lourd, sérieux, mais extrêmement intelligent. Si vous êtes d’humeur à une comédie d’horreur à la Evil Dead 2, il vaut mieux passer votre chemin. Sinon, foncez sur cette perle inclassable.

  • [Fantasia 2023] The Sacrifice Game: réveillon chez Charles Manson

    [Fantasia 2023] The Sacrifice Game: réveillon chez Charles Manson

    Cinq ans après The Ranger, Jenn Wexler est de retour avec un nouveau long-métrage à la prémisse tout aussi excitante. The Sacrifice Game est son exploration de la paranoïa des années 70 dans un contexte post-Charles Manson où tout peut arriver. Tourné au Québec, le film a de quoi intriguer son public.

    Dans les années 1970, deux écolières catholiques solitaires, Samantha (Madison Baines) et Clara (Georgia Acken), doivent passer les vacances de Noël dans le pensionnat presque désert avec la jeune enseignante Rose (Chloë Levine). Un soir, un groupe de tueurs envahit les lieux. Le chaos, la folie et le gore règnent alors que ces derniers tourmentent les innocentes écolières et les quelques membres du personnel toujours sur place. Or, d’autres forces sont en jeu et la nuit ne fait que commencer...
    The Sacrifice Game affiche film

    Le premier point que les gens vont noter en voyant The Sacrifice Game est le casting de son méchant principal. En effet, c’est Mena Massoud, le Aladdin du remake live-action de Disney, qui laisse ici exploser son énergie de psychopathe. Très charismatique, l’acteur tire encore plus vers le haut une distribution déjà très solide. On sent une passion pour le projet chez les interprètes. La direction de Wexler colle très bien avec l’époque et le côté imprévisible du scénario.

    Parlant du scénario, lui aussi est très bien ficelé. On se retrouve souvent à se questionner sur la tournure que prendra l’histoire pour voir nos hypothèses complètement infirmées. Cela dit, ces virages sont toujours bien préparés et font du sens dans l’intrigue. Certainement qu’une deuxième écoute permettrait de remarquer plein de petits détails qui préparent les différents bouleversements.

    Même si elle n’est pas révolutionnaire, la mise en scène sert très bien l’histoire. Le choix des décors et les plans de caméra permettent bien de créer l’angoisse et la paranoïa recherchées par la réalisatrice. L’école où se déroule la vaste majorité de l’intrigue est d’ailleurs mémorable et devient presque un personnage en soi.

    Bref, The Sacrifice Game est une belle petite pépite d’horreur avec du cœur et une passion évidente, un peu comme pouvait l’être The Ranger. On espère que le prochain long-métrage de Wexler arrivera avant 2028!

  • [Fantasia 2023] Eight Eyes: bons baisers de Serbie

    [Fantasia 2023] Eight Eyes: bons baisers de Serbie

    Eight Eyes, présenté en première mondiale cet été à Fantasia, est le premier long-métrage d’Austin Jenning et la toute première production de Vinegar Syndrome Pictures, pilier bien connu de la distribution et restauration du cinéma de genre.

    Cass et Gav, deux Américains, viennent tout juste de se marier et partent en lune de miel en Serbie; quelle bonne idée! C'est dans cette ex-Yougoslavie en décrépitude que le couple fait la rencontre d'un personnage bizarre qui se fait appeler Saint-Pierre. Peu à peu, cet énergumène prendra de plus en plus de place dans la lune de miel des deux amoureux, jusqu'au moment où Gav disparait, supposément battu par Saint-Pierre. La femme visitera la demeure délabrée de la famille de l'homme et découvrira toutes les merveilles de l'hospitalité serbe.
    Eight Eyes affiche film

    Surtout connue dans le monde cinématographique pour des films chocs tels que A Serbian Film ou The Life And Death of A Porno Gang, la Serbie est un endroit trop peu exploité au cinéma et le réalisateur Austin Jenning a eu la bonne idée de la mettre en valeur dans son incroyable et psychotronique film Eight Eyes. Tourné entièrement dans un 16mm poisseux et texturé, la Serbie et la Macédoine deviennent ici presque des personnages à part entière. Usine désaffectée, appartements crades et remplis d’objets étranges ou encore un café internet où trainent des locaux au regard blafard, les paysages de la production ne sont peut-être pas toujours enchanteurs, mais ils ajoutent beaucoup de caractère et de crédulité au film.

