Category: Fantasia 2023

Consultez nos critiques, entrevues et suggestions de cette 27e édition du Festival international de films Fantasia.

  • [Fantasia 2023] Terror in the Ailien Realms: doit-on (ne pas) avoir peur de l’AI?

    [Fantasia 2023] Terror in the Ailien Realms: doit-on (ne pas) avoir peur de l’AI?

    C’est classique: chaque nouvel outil technologique amène son lot d’inquiétudes face aux changements qu’il engendrera inévitablement, avant que l’eau ne coule sous les ponts et qu’on réussisse à l’utiliser à bon escient, avec parcimonie et discernement. Quant à l’intelligence artificielle (ou AI, pour faire court), elle fait en effet beaucoup parler et ce, depuis un moment déjà. D’abord, parce qu’elle fait peur cette idée qu’un organisme synthétique puisse se retourner contre son créateur, en plus d’avoir été un véritable moteur en fiction et dans le cinéma de genre. D’Isaac Asimov et Philip K. Dick à Steven Spielberg et Ridley Scott, en passant par Terminator et autres M3gan, les variations sont légion.

    On sait tous·tes ce qui s’est passé lors des différentes révolutions industrielles. C’est pourquoi nombreux sont les créateurs et créatrices qui ont peur d’être carrément remplacés par des «machines». Or, aujourd’hui, dans la vraie vie, l’AI s’est déjà infiltrée/intégrée (insidieusement oui) dans notre quotidien, tant au niveau des outils qu’on utilise et des sites web qu’on fréquente (les publicités ciblées), que sur les multiples plateformes auxquelles nous sommes abonnés (les recommandations qu’on cesse de nous pousser). Au niveau des arts graphiques, on parle évidemment des avancées de Photoshop ou de nouveaux venus comme MidJourney.

    C’est justement en expérimentant avec ce dernier que sont nés les visuels de Terror in the Ailien Realms: Transdimensional Horror Movie Posters & Their Film Reviews, que vient de lancer pendant Fantasia l’artiste pluridisciplinaire Pat Tremblay (réalisateur, monteur, artiste visuel, musicien…). Un magnifique bouquin qui est à placer dans une case à part. Non seulement pour sa portion graphique mais aussi pour l’impressionnante brochette de collaborateurs qui y participe. Mais qu’est-ce que cet OVNI?

    Meta dans son approche, l’œuvre oppose de fort belle façon un médium vieux comme le monde (le livre) aux technologies de pointe. À l’aide du programme d’AI MidJourney (auquel il a fourni des descriptions très spécifiques), l’instigateur du projet a d’abord créé une foule de visuels se voulant des fausses affiches de films de genre, avant d’en sélectionner cinquante et de les retoucher un peu avec Photoshop (en particulier au niveau des titres). Ensuite, il les a proposés à ses collaborateurs, tous issus, comme lui, de la famille élargie de Fantasia, afin qu’ils choisissent le visuel le plus inspirant à leurs yeux. Finalement, en se basant sur l’image seulement, les collaborateurs·trices devaient rédiger une critique fictive ultra-détaillée, incluant non seulement le synopsis mais aussi tout plein d’information fabulée (ex.: l’année de sortie du faux-film, son équipe technique, sa distribution, sa genèse, son tournage, sa réception, etc.).

    Mettant en vedette

    Si le résultat graphique étonne (par la beauté des images générées via la susmentionnée entité numérique), leur contrepartie écrite fait souvent sourire, les collaborateurs·trices ayant globalement livré des textes fort inspirés. Et quelle belle brochette de collaborateurs Tremblay a réussi à intéresser!

    Évidemment, on retrouve bon nombre de réalisateurs·trices, incluant plusieurs ami·e·s du festival Fantasia, tel que George Mihalka (My Bloody Valentine), Gary Sherman (Raw Meat, Dead and Buried), Dave Alexander (Untold Horror), Gigi Saul Guerrero (Culture Shock), Justin McConnell (Clapboard Jungle), Rob Cotterill (Possessor,The Lighthouse), Elza Kephart (Slaxx), Simon Rumley (Fashionista), Éric Falardeau (Thanatomorphose), Karim Hussain (Subconcious Cruelty; DOP attitré de Brandon Cronenberg) et son vieux compère Mitch Davis, de même que les ex-collègues de ce dernier, Philippe Spurrell (Cinéclub Film Society) et Simon Laperrière.

    Également au générique de Terror in the Ailien Realms, figurent entre autres le réalisateur Vincenzo Natali (Cube, Splice, In the Tall Grass) et le bédéiste Stephen R. Bissette (Swamp Thing, Taboo), de même que les acteurs Jay Baruchel (Goon, RoboCop 2014, Cosmopolis) et Graham Skipper (VFW, Re-Animator: The Musical, Suitable Flesh). Au rayon journalistes-auteurs, se trouvent Michael Gingold (Fangoria, Rue Morgue, Ad Nauseam), Tim Lucas (Video Watchdog, Mario Bava: All the Colors of the Dark) et Alan Jones (Starburst, Cinefantastique). Et plusieurs autres passionné·e·s de cinéma de genre, qui se sont prêté au jeu afin de contribuer au beau projet de Tremblay, qui signe également un texte.

    Au niveau prémisses, si quelques-un·e·s s’enlisent un peu trop profondément dans la matrice (lire: empêtrés dans des délires sci-fi débordant d’AI), bon nombre de textes sont ultra-divertissants et créatifs. En vrac, on a adoré celles de Jones (inspiré de son amour pour le giA.I.llo, se jouant des clichés du genre), Cotterill (mixant les origines de 12 Monkeys au thématiques chères à Svankmajer et Lovecraft), Rumley (un found footage quasi video nasty, mixant Rosemary’s Baby et du poil de primates dans un bien relevé curry… miam!) et Lucas (un Zulawski jazzy, avec des références aussi pointues que lucides, de Funko à Blade Runner, en passant par Tilda Swinton et Bowie).

    On a pris également beaucoup de plaisir à lire les textes de Guerrero (en mode autobiographique, quelque part entre Near Dark et From Dusk Till Dawn) et de Joel Potrykus (le dernier film visionné par Cobain avant de se flinguer, Green Room rencontre Motel Hell). En local, on a beaucoup aimé ceux de Spurrell (ou KISS Meets the Vampires on the Plane!), Kephart (comme si un Lewis Carrol andalou sous opiacés s’était intéressé à l’occulte) et Falardeau (un trip de cinéphile aimant le transgressif, que ne détesterait clairement pas Cronenberg), entre autres.

    Lectures diaboliques

    Un vendredi soir de Fantasia, pour l’événement de lancement de Terror in the Ailien Realms, une bonne cinquantaine de personnes se sont rendus au McKibbin’s, ce pub irlandais de la rue Bishop, qui est devenu en quelque sorte le non-officiel quartier général du festival. Pour dédicacer le magnifique ouvrage, une quinzaine d’auteurs étaient présents, alors que la plupart ont pu lire leurs textes devant public. Malgré une climatisation déficiente — donc suintante — et une sonorisation plutôt faiblarde, la soirée a été franchement agréable, en particulier pour les cinéphiles collectionneurs.

    Et que dire du livre lui-même, que Tremblay a par ailleurs autopublié à compte d’auteur. Le bouquin est de dimension table-à-café, sa couverture rigide, de couleur noire (mat) et embossée, avec de nobles motifs (dorés) qui magnifient l’illustration centrale (une bouche charnelle, mutante et ensanglantée). En prime, la tranche du livre est d’un rouge sang parfaitement assorti. Bref, un fort bel objet qui ravira les fétichistes du média physique.