    Certains passages sont également tournés en 8mm noir et blanc. En effet, Gav est un vidéaste amateur qui se promène partout avec sa vieille caméra. En filmant divers moments de son voyage, il prétendra qu’il ne sait pas vraiment s’en servir convenablement, une inhabilité créant un parallèle avec le regard des Américains face à un pays et son peuple qu’ils ne peuvent tout simplement pas comprendre. Et ce ne sera pas le mystérieux et inquiétant Saint-Pierre qui l’aidera à mieux apprécier les subtilités géopolitiques de la région! Souvent imprévisible, ce dernier entre parfois dans une grande colère et se lance dans une envolée lyrique quasi insaisissable.

    Signalons-le ici, Eight Eyes est quelque peu cryptique, rempli d’images de montres, de gros plans sur les yeux et de caméras d’un autre siècle. Le film est complexe, mais la plastique et l’ambiance générale nous convainquent d’adhérer au projet. De plus, la production est sublimée par une trame sonore parfaite, signée Morricone Youth, qui colle on ne peut mieux à l’esthétisme très 70’s de l’oeuvre.

    La première partie est moins convaincante. On y trouve peu de développement de personnage ou d’explications quant à leurs motivations. De son côté, le dangereux Saint-Pierre est difficile à suivre. Pourquoi choisit-il ce couple? On l’ignore, et ce n’est peut-être pas important. Toutefois, la deuxième partie est tout simplement jouissive et angoissante à fond. On a l’impression d’assister à une relecture serbe de The Texas Chain Saw Massacre alors que Cass se retrouve prisonnière de la demeure de Saint-Pierre et les membres de la famille qui y habitent sont tous grotesques et troublants. On pense entre autres au petit frère de Saint-Pierre, un homme obèse et nu portant un masque menaçant couvert de cire fondue qui pourchasse la pauvre femme dans la maison. C’est un réel cauchemar sur pellicule. De merveilleux effets volontairement ringards de lasers et de lumières viennent nous exploser les rétines durant cette partie.

    Eight Eyes est un réel ovni qui s’avère franchement rafraichissant. On peut lui reprocher ses protagonistes un peu inintéressants et à la dynamique étrange ou encore sa première partie un peu molle, mais le film explose littéralement durant sa seconde moitié. Un petit coup de cœur pour notre part!

  • [Fantasia 2023] Suitable Flesh: un sexy et inventif psycho-thriller horrifique

    [Fantasia 2023] Suitable Flesh: un sexy et inventif psycho-thriller horrifique

    AVERTISSEMENT: dans cette critique on-ne-peut-plus passionnée, le rédacteur s’est solidement gâté en lâchant tout plein de noms de famille de cinéastes d’exception (ou name-dropping, dans la langue de Stuart Gordon), parce que le méritait pleinement ce très bon long. Non, pas besoin de prénoms (si tu sais, tu sais).

    D’emblée, on peut vous rassurer: avec le fort réussi thriller horrifique Suitable Flesh, le réalisateur Joe Lynch (Wrong Turn 2, Mayhem) a gagné son pari, tel que promis, en rendant magnifiquement hommage à la filmographie du grand Stuart Gordon (1947-2020), que Fantasia avait par ailleurs honoré il y a quelques années. D’abord, car il a réuni plusieurs collaborateur·trice·s de longue date du regretté réalisateur. On parle du scénariste Dennis Paoli, du producteur Brain Yuzna et de l’actrice Barbara Crampton (également coproductrice), de même que des acteurs Graham Skipper (Re-Animator: The Musical) et Chris McKenna (King of the Ants) dans de sympathiques rôles secondaires.