    Après l’intro de Tremblay, Gingold avait l’honneur d’ouvrir la soirée, avec son texte mettant en vedette une sorte de requin-clown meurtrier. L’auteur de Shark Movie Mania (2017) était comme un poisson dans l’eau. Avec sa prémisse débordant de sang CGI et référençant le cultissime Maniac (1980), on a facilement imaginé un faux-film ultra divertissant. Le couple de réalisateurs Chris Bavota et Lee Paula Springer (Dead Dicks) ont bien fait rire avec la lecture de leur prémisse qui ressemblait à une version Asylum de Dune, avec des chameaux mutants de l’espace dans le multivers de l’omniscient, mystérieux et pluriel Gattwed! Le couple semble réellement avoir pris leur pied à imaginer la folle histoire de cet impossible nanar.

    Le sympathique trio formé de Justin Benson, Aaron Moorhead et David Lawson Jr. (Synchronic, Something in the Dirt) étaient aussi de la partie. Le premier y est allé à fond dans l’AI (même s’il aurait rédigé pas moins de 27 versions avant d’enfin comprendre le concept, ouf!), le second a avoué avoir vu d’étranges similitudes avec son texte APRÈS avoir visionné Skinamakink, alors que le dernier, qui se disait (déjà) pompette, et regrettait d’avoir imaginé trop de noms imprononçables (en plus d’être intimidé par Sherman, qui était assis juste en avant de lui).

    Chimères et autres icônes légendaires

    Lorsque son tour fut venu, animé de son enthousiasme légendaire, le directeur artistique de Fantasia nous a fait du classique Mitch Davis, soit — en bon français — un bon gros délire bat-shit-crazy. Son trip psychotropique en CHSLD était quelque part entre One Flew Over the Cuckoo’s Nest et Harold and Maude (pas vraiment). Comme si Corman avait produit une sorte de refonte gonzo de Cocoon en mode body horror. Genre. Ce fut la lecture qui a suscité le plus de réactions du public, leurs éclats de rires étant aussi bruyants qu’abondants.

    Quant à Mihalka, le réalisateur de La Florida (!) est lui aussi un fan de Zulawski, dont le puissant film culte qu’est Possession lui a servi de point de départ, afin de construire le dynamique récit de ce qui serait, selon lui, un magnifique nanar. S’y côtoient batraciens, morts-vivants et autres créatures mythiques, entre deux références à des classiques post-apo’ et d’anticipation. On remercie Tremblay de lui avoir prêté ses lunettes, sans quoi Mihalka n’aurait pu lire son excellent texte.

    Avec cette fausse affiche rappelant quelques classique fantômatiques, Sherman a pondu un texte plutôt gothique, en y insufflant un amour des effets pratiques et différentes techniques cinématographiques, comme seul un réalisateur peut si joliment l’exprimer. De sa voix douce, chaude et calme, le vénérable réalisateur (qui célèbrera ses 78 ans à la fin du mois) a visiblement pris beaucoup de plaisir à participer au singulier happening. Il a aussi avoué avoir utilisé ChatGPT pour la rédaction de son texte, une fort belle idée totalement en phase avec le concept.

    Finalement, c’était Alexander qui devait fermer la lecture de Terror in the Ailien Realms avant la séance de signature. Il s’est fendu d’une désopilante et super geek suite d’Halloween III, qu’un fan fini aurait tourné en Europe de l’Est 40 ans plus tard. On y retrouve le jingle de Silver Shamrock en kletzmer, une démoniaque App à la TikTok et une finale qui ferait pâlir d’envie Spielberg lui-même. Très fun!

    ***

    Bref, il faut le voir (et le lire) pour le croire et c’est ici que ça se passe.

  • «Where the Devil Roams» et l’histoire d’amour entre la famille Adams et Fantasia

    «Where the Devil Roams» et l’histoire d’amour entre la famille Adams et Fantasia

    La famille Adams — Toby Poser, John Adams, Zelda Adams et Lulu Adams — venait présenter leur troisième film d’horreur, Where the Devil Roams, en première mondiale à Fantasia cet été.

    L’histoire d’amour entre le festival, les festivaliers et les cinéastes est en effet palpable depuis la projection de le premier The Deeper You Dig en 2019, et tous avaient grandement hâte de découvrir cette année leur nouveau cauchemar poétique à propos d’une famille de forains qui traverse les États-Unis durant la Grande Dépression.

    Horreur Québec a profité de leur passage à Montréal pour les rencontrer:


    Horreur Québec: J’aimerais d’abord parler de votre relation avec Fantasia. Comment êtes-vous tombés en amour avec le festival?

    John Adams: Mitch Davis et Fantasia ont changé nos vies. Et c’est une phrase très facile à dire. Nous avons fait un film intitulé The Deeper You Dig et ils ont été les premiers à répondre. Mitch a écrit à Toby, et c’était très excitant pour nous parce que nous avions tellement entendu parler de Fantasia. Juste le fait que Mitch nous écrive était exceptionnel.

    Ils nous ont fait venir et nous avons eu notre première mondiale et nos vies en tant que cinéastes ont complètement changé. Nous avons pu rencontrer la presse, le public du festival et juste de faire partie de Fantasia, c’est comme du carburant à fusée dans l’industrie du film. Ils ont tellement soutenu l’art de notre famille. Ils ne veulent pas que l’on change. Ils nous poussent à continuer à perfectionner nos compétences.

    Toby Poser: C’est étrange à dire, il y a tellement de festivals que nous aimons, mais Fantasia est un peu comme un obstétricien: ce sont eux avec que nous voulons faire naître nos films. Vraiment! Ce sont ceux en qui nous faisons confiance pour les mettre au monde. Ce sont nos gynécologues obstétriciens. [Rires]

    HQ: Et vous avez même composé une chanson lorsque la première mondiale de Where the Devil Roams a été confirmée à Fantasia!

    TP: Nous voulions célébrer!

    JA: Nous l’avons composée sur-le-champ. J’aime tellement cette chanson. C’est en fait l’une de mes chansons préférées et on sent qu’il s’agit d’une célébration du chemin que nous avons parcouru. Ça l’a toujours été! Fantasia et Mitch ont tellement toujours soutenu notre musique. Dès le jour un, Mitch parlait de notre musique pour The Deeper You Dig et nous avons même remporté le Cheval noir pour Meilleure trame sonore avec Hellbender! C’est ce qui nous dit que quelqu’un prête vraiment attention et c’est important pour nous, car ce n’est pas tout le monde qui en parle. La chanson était donc pour célébrer Fantasia. Ça devait être fait.

    HQ: Quand d’ailleurs comptez-vous sortir la trame sonore complète de Where the Devil Roams?

    ZA: Très très bientôt. Et elle contiendra beaucoup d’extra. Ce sera sur toutes les plateformes.

    JA: Nous voulions la sortir pour Fantasia, mais tout a été tellement vite que nous n’avons pas pu apporter les dernières retouches. Mais tout est prêt!

    HQ: Qu’est-ce que vous vouliez faire de différent avec ce nouveau film?

    Zelda Adams: Avec Hellbender, vous voulions une approche stylisée, mais avec celui-ci, nous savions que nous le voulions hyperstylisé. Les visuels étaient très importants. Nous savions que ce serait tourné en hiver, qui est notre période préférée pour tourner parce que tout sort trop bien. On peut mettre un magnifique filtre par dessus les images et on peut mettre beaucoup de sang. L’hiver et le sang vont très bien ensemble. C’était important pour nous que chaque prise ait une raison derrière elle, et pendant le processus de montage, ça ressemblait à ce que nous voulions. Nous voulions que les décors soient les plus sales et magnifiques que possibles pour créer notre propre monde dans les années 1930.

    HQ: Zelda, le film est inspiré de cauchemars que vous avez eus?

    ZA: J’étais très jeune et je regardais American Horror Story avec ma sœur Lulu, tard le soir. Mes parents ne s’en souciaient pas, mais c’était plus amusant de le regarder en secret. On regardait la quatrième saison, Freak Show, et l’antagoniste est ce clown vraiment très effrayant. Chaque nuit, j’avais des cauchemars que ce clown me regardait près de mon lit. C’était terrifiant! J’ai raconté mes rêves à la famille et je me souviens que mes parents m’aient dit: «Que penses-tu que le clown est en train de faire? Peut-être que tu as besoin d’en parler pour te faire sentir mieux.» Et je me suis mise à penser: et si ce clown n’était pas le vilain? Et s’il avait une famille? Et s’il devenait le protagoniste? C’est là qu’est née l’idée d’une famille de clowns qui voyage à travers le circuit. J’ai proposé cette idée de film à la famille, et nous avons en quelque sorte décidé que nous aimions le concept d’une famille imparfaite sur le circuit du carnaval, mais pas la partie du clown. Et, l’un des avantages d’apporter des idées à la famille, c’est les critiques et commentaires que l’on reçoit, mais beaucoup de choses restent. Et l’idée est née là.

    HQ: Vous avez d’ailleurs fait une tournée des États-Unis pour vous inspirer.

    JA: Nous avons beaucoup voyagé pendant que tout était fermé durant la COVID-19. Avec Hellbender, nous avons également beaucoup voyagé à travers le circuit des festivals. Ce nouveau film est une célébration des personnes que nous avons rencontrées sur notre route, mais pas seulement dans les festivals, mais aussi de notre époque punk rock. Dans un certain sens, nous sommes des forains modernes. Nous sommes une famille voyageant de scène en scène pour livrer un spectacle. Et c’est fantastique. Fantasia fait partie des forains modernes. Toi aussi.

    Les gens dans le film ne sont pas des acteurs, ce sont de vrais gens qui incarnent des forains parce qu’ils le sont dans la vraie vie. Par exemple, Razor, la femme qui joue du ukulélé, elle travaille au cirque de Coney Island. Sam, que je connais du monde punk rock de New York, il incarne Mr. Tips. Dans un certain sens, nous avons seulement du plaisir à célébrer tout ça. C’est pour cette raison que nous n’avons pas caché par exemple les tatouages modernes ou d’autres choses de notre époque. Nous voulions que le public ait du plaisir entre le passé et le présent et qu’ils comprennent ce qui les lie.

    HQ: Je crois qu’on peut affirmer qu’il s’agit de votre film le plus sanglant.

    ZA: Merci! [Rires]

    TP: Je le crois aussi. [Rires]

    HQ: Est-ce que toutes ces prothèses vous ont occasionné certains problèmes pendant le tournage?

    TP: Non, je crois qu’on le doit à notre fantastique maître des effets spéciaux, Trey Lindsay. Il était là pour plusieurs de ces scènes. Je crois que dans la scène de la Première Guerre mondiale, on a eu quelques problèmes avec le sang alors on a seulement improvisé. C’est ce que nous faisons toujours, et c’est souvent même meilleur.

    ZA: Nous commandons plein de morceaux de corps et nous faisons juste jouer avec en les filmant. Nous faisons notre propre sang également. Nous avons réalisé que nous n’aimions pas le sang acheté parce que ça tache absolument tout, et nous ne pouvons nous le permettre étant donné que nous savons que nous allons manquer la scène et devoir la refaire. [Rires] Nous faisons notre propre sang avec du chocolat Hershey’s, du sirop de fraises et du sirop de maïs.

    JA: Nous ne voulons pas de faux trucages, comme ajouter du sang en numérique. Ce que nous avons compris, c’est le concept de compositing qui permet de superposer deux choses réelles. Il y a une scène où la tête de quelqu’un explose littéralement. C’était un composite vraiment amusant à faire. Le produit final, pour moi du moins, est meilleur parce que c’est vraiment brutal. Et hier soir [durant la première mondiale du film à Fantasia], à ce moment du film, c’était super d’entendre la foule rigoler.

    ZA: Et c’était une prothèse reprise de Hellbender aussi! On recycle toujours…

    HQ: Le long monologue au début de Where the Devil Roams, d’où vient-il?

    JA: De là! [John pointe la tête de Toby.]

    HQ: Toby, vous écrivez de la poésie?

    TA: Oui, j’adore la poésie. Et c’était d’amusant d’être influencé par l’histoire de l’ange déchu. Dans un sens, ce démon nous ressemble et ressemble à ces personnages. Il se déguise, parcourant le monde et il tombe amoureux. Évidemment les humains meurent, mais pas lui. Nous aimions en faire le point central de cette famille sur Terre, pendant que le démon est en dessous en train d’orchestrer autre chose. C’est une amusante mythologie.

    JA: Mais Toby est un peu modeste. Si vous écoutez attentivement le poème, tout le film est expliqué. Même moi, j’ai regardé le film des centaines de fois et puis c’est à la 101e que j’ai compris et que je lui ai dit: «Oh mon Dieu, Toby, c’est tellement intelligent que tu aies mis tout ça là-dedans, ça a un lien avec tout le reste!». Et je pense que, surtout dans l’horreur, le public aime la profondeur, la profondeur dans la violence ou l’horreur qui se déroule. Ils aiment voir qu’il y a des racines profondes et je pense que Toby passe vraiment du temps dans sa poésie pour donner un sens à ces mythes.

    HQ: Vous avez beaucoup parlé de comment vous travailliez ensemble en tant que famille, mais j’étais curieux de savoir si vous envisageriez de faire des films en solo éventuellement?

    JA: On a demandé à Lulu d’en faire un!

    Lulu Adams: Je ne sais pas si je peux en parler, mais je suis très excitée!

    Je suis tellement habituée à tout faire avec eux. Zelda et moi avons fait du théâtre, du jeu et du mannequinat ensemble quand nous étions enfants. Maintenant, Zelda n’est plus mannequin et elle a déjà joué dans des courts métrages et des films d’autres gens. Toby et John ont fait certaines choses et en ont d’autres prévues dans le futur. Je crois que ça nous intéresse tous. Je pense que notre priorité est toujours de réaliser nos projets et travailler ensemble, mais nous nous supportons avec nos projets individuels. C’est vraiment amusant de découvrir les projets des autres et de les découvrir sous un nouveau jour.

    JA: À cause de nos films d’horreur, plusieurs grands artistes nous demandent si nous voulons faire des choses avec eux et s’ils semblent être des gens amusants, nous aimons les soutenir et en faire partie de leur art.

    HQ: Pensez-vous vouloir vous exprimer à travers le genre horrifique pour toute votre carrière?

    TP: Oui! Je pense que nous avons encore beaucoup d’horreur en nous. [Rires] Nous adorons ça. Notre premier film, Rumblestrips en 2013, était un drame. Ça devait être un film de genre, un film de fantômes vraiment sombre. Nous n’étions juste pas prêts à lui faire honneur.

    HQ: Quel sera votre prochain film, et pourrons-nous le voir à Fantasia?

    ZA: On l’espère! [Rires]

    JA: Nous travaillons sur un film qui s’appelle Fairy. Nous ne pouvons pas en dire beaucoup pour le moment, mais comme nos films ont toujours été en quelque sorte des documentaires sur notre famille et où nous sommes rendus, et comme Zelda a fait un peu de mannequinat, nous faisons un film à propos d’un shooting de mode en Alaska. Évidemment, des trucs atroces surviennent. Ce sera vraiment amusant et nous sommes très excités.