    De plus, le long-métrage est basé sur la nouvelle The Thing on the Doorstep de H.P. Lovecraft, un auteur que Gordon a adapté au cinéma à maintes reprises, notamment avec Re-Animator, From Beyond et Castle Freak, qui mettent tous en vedette l’impériale Crampton et les scénarios de Paoli. Présenté en première canadienne à Fantasia le week-end dernier (en présence de Lynch et du compositeur Steve «Zombi» Moore), Suitable Flesh raconte une riche histoire à tiroir. Qui plus est, sa tête d’affiche est nulle autre qu’Heather Graham (Twin Peaks, Scream 2, From Hell), qu’on n’avait pas vu dans un film de genre depuis bien trop longtemps!

    Dre Daniela Upton (Crampton, magnifique) tente de comprendre ce qui est arrivé à son amie, Dre Elizabeth Derby (Graham, investie), internée depuis peu avec ce qui semblent être de graves troubles psychologiques. En fait, c’est depuis qu’Asa (Judah Lewis), un jeune homme perturbé, débarqua dans sa clinique pour obtenir de l’aide, se sentant menacé par son père Ephraim (Bruce Davison; Willard 1971, Kingdom Hospital, The Lords of Salem). S’en suivra un déstabilisant jeu de rôle schizophrénique (et érotique) qui emportera tout ce beau monde, de même qu’Edward, le mari de Liz (Johnathon Schaech; Quarantine, Laid to Rest), dans un brutal vortex où personne ne sortira indemne.

    Pour les fans de Gordon (mais pas que)

    Suitable Flesh affiche film

    Tel que mentionné plus haut, l’esprit de Gordon hante le long-métrage d’un bout à l’autre, grâce – bien évidemment – à ceux et celles qui l’ont bien connu, mais aussi de par sa trame sonore rappelant celle de Richard Band, ainsi qu’à de subtils clins d’œil à des scènes clés de la film du célébré (on vous laisse la surprise). Sans oublier que le récit se déroule au Miskatonic Medical School (oui, on retourne à la morgue), alors que le générique stipule qu’il est «filmé en CthulhuScope» et dédié au réalisateur de Dagon.

    Au menu, on retrouve des voyages astraux (mais pas trop), un mystérieux grimoire style Necronomicon, de bien tranchants couteaux, du gore à foison, de la possession/transformation (aussi douloureux que dans certains films Landis, Dante et Lyne), du sexe à la Verhoeven, de l’ultra-violence, un t-shirt de Faith No More*, du vertige et même des solos de sexy saxo! Tant dans la structure temporelle qu’au niveau de sa narration en mode littéraire, chapeau à Paoli pour son scénario sans temps mort et parfaitement rétro. Perso, votre scribe estime que c’est l’un des meilleurs films de type «body switch», grâce à son traitement contemporain et plutôt habile de sujets intemporels comme la quête identitaire et les enjeux de santé mentale.

    Les cinéphiles les plus pointu·e·s se régaleront également de tous ces plans foutrement inspirés qui ponctuent le film, que ce soit à l’aide d’une caméra des plus dynamiques (des points de vue inventifs, des mouvements qui étourdissent), que de son montage et de ses transitions aussi funs que geeks. En prime, vous aurez droit à la plus originale utilisation d’une caméra de recul de l’histoire du cinéma (!).

    Bref, Suitable Flesh, c’est un long métrage qui saura plaire autant aux fans de Gordon qu’à toutes celles et ceux adorant l’Horreur avec un grand H, de Carpenter à Raimi et Argento, en passant par De Palma et Romero. Bravo Joe, t’as fait du maudit beau boulot!

    * Plus de détails dans le prochain épisode du balado Métal Maniaques, mettant en vedette Lynch!

  • [Fantasia 2023] The Abandoned: le tueur à la veine de cœur

    [Fantasia 2023] The Abandoned: le tueur à la veine de cœur

    Les fans de thrillers sud-coréens peuvent se tourner vers Taïwan cette année pour The Abandoned (Cha wu ci xin). La proposition, co-écrite et réalisée par le très prometteur Ying-Ting Tseng, rivalise avec plusieurs bons titres qu’on a pu voir émerger de l’Asie de l’Est ces dernières années, tout en proposant un angle propre aux couleurs et à la culture du pays.

    Alors qu'elle tentait de mettre fin à ses jours, l'enquêteuse Wu Jie est confrontée à la découverte du corps d'une femme sur le bord d'un rivage. La dépouille d'origine Thaïlandaise a été amputée d'un doigt et de son coeur, et voilà maintenant que d'autres femmes sont retrouvées dans les mêmes conditions. Traitant sa découverte comme un signe de la providence, Wu Jie, en compagnie d'une jeune recrue, entreprendra de retrouver le meurtrier. 
    The Abandoned affiche film

    La courte feuille de route de Ying-Ting Tseng a déjà traité à quelques reprises du sujet des travailleurs migrants à Taïwan. Sur les 700 000 personnes qui débarquent au pays pour travailler, 50 000 d’entre elles demeurent sans papier et doivent oeuvrer dans des conditions difficiles pour subsister. En incorporant cette réalité sociale à celle du thriller noir de meurtres en série, le cinéaste assure plus de profondeur au récit et à ses personnages, notamment lorsqu’un témoin clé de l’affaire se retrouve tiraillé entre aider l’enquête et éviter la police en lien avec son statut illégal.

    C’est néanmoins la trame de la protagoniste Wu Jie qui fascine le plus dans The Abandoned. Son histoire morcelée se révèle lentement à travers le récit et garde bien accroché alors qu’on s’attache au personnage, aussi impénétrable que Sarah Linden dans The Killing. On ne peut malheureusement en dire autant de sa jeune acolyte apprentie, qui procure un ton plus bouffon inutile à l’ensemble et n’apporte pas grand-chose de plus au récit. La faille s’ajoute à certains aspects invraisemblables du scénario, comme les techniques policières résolument douteuses de notre héroïne, de même que les motivations douteuses du tueur en série un peu trop créatif. C’est disons très très gros.

    La réalisation impeccable de Ying-Ting Tseng excuse toutefois beaucoup de choses. Avec ce troisième long-métrage, le cinéaste peut se vanter de jouer dans les cours des grands, pas trop loin des Bong Joon Ho et autres Na Hong-jin du genre. L’homme livre des images percutantes, bien qu’aucune violence ne soit jamais mise à l’avant plan, et certaines scènes restent longtemps en mémoire, notamment avec cette magnifique introduction.

    Avec The Abandoned, le thriller sud-asiatique connaît une nouvelle voix que les cinéphiles voudront maintenant suivre au fil des ans. Espérons que le principal intéressé poursuive dans cette direction.

  • [Critique] It Lives Inside: la chasse aux démons est ouverte

    [Critique] It Lives Inside: la chasse aux démons est ouverte

    Habitué des courts-métrages, le cinéaste Bishal Dutta faisait ses débuts avec son premier long, It Lives Inside (Il vit en nous), en mars dernier à SXSW. Le retour du public était relativement encourageant, alors que Bishal Dutta est reparti avec le prix du public Midnighters Audience Award. Dutta rejoint ainsi la nouvelle génération de réalisateurs qui font le saut dans l’horreur — ou plutôt l’elevated horror, pour reprendre les termes de Scream (2022). Est-ce que le film est à la hauteur de ses thématiques ambitieuses?

    Hantée par le comportement étrange d'une camarade de classe, Samidha doit apprendre à faire la paix avec son héritage indien afin de combattre une entité démoniaque et sauver son amie des griffes du mal.
    It Lives Inside affiche film

    Dès l’ouverture avec son plan séquence macabre, It Lives Inside instaure un climat d’effroi qui perdure tout au long de cette descente aux enfers. Compétent, mais peu original, le résultat final nous entraîne dans des formules connues et un rythme prévisible qui nous empêchent de complètement embarquer dans le délire.

    La mise en scène laisse place à des images terrifiantes et à des mouvements de caméra créatifs, qui sont toutefois emprisonnés dans un scénario mal tissé. La présence démoniaque est au rendez-vous, la grande force du film résidant dans l’atmosphère sordide imprégnée de rouge et noir. Les coutumes indiennes et la mythologie hindoue ajoutent de la personnalité et une richesse appréciables au film, même si le potentiel n’est pas tout à fait exploité dans son entièreté.