    Where the Devil Roams sera présenté exclusivement chez Tubi cet hiver.

  • [Fantasia 2023] Satan Wants You: ce n’est pas toujours Satan le méchant

    [Fantasia 2023] Satan Wants You: ce n’est pas toujours Satan le méchant

    Le documentaire Satan Wants You était présenté à Fantasia en première canadienne. Les cinéastes canadiens Sean Horlor et Steve J. Adams (Someone Like Me) nous y proposent une exploration de la panique satanique et de sa genèse.

    Durant les années 80, un phénomène étrange fait son apparition: la panique satanique. On y voyait le diable partout, dans la musique, au cinéma, les produits ménagers et même les écoles. Sean Horlor et Steve J. Adams s'intéressent à ce phénomène qui a profondément marqué l'Amérique et enquêtent sur le fameux livre Michelle Remembers de la Canadienne Michelle Smith et son psychiatre Dr. Larry Padzer. Faisant usage d'hypnose et de RHV (reconstruction d'histoire de vie, Age Regression Therapy en anglais) le psychiatre découvre que Michelle aurait été torturée par une secte satanique dans son enfance.
    Satan Wants You affiche film

    Satan Wants You est un documentaire qui nous aspire dans un étrange complot de terreur et de folie épidémique. Les réalisateurs proposent une sélection d’intervenants variés, des personnages à la fois fascinants et parfois même inquiétants, qui rendent le résultat prenant: policiers dubitatifs, Charyl Proby-Austman, la soeur de Michelle, membres du clergé, etc.

    Tout commence avec Michelle Smith, qui, suite à une fausse couche, tombe dans un profond malaise psychique peuplé de cauchemars terrifiants. Elle décide de prendre rendez-vous avec son psychiatre, le Dr Padzer. S’en suivent de longues séances de thérapie où la relation médecin-patient se métamorphose en relation intime, voire amoureuse. Puis, le médecin commence à concevoir un livre la femme, relatant ce qu’ils ont découvert lors de ces séances de thérapie. Abandonnée par sa mère, Michelle aurait été prise en charge par une secte satanique qui l’aurait abusée et torturée psychologiquement et physiquement.

    L’ensemble est présenté à l’aide d’archives d’émissions télévisées, de reportages, d’entrevues et même des bandes originales des séances de régression de Michelle. Cette incursion dans ce moment de l’histoire où on avait peur de tout et de rien est excessivement bien présentée à l’aide d’un montage dynamique et une bande-son efficace. Nous avons droit à des reconstitutions crédibles, des entrevues pertinentes et des archives parfois aberrantes, une variété de médiums qui enrichit et dynamise le documentaire.

    Satan Wants you émet au final des comparaisons avec Qanon et le fameux Pizzagate de 2016, nous montrant comme quoi cette panique satanique n’est finalement pas si dépassée qu’on pourrait le penser, un rapprochement intéressant, qui rend le résultat encore plus signifiant.

    Il est surprenant d’apprendre que même le Vatican s’est retrouvé mêlé à tout ça. Le pape Paul VI écrit même l’introduction au livre! De telles horreurs ont-elles vraiment eu lieu? Comment se protéger des vilains satanistes? On vous laisse le découvrir avec l’excellent et fascinant Satan Wants You.

  • [Fantasia 2023] My Animal: une bête séduisante, planante et hautement stylée

    [Fantasia 2023] My Animal: une bête séduisante, planante et hautement stylée

    Issue d’un projet Frontières, la production canadienne My Animal est une bête différente dans le paysage du film de lycanthrope. Tourné dans un petit village ontarien, le premier long métrage de la cinéaste Jacqueline Castel séduira à coup sûr les fans d’ambiances visuelles travaillées et de sonorités new wave, mais peut-être un peu moins les cinéphiles à la recherche d’un carnage sanglant.

    Heather cache plusieurs secrets. En plus de s'intéresser aux sports traditionnellement réservés aux hommes (la lutte pour une raison, le hockey pour une autre), l'adolescente est visiblement attirée par les femmes. Quand la séduisante Jonny débarque dans son patelin, le monde d'Heather bascule littéralement. Mais c'est d'autant plus compliqué de tenter de vivre une vie normale lorsque d'autres changements s'opèrent dans son corps avec l'arrivée de la pleine lune. 

    Ce n’est pas la première fois que le mythe du loup-garou sert de sous-texte à un récit initiatique (Ginger Snaps, Twilight), mais il faut avouer que l’angle queer, mais surtout le traitement visuel excessivement léché de la production, procure énormément de sang neuf au sujet. Ça fait du sens, finalement, que Jae Matthews, l’une des deux moitiés du band Boy Harsher (voir The Runner), ait pondu le scénario: My Animal se consomme comme un long vidéoclip synthpop à la fois séduisant et inquiétant. Gros plans sur la lune, éclairages rouges saturés, ambiances sonores envoutantes, le résultat fait définitivement davantage appel aux sens. La formation américaine signe d’ailleurs la trame musicale à travers le génie créatif d’Augustus Muller.

    Ce n’est toutefois pas au détriment du développement du récit, qui traite du sujet de l’acceptation de soi de manière sensible. La relation qui s’établit lentement, mais sûrement entre Heather (Bobbi Salvör Menuez) et Jonny (Amandla Stenberg, Bodies Bodies Bodies) rappellera à quiconque — ou peut-être particulièrement aux gens issus de la communauté queer — ses premiers amours adolescents. La présence des deux actrices est certainement à noter parmi les points forts de la production tellement elles irradient l’écran. Stephen McHattie (Pontypool) et Heidi von Palleske (Dead Ringers) sont également à souligner dans leur rôle de parents torturés, qui procurent plusieurs moments émouvants à l’ensemble, particulièrement à travers le lien père-fille. Le scénario de My Animal parvient en effet créer une dynamique familiale dramatique crédible, mais plus important encore, il construit avec le personnage de Heather un portrait convaincant d’une jeune femme lesbienne, qui évite tous les clichés du genre.

    My Animal n’est toutefois pas sans accrocs. Le traitement de cette idylle entre les deux amies stagne quelque peu à mi-chemin, tandis que la dernière portion du long-métrage paraît souvent précipitée. La halte que la production a dû effectuer avec l’arrivée de la COVID-19 lors du tournage y est certainement pour quelque chose et dans tous les cas, on salue l’équipe d’avoir pu boucler le projet dans ces conditions difficiles. Il faut néanmoins avouer que pour un film de loup-garou, certains dénouements manquent de mordant.

    Autrement, si vous êtes sympathique à une expérimentation hautement atmosphérique et stylée sur la recherche de l’identité, My Animal saura vous séduire, et peut-être même vous arracher le cœur.

  • [Critique] Perpetrator: un film aux personnalités multiples

    [Critique] Perpetrator: un film aux personnalités multiples

    La réalisatrice Jennifer Reeder (Knives and Skin, Night’s End), reconnue pour ses œuvres éclectique et imaginative, nous livre son tout dernier film: Perpetrator. Mettant en vedette Kiah McKirnan (Night Sky) et Alicia Silverstone (The Killing of a Sacred Deer, The Lodge), le film explore de façon bien singulière l’objectification des femmes, l’importance de la solidarité féminine et la soif d’égalité.

    Jonny Baptiste, une adolescente farouche, déménage dans une ville où une série de jeunes filles est portée disparue. En cohabitation avec sa grand-tante Hildie, elle découvrira peu à peu les dessous de ces sordides enlèvements et lèvera le voile sur le côté obscur de sa famille et, par le fait même, de sa propre personne.

    Passer par qua…rante chemins!