    On se doit d’admirer le travail des effets spéciaux pratiques. Considérant le budget de la production, les manifestations surnaturelles s’enchaînent en livrant une allégorie sur la dépression et un message intéressant sur l’acceptation culturelle. Sentiment de déjà vu? It Lives Inside emprunte des thématiques d’actualité qui surgissent dans plusieurs films d’horreur modernes et s’enfarge légèrement dans l’exécution. On tombe éventuellement dans une zone de prévisibilité et un piège à clichés qui empêche l’œuvre finale de prendre son plein essor.

    It Lives Inside image film

    Malgré tout, l’exploration du folklore hindou avec le Pischacha — un démon mangeur de chair — élève le matériel et donne naissance à des séquences d’épouvante déstabilisantes qui valent le prix d’entrée. Il est difficile d’ignorer les nombreuses influences visibles du cinéma d’horreur à travers ces moments de terreur: la contorsion de The Ring, le jeu de lumière de Lights Out, le pouvoir d’invisibilité de Predator et l’ambiance de banlieue du Halloween de John Carpenter. On a même droit à un doppelgänger du Necronomicon et une créature tout droit sortie d’une œuvre d’H.P. Lovecraft. Votre appréciation du film risque de varier selon votre tolérance à ces hommages qui ne sont pas toujours subtils.

    À noter également la présence de Megan Suri (Missing), qui devrait apparaître sur les radars d’Hollywood après cette performance. Le jeu des interprètes n’est pas parfait dans l’ensemble, mais la jeune actrice principale, en plus de celui de Betty Gabriel (Get Out), a su ressortir du lot.

    Tout compte fait, It Lives Inside est un mélange intriguant d’incantations sataniques, d’immersion culturelle et de teen horror qui devrait trouver son public lors de sa sortie en salle (ou sur demande).

    Cette critique était publiée dans le cadre de l’édition 2023 de Fantasia.

  • [Fantasia 2023] Birth/Rebirth: la science du deuil

    [Fantasia 2023] Birth/Rebirth: la science du deuil

    Pour son premier long-métrage Birth/Rebirth, la réalisatrice Laura Moss propose un récit viscéral et posé. Rappelant certains classiques de l’horreur qui explorent les frontières de la science (Frankenstein, Re-animator), le ton du film reste ici plus ancré dans le drame teinté de body horror.

    Les vies de Rose (Marin Ireland) et Celie (Judy Reyes), deux femmes très différentes, employées dans le même hôpital, vont se croiser de manière morbide à la mort de Lila (A.J. Lister), la fille de Celie. Le deuil d’une mère rencontre la passion d’une scientifique pour réanimer les corps.

    Birth/Rebirth touche à la rencontre, au deuil et à la passion. S’ouvrant sur une scène de naissance traumatique, le film ne peut complètement être détaché de l’anxiété médicale et natale des États-Unis d’après Roe v. Wade. Des employé·e·s d’hôpital fatigué·e·s, des lieux ternes et froids, des femmes aux prises avec leur destin, un rapport au corps anxiogène et brutal.

    Si la maternité sous ses différentes formes est au centre du récit, ce dernier creuse surtout la question des liens hérités et créés entre les personnes, tout autant que de l’obsession qu’ils peuvent générer. Marin et Celie entretiennent une relation complexe, s’entrainant l’une et l’autre vers l’inimaginable, dans une danse affective et prudente.

    L’imaginaire du spectateur est rapidement invité à participer à cette rencontre, alternant sollicitude et curiosité. Cependant, bien que le rythme du film soit généralement posé, le scénario s’emporte à certains moments et se heurte à des raccourcis. Car, si le film a la particularité de se concentrer plus sur ses personnages que sur l’action, offrant une perspective intime, il manque parfois de substance: certaines idées ne sont pas poursuivies, certains personnages écartés.

    Malgré ces ellipses, Birth/Rebirth réussit toutefois à maintenir une tension, grâce à un travail viscéral du son combiné à des scènes médicales déconseillées aux coeurs sensibles.