    Perpetrator affiche film

    Dès les premières minutes du film, on se doute que Perpetrator désire mélanger plusieurs genres et que nous devrons probablement garder l’esprit ouvert et se laisser guider sans trop se poser de questions. En effet, la prémisse nous en met plein la vue en juxtaposant des images énigmatiques qui suggèrent fortement un style proche de la science-fiction, rappelant l’esthétique Cronenberg, plus précisément certaines scènes à la fois feutrées et «gluantes» d’Infinity Pool.

    L’idée de base est prometteuse: de jeunes femmes sont kidnappées, et leur bourreau ne semble pas jouer dans la dentelle si on se fie à l’hémoglobine qui emplit l’écran. Jonny nous est ensuite présentée comme une jeune femme tourmentée, mais forte et entêtée, qui évolue aux côtés d’adultes cachant visiblement de troublants secrets. Dans le premier quart du film, on accepte d’emblée toute confusion ou étrangeté, dans l’espoir d’être éventuellement mis au parfum de ce qui se passe réellement dans cet univers qui inspire peu la confiance.

    Mais plus les minutes avancent, plus il est évident que l’énigme risque de ne pas être résolue. Les personnages se cumulent, mais ne jouent pas en faveur du scénario. Plutôt que de soutenir l’histoire, ils l’embrouillent davantage et la font partir dans toutes sortes de directions. Mais les attentes demeurent tout de même puisque, de toute évidence, Perpetrator se veut une œuvre excentrique qui défie et transgresse les règles. Le développement de l’histoire est peut-être intentionnellement trompeur? Notre patience sera peut-être récompensée par une finale appréciable? La réponse: non.

    Message mal interprété

    On comprend toutefois le message sous-jacent qui nous porte à réflexion au sujet de l’oppression des femmes encore bien présente dans notre société, malgré les changements de mentalités et les prises de conscience. Le propos est évident et on saisit somme toute ce que la réalisatrice veut exprimer haut et fort. Toutefois, si le brouhaha qui entoure le message féministe avait été quelque peu atténué, ce dernier aurait obtenu plus d’impact.

    L’histoire aurait également mieux abouti si elle avait été soutenue par un jeu d’acteurs compétent. La grande majorité des interprètes campent leur rôle avec beaucoup de difficulté. Malgré les efforts déployés, la plupart ne parviennent pas à s’immiscer concrètement dans la peau de leur personnage. Même Alicia Silverstone, qui offre généralement de bonnes performances à l’écran, peine à nous faire croire à son personnage de «sorcière mal aimée» avec un jeu trop théâtral, à la limite du risible. Le tout est enveloppé d’une trame sonore omniprésente qui n’aide pas à prendre le film au sérieux. Des mélodies s’imposent à tout moment et détonnent des scènes mises à l’écran.

    En somme, Perpetrator se classe malheureusement dans la longue liste de films aux bonnes intentions, mais qui ne parviennent pas à rassembler leurs idées. En cinéma d’horreur, force est d’admettre que la ligne est souvent très mince entre l’étrange et l’absurde!

    Cette critique était publiée dans le cadre de l’édition 2023 de Fantasia.

    Perpetrator est maintenant disponible via Shudder.

  • [Fantasia 2023] #Manhole: un gouffre sans fond dont on savoure la chute

    [Fantasia 2023] #Manhole: un gouffre sans fond dont on savoure la chute

    #Manhole est le genre de film qui va vous séduire ou vous perdre dès la lecture de son synopsis. Il y a les fans et les détracteur·trice·s de huis clos, mais les deux clans ignorent vraiment ce qui les attend avec ce pot-pourri explosif.

    Un agent immobilier quittant à pied une soirée bien arrosée en son honneur fait une chute dans une bouche d’égout. Étrangement, personne ne semble entendre ses cris, mais lorsqu’il tentera d’appeler à l’aide avec son téléphone cellulaire, sa situation deviendra de plus en plus inquiétante.
    Manhole affiche film

    Si l’on peut reprocher à #Manhole certaines invraisemblances dans son scénario, le mal est moindre compte tenu le nombre incalculable de rebondissements. C’est comme si le scénariste Michitaka Okada allumait une série de bâtons de dynamite qui explosent à tour de rôle alors que la pellicule défile. Nous sommes donc confrontés à un huis clos claustrophobique, mais qui ne devient jamais redondant grâce à ses cabrioles scénaristiques qui construisent une caricature sociale assez juteuse. C’est à travers cette charge critique qu’on crée un suspense efficace qui s’amplifie sans arrêt avant de culminer vers l’horreur.

    Cette explosion de péripéties enlevantes ne gêne guère le cinéaste Kazuyoshi Kumakiri (Hole in the Sky) qui la mène avec beaucoup d’énergie. Filmant cette bouche d’égout sous tous ses angles, l’homme réussit à la rendre énigmatique et anxiogène.

    Presque de tous les plans, et portant l’ensemble sur ses épaules, l’acteur Yûto Nakajima (Pink and Grey) est très dynamique et joue dans le ton voulu par un tel exercice.

    Au final, #Manhole est à prendre comme un solide divertissement, qui assume l’excès de certains développements au profit de gonfler l’amusement.

  • [Critique] T Blockers: la revanche des queers

    [Critique] T Blockers: la revanche des queers

    Lorsqu’on a seulement 17 ans et qu’on livre un long-métrage de la trempe de T Blockers avec à peine six milles dollars, on est nécessairement promis à un avenir brillant. Comme si ce n’était pas suffisant, il s’agit d’un troisième long-métrage pour la jeune cinéaste australienne Alice Maio Mackay (un quatrième est en postproduction et un cinquième horrifique à thématique du temps de Fêtes est déjà en préparation), dont on n’a pas fini d’entendre parler.

    Après un rendez-vous galant qui ne s'est pas déroulé comme prévu, une jeune cinéaste trans découvre que des parasites s'en prennent à certains hommes qui deviennent maintenant violents. En parallèle, un film d'horreur amateur que la réalisatrice regardait semble prédire l'événement. Elle devra, en compagnie de ses ami·e·s, faire le ménage des environs avant qu'il ne soit trop tard.
    T Blockers affiche film

    T Blockers utilise les codes plus légers du film de série B pour traiter des réalités pourtant dramatiques d’un groupe de personnes queers, en particulier celle de Sophie, présentement sous traitement d’hormonothérapie féminisante (d’où le titre, Testosterone blockers). Le ton permet en effet de rigoler à propos du fait que ce parasite engendre une horde de chasers — ces gens qui fétichisent et objectifient le corps des personnes trans — assoiffés de sang, mais il n’en demeure pas moins que les sujets abordés, tels que la transphobie ou la dysphorie, sont profonds et sensibles. En ce sens, le film réussit à trouver le ton parfait entre le divertissement plus léger d’un film d’horreur et celui plus engagé, rempli de revendications politiques et sociales, d’un essai queer.

    La trame horrifique de T Blockers est d’ailleurs relayée au second plan. Moins trash qu’on l’aurait imaginée (on y trouve tout de même quelques régurgitations et autres éclats de sang), la production s’attarde davantage sur ses personnages et il s’agit d’un moindre mal puisque ces derniers s’avèrent plutôt bien développés et intéressants à suivre. En 74 minutes, Alice Maio Mackay parvient à livrer un portrait excessivement touchant avec son personnage de Sophie, interprété avec un naturel presque désarmant par Lauren Last. La distribution, essentiellement trans ou non-binaire (on retrouve également la drag Etcetera Etcetera, vue dans la première saison de Drag Race Down Under), est d’ailleurs fascinante à regarder tellement on semble suivre d’authentiques membres d’une famille choisie gravitant autour de notre héroïne.

    Visuellement, il faut bien sûr se rappeler qu’on se retrouve face à une production archi-indépendante, réalisée avec des moyens risibles. Les images abusent ainsi peut-être d’éclairages néons et manquent parfois de finition, mais le montage bien rythmé et les dialogues, tantôt cinglants, tantôt vibrants, gardent bien accrochés jusqu’à cette finale lumineuse, qui nous laisse sur un grand sourire.

    T Blockers est un feel-good movie sanglant qui redonne la parole aux queers de manière rafraichissante et il nous tarde de découvrir les prochaines frasques d’Alice Maio Mackay.

  • [Fantasia 2023] Raging Grace: la tristesse de voir la grâce sombrer à la dernière minute

    [Fantasia 2023] Raging Grace: la tristesse de voir la grâce sombrer à la dernière minute

    Raging Grace a remporté le prix du Grand Jury du dernier SXSW, et c’était suffisant pour créer certaines attentes chez les spectateur·trice·s suivant l’actualité du cinéma de genre. On parlait d’un suspense matinée d’horreur rempli d’observations sociales.

    Une immigrante philippine prête à tout pour obtenir ses papiers et ceux de sa fille se voit confier la tâche de tenir une maison luxueuse où habitent un vieillard dans le coma en compagnie de sa nièce. Mais lorsque la maîtresse de maison s’absente quelques jours, de terrifiantes révélations sur l’état du vieil homme étendu dans sa chambre se font connaître.

    Ce premier long-métrage du cinéaste Paris Zarcilla, qu’il a également scénarisé, propose une trame où le dialogue entre la politique et l’horreur fourmille de trouvailles. Le scénario questionne intelligemment la situation des immigrés devant faire face à une adaptation. On y observe aussi une hiérarchie des genres, avantageuse pour les hommes. Malheureusement, les péripéties qui surviennent dans le dernier tiers semblent si gonflés et illogiques qu’elles peinent à convaincre. On se surprend à ne pas comprendre les réactions des personnages et certains détails ne résistent pas à un dépouillement plus logique.

    Cette baisse de régime est d’autant plus triste puisque Zarcilla confère tout de même à l’ensemble un climat anxiogène très intense et ce, grâce à sa réalisation efficace. Il retrouve de véritables malaises et questionnements dans Raging Grace, et la mise en scène les scrute avec la candeur d’un passe-partout.

    Dans le premier rôle, l’actrice Max Eigenmann (12 Weeks) est tout simplement parfaite. David Hayman (Macbeth 2015) est aussi très crédible dans le rôle de cet homme paralysé par son état. Son personnage s’avère un brin moins peaufiné que celui de sa partenaire, mais il l’endosse avec assurance.

    Au final, Raging Grace demeure un très bon film, qui a frôlé de peu l’œuvre d’exception qu’on croyait avoir en main.

  • «Les chambres rouges»: à contre-courant du true crime avec Pascal Plante

    «Les chambres rouges»: à contre-courant du true crime avec Pascal Plante

    Préparez-vous, parce que vous allez entendre énormément parler de Les chambres rouges dans les prochains mois.

    Le nouveau thriller du Québécois Pascal Plante (Nadia, Butterfly, Les faux tatouages) a fait un malheur lors de sa première mondiale à Karlovy Vary, et les critiques se sont avérées toutes aussi enthousiastes (lisez la nôtre, dithyrambique) chez nous après son passage à Fantasia, où le film aura finalement récolté les prix pour Meilleur film, Meilleure performance (Juliette Gariépy), Meilleur scénario et Meilleure musique originale — que ça!

    Avant sa sortie en salle, partout au Québec dès le 11 août prochain, Horreur Québec se devait de rencontrer le cinéaste à propos de son film qui s’attarde sur deux fans d’un terrible tueur en série.


    Les Chambres Rouges affiche film

    Horreur Québec: Est-ce que Les chambres rouges a été difficile à vendre aux institutions?

    Pascal Plante: Je ne suis pas ce genre de cinéaste qui va pourfendre les institutions. C’est un peu une mission impossible pour eux d’essayer de faire un portefeuille de cinéma varié, qui va plaire aux 7 à 77 ans, aux plus cinéphiles, au plus grand public, etc.

    Par contre, tout ce qui est difficile à vendre, qui est inhabituel ou synonyme de différent et qui n’est pas comme la recette préapprouvée, il faut que tu le défendes. J’appelle ça du déminage. Par exemple, on a une longue scène de dialogues avec des exposés d’ouverture d’avocats. C’est quinze pages. C’est inhabituel, il faut donc présenter les pourquoi et les raisons.

    Ce faisant, je suis assez surpris que ce film-là soit financé, dans le sens où il est assez bizarroïde. Je le porte comme un badge, je trouve ça drôle, je trouve ça le fun. J’espère qu’ils vont y prendre goût, la SODEC et Téléfilm Canada: une première à Fantasia avec un film OVNI comme ça, avec la réaction des gens. Je pense que ça se sentait dans la salle. Il y avait de l’électricité dans l’air.

    Pascal Plante plateau Les chambres rouges
    Pascal Plante sur le plateau de Les chambres rouges. Crédit photo: Entract Films.

    HQ: On espère d’ailleurs que le film va faire du bruit en salle, justement pour dire à ces gens-là qu’on veut plus de cinéma de genre comme celui-ci.

    PP: Ouais, et que ce n’est pas parce que c’est saugrenu ou un peu «out there» que c’est plus mal. C’est mon premier film de genre qui flirte avec les codes de l’horreur et du thriller, mais je trouve qu’en 2023, pour un cinéaste, c’est tellement le fun de baigner dans ces genres-là parce que tu t’adresses à des publics qui sont aventureux.

    Par exemple, Lamb et A24. Le film était vendu comme «the weirdest sh*t out there». Avec un drame pourtant, on aurait bien trop peur de vendre son côté étrange. Pourtant, à la limite, pour les fans ou les gens qui suivent le cinéma, plus c’est étrange et mieux c’est. Je pense qu’on est dans une sorte d’âge d’or du cinéma de genre parce que c’est le cinéma où les cinéastes peuvent en donner le plus, ils peuvent expérimenter, se planter peut-être, mais être vraiment originaux, être bold, etc. Là où je trouve que le drame ou tous les autres styles sont frileux, dès que tu verses dans le fantastique, l’horreur ou la sci-fi, on peut aller plus loin.

    HQ: En parallèle, tu es toi-même un fan de cinéma. Tu vas régulièrement à Fantasia.

    PP: Ouais. Je dirais que je suis un fan de tout en fait. De la même façon que je suis un fan de musique métal, mais que j’écoute aussi du folk. Je pense que ceux qui consomment du cinéma un peu plus extrême vont aussi consommer de tout, tandis que l’inverse n’est pas nécessairement vrai. Donc oui, je regarde du cinéma de genre. Cela dit, je ne recherche pas ça à toute heure du jour. Quand je sens la recette, ça m’attire moins. J’aime les visions singulières d’auteurs.

    HQ: Qu’est-ce qui t’intéressait particulièrement avec le sujet des groupies de tueurs en série?

    PP: Déjà, je trouve que c’est surprenamment peu vu et exploré comme angle. J’ai regardé beaucoup de true crime, par intérêt personnel, mais surtout pour de la recherche, parce que le true crime, ça finit toujours par se ressembler puis être un peu déprimant à binger.

    À toutes les fois où il y a un petit aparté sur les gens qui s’abreuvent de ça et qui sont fans, moi, je veux voir le film sur eux, c’est trop curieux! C’est parti d’une réelle curiosité. La productrice du film, Dominique Dussault, était au cœur de l’idée brute d’avoir un point de vue de ces fans. L’angle est venu en premier. L’aspect interconnectivité et cybercriminalité est venu en pandémie, à passer beaucoup de temps devant un écran, à regarder plus de films et plus de films d’horreur aussi.

    En pandémie, on dirait qu’on voulait combattre le feu par le feu. Je n’ai jamais regardé autant de films d’horreur. Un bon film d’Argento! J’avais besoin d’horreur communicative et généreuse.

    Juliette Gariépy plateau Les chambres rouges
    Juliette Gariépy sur le plateau de Les chambres rouges. Crédit photo: Entract Films.

    HQ: Donc ton binge-watch de true crime, c’était avant d’avoir l’idée du film où c’était pour te documenter sur sujet?

    PP: L’idée brute du tueur en série de l’angle des groupies, ça fait quand même quelques années. Ça, c’est prépandémie. Entre-temps, moi, j’ai fait mon film d’avant, Nadia, Butterfly, et on l’a terminé vraiment à l’aube du premier confinement. Puis moi, tu sais, moi je fais de bons blues à la fin de mes projets. Quand j’ai un projet, je suis un peu un bulldog, je ne les lâche pas. Du moment que j’approuve le DCP du film, on dirait que j’ai comme un cycle et là, mon cycle dépressif est arrivé exactement avec une pandémie mondiale. C’est un peu explosif. Le true crime est venu un peu en même temps.

    HQ: Est-ce que la violence suggérée du film est une sorte de réponse à la mode des Dahmer et autres trucs Netflix?

    PP: Un peu. Tu sais, en pandémie — ce n’est pas un film pandémique, mais il est né là avec beaucoup d’écrans et peu de social — c’est comme si même le gore ne faisait plus effet. Sauf quelques exceptions, comme par exemple, j’ai vu l’excellent film de Marina de Van, Dans ma peau, je t’avoue que mon état de visionnement était plutôt passif, même si des fois, c’était relativement intense ce que je consommais. En parallèle, j’ai découvert tout le merveilleux monde sur YouTube des creeypy pastas et des podcasts d’horreur. Ça, ça le faisait. Je ne sais pas pourquoi, mais on dirait que c’est comme un retour du balancier, comme si on avait tout vu aujourd’hui. On dirait que je n’ai jamais eu autant la chienne en me faisant raconter ou juste à me mettre dans une ambiance. Le storytelling verbal générait des images horrifiantes dans mon cerveau et, lui, fonctionnait.

    Dès le début, c’était voulu d’être excessivement pudique dans la violence montrée, mais d’être graphique dans le «comment» on décrit tous ces meurtres, dans le but effectivement de générer les images horrifiantes dans la tête des gens. Ce faisant, ce sont des images qui sont peut-être plus difficiles à enlever de notre tête après. J’ai vraiment profondément réfléchi à quels films me hantent et quels films j’oublie ou qui ne se sont pas nécessairement imprimés dans ma rétine. J’ai essayé de toutes mes forces de faire un film qui allait se glisser sous la peau le plus possible. Puis je pense que l’idée de suggérer et de ne pas montrer, c’était une des tactiques utilisées pour se faire.

    HQ: Dans cette optique-là, avais-tu des modèles de thrillers classiques en tête en faisant Les chambres rouges?

    PP: Toute la réflexion psychologique de Michael Haneke, c’est certain que ça me nourrit. Je n’ai pas revisité l’intégralité de ses films, et je ne suis pas non plus allé puiser littéralement, mais je me suis vraiment plutôt rappelé ce que ses films me font sentir. Ou encore un bon Lars von Trier. Ils entrent dans ta tête et prennent un malin plaisir à jouer avec vous.

    Ce sont des virtuoses, on s’entend, mais j’ai vraiment essayé de me remettre en tête ce genre de cinéastes, qui sont très adroits dans la danse qu’ils ont avec la psyché du spectateur. Au niveau plastique, je pourrais en nommer d’autres. Le film a plusieurs phases. Au début on est plutôt mathématique. Par exemple, le plan de grue télescopique dans la salle d’audience, je suis assez content parce que je pense pas avoir emprunté à personne ici. En fait, on voulait imiter le VR, étant donné qu’on est dans la tête d’un personnage ultra-cartésien et calculé. Il y a toute une dimension spectrale aussi autour du personnage, avec une aura un peu hors du temps ou vampirique, donc on voulait une caméra qui flotte un peu comme un spectre.

    La phase avec Clémentine, le moment où l’amitié prend plus le pas, ça, je pense que ça me ressemble. Ça ressemble à mes films d’avant: le choix de cadrages, les prises à l’épaule, les mises en place ouvrantes, un peu dépouillées. Après c’est la phase plus paranoïaque, c’est là où je pense que j’ai emprunté un peu plus. Il y a du Żuławski là-dedans. Il y a du Abel Ferrara un peu, dans les éclairages surtout. Vers la fin, on sort les films de maisons hantées. On est plus dans le rétro, mais encore là c’est très bizarroïde. Les gros rouges d’éclairages, on beurre dans la giallo. Je pense que le film redevient le genre de bibitte unique. C’est un peu étrange que le film des vingt premières minutes puis le film de la fin soient le même film, mais je pense que le chemin pour s’y rendre a été plutôt cohérent. En fait, j’ose espérer.

    Laurie Babin Juliette Gariépy Les chambres rouges
    Laurie Babin et Juliette Gariépy. Crédit photo: Entract Films.

    HQ: C’est intéressant de noter que techniquement, il y a vraiment une certaine coupure ou différence avec tes deux premiers films, mais le but est quand même d’essayer de capter une certaine réalité, presque documentaire.

    PP: Ouais. Sans dire nécessairement documentaire, c’est souvent documenté. C’est là où vraiment le travail des consultants prend place. J’ai même demandé à un avocat de me faire un faux exposé d’ouverture, puis j’ai littéralement volé des trucs de dialogue, de comment les avocats parlent.

    On a passé les années où le cinéma pouvait tourner les coins ronds. Ce n’est pas parce que ce sont des fictions qu’il faut se dédouaner du fait qu’on peut avoir une bonne responsabilité envers les milieux ou les gens qu’on dépeint.

    HQ: Je voulais absolument parler des performances d’actrices qui sont incroyables dans Les chambres rouges. Quelle direction leur donnais-tu pendant, ou peut-être même avant le tournage?

    PP: Direction, je trouve ça un peu autoritaire comme choix de mot. Je me plais plus à créer un climat où elles sont vraiment à l’aise, où elles peuvent être créatives aussi. Quand je choisis quelqu’un pour un rôle, je ne veux pas qu’il devienne le prolongement de mon idée à moi. Je les choisis pour leur cerveau, leur créativité pour ce qu’ils vont apporter au film. Avant le tournage, je ne leur bourre jamais le crâne. S’ils m’amènent un angle que je n’avais pas soupçonné, ça peut devenir meilleur que si je leur avais dit de jouer d’une façon précise.

    Sinon, je leur ai quand même donné des playlists de musique, j’ai prêté un livre, j’ai recommandé un tutoriel YouTube sur les courbes de marché, sur la crypto, etc. Juliette [Gariépy] a aussi appris le squash. Il y avait une vraie préparation physique. Mais moi, je ne m’interférais pas trop là-dedans quand même. Je leur donnais juste plein d’outils, soyez inspirés par tout ça et on se revoit au jour J.

    HQ: Je voulais aussi aborder aussi la dualité entre le côté techno et médiéval du personnage de Kelly-Anne. Pourquoi c’était important d’avoir ces deux mondes en elle?

    PP: La réponse courte et simple, c’est que sur papier, je ne voulais vraiment pas faire la Lisbeth Salander québécoise 2.0. C’était trop facile et je voulais vraiment aller ailleurs.

    Puis avec Juliette, plus on parlait du personnage, plus on parlait d’elle quasiment comme une sorcière. Je trouvais vraiment que c’est un terreau intéressant à explorer. Comme on ne dévoile rien sur son passé, tout à coup, son cube de verre, son appartement, devient un très bel endroit pour apprendre à la connaître sans alourdir le récit. Pour son pseudonyme, par exemple, j’ai commencé à geeker un peu sur les poèmes médiévaux et la mythologie arthurienne et je suis tombé sur The Lady of Shalott et c’était parfait. On parle d’une femme qui vivait seule dans une tour, qui voyait le monde à travers un miroir et qui est tombé amoureuse de Lancelot, un chevalier — déjà «chevalier», il y a un lien avec le choix du nom du tueur. Bref, je trouvais qu’il avait comme une métaphore vraiment intéressante avec ça.

    Puis il fallait rester sur une belle ligne sans tomber dans le kitsch. J’ai été beaucoup inspiré par le travail d’une photographe qui s’appelle Julia Margaret Cameron, comme par exemple sa photo La Guenièvre sur Alice Liddell, qui a inspiré Alice in Wonderland. Bref, je me suis vraiment amusé à geeker sur Wikipédia. Je voulais me mettre dans la tête de Kelly-Anne, qui est ultra geek. Puis on se dissociait du côté hacker urbain. Le hacking, c’est un peu comme de la sorcellerie moderne.

    Juliette Gariépy Les chambres rouges
    Juliette Gariépy. Crédit photo: Entract Films.

    HQ: Ton prochain film sera un film d’horreur folklorique?

    PP: Un peu, oui! Horreur-ish

    HQ: D’ailleurs, est-ce que les étiquettes sont importantes pour toi? Si je te dis que Les chambres rouges est un film d’horreur, tu réponds quoi?

    PP: Film d’horreur, on dirait que ça vient avec des responsabilités, puis des a priori. J’ai peur que si les gens le voient trop comme un film d’horreur pur et dur, ils puissent trouver la première heure un peu longue. L’étiquette vient avec une certaine pression et pour me dédouaner de ça ou pour l’atténuer, on a plutôt mis ça sous l’ombrelle un peu fourre-tout de thriller et suspense psychologique. Mais on s’est demandés si on assumait carrément qu’il s’agit d’un cyberthriller. Et est-ce qu’on aborde l’aspect drame judiciaire? À un moment donné, ce n’est plus possible. C’est un drame judiciaire cyberthriller d’horreur… Il faut se brancher. Mais c’est vrai que c’est tout ça aussi.

    La plupart des films que j’aime ne sont pas ceux où il y a une étiquette simple et facile. Si je te nomme The Innocents, c’est un film de fantômes et c’est un film sur la solitude. C’est toujours un film sur plein de choses et c’est ça qui les rend si riches. Rosemary’s Baby, un de mes films d’horreur préférés, parle de dynamique de pouvoir dans le couple, d’appât du gain, de maternité, etc….

    HQ: Donc, le prochain film?

    PP: C’est un récit de survie humaniste féministe. C’est l’histoire du premier contingent de Filles du roi. C’est coscénarisé avec Dominique Dussault. Au fil des recherches, on s’est rendus compte que le premier voyage en 1663, les premières Filles du roi envoyées par bateau de France vers la Nouvelle-France, a été un voyage un peu maudit. La traversée devait durer 40 jours et en a duré 111! La moitié des gens sur le bateau sont morts, donc de là un peu le côté horreur folklorique. C’est un récit de survie dans une cale de bateau avec un côté très «sororité» en compagnie des Filles. Les gens meurent de scorbut… C’est un film qui va être très sombre et très sale aussi. Il n’y a pas de fantastique à proprement parler, mais je pense que l’horreur vient de l’aspect survie trash.

    HQ: Vous avez un titre?

    PP: À date, on l’appelle juste Filles du roi. Les titres, c’est soit la première affaire qui est là qui va rester jusqu’à la fin, ou c’est le truc qu’on change quarante fois.

    HQ: On va pouvoir le voir quand?

    PP: Ah, ah! Ça, ça dépend des aléas du financement et tout. En pandémie, on a pris un peu d’avance justement. Le bon côté, s’il y avait un bon côté, c’est que j’étais à la maison groundé à écrire avec moins de distraction. En deux ans j’ai pu faire deux scénarios. Je dirais au plus tôt 2025, réalistement en 2026.


    En attendant plus de nouvelles sur ce prochain film, on vous incite fortement à découvrir Les chambres rouges, en salle le 11 août prochain.

  • [Fantasia 2023] Where the Devil Roams : les liens familiaux démembrés et décousus

    [Fantasia 2023] Where the Devil Roams : les liens familiaux démembrés et décousus

    Chez Fantasia, la famille Adams (avec un «d») n’a plus besoin de présentations. En 2019, le trio a pris les festivaliers par surprise avec son premier long-métrage The Deeper You Dig, où une voyante tente de retrouver sa fille mystérieusement disparue. En 2021, ils récidivaient avec Hellbender, une autre relation mère-fille occulte bien fouillée. Cette année, avec Where the Devil Roams, les cinéastes explorent une nouvelle incursion au sein d’une famille dysfonctionnelle qui se développe cette fois de manière beaucoup moins linéaire.

    Le film suit une famille de forains qui déambule à travers les États-Unis durant la Grande Dépression. Alors que ses parents laissent une traînée de cadavres derrière eux, la jeune Eve (Zelda Adams) est témoin d'une performance macabre et inexplicable au sein du cirque qui piquera grandement sa curiosité.
    Where the Devil Roams affiche film

    Where the Devil Roams s’ouvre sur la narration d’un long psaume cryptique à propos de l’ange exterminateur Abaddon, une scène qui donne résolument le ton au reste du film. C’est pourtant ce qu’on aime des films des Adams: une approche artisanale et personnelle, qui puise à même les références ésotériques de la famille. Il faut admettre que les cinéastes ont un certain flair pour concocter des images ingénieuses avec presque rien, en marge du cinéma d’horreur hollywoodien. Pourtant, cette nouvelle proposition paraît plus brouillonne et difficile à décoder.

    Ce troisième film s’articule autour d’un concept bien macabre, mais qui peine à justifier un long-métrage complet. La réalisation morcelée de scènes visuellement disparates n’arrive pas à nous glisser dans l’univers de ces forains, pas plus qu’elle ne parvient à nous transporter à l’époque. Le résultat demeure anecdotique, anachronique et confus, et on peine à comprendre si l’effet était désiré ou non. Pendant ce temps, on cherche ces 80 personnages que le programme du festival nous promettait tellement la distribution, bien qu’ici maintenant plus importante, reste plutôt menue.

    On peut émettre le même commentaire à propos de la musique des H6LLB6ND6R, le groupe iconique de la famille Adams qui signe encore une fois la trame sonore. Les compositions punk rock sont toujours aussi éclatantes, mais se greffent mal à l’ambiance des années 1930 qu’on tentait pourtant de dépeindre. Les cinéastes offrent tout de même quelques trouvailles mémorables au niveau des effets sanglants et autres prothèses de membres arrachés qui ne manquent pas, en dépit de pouvoir offrir une véritable ambiance effrayante ou même mystérieuse.

    Where the Devil Roams se ressent au final davantage comme un collage expérimental et poétique difficilement abouti qu’une véritable évolution du cinéma des Adams. Certaines scènes semblent manquer au montage, et les effets sonores paraissent souvent négligés. On pourra au moins se rabattre sur le fait que la production ne ressemble à aucune autre… sauf peut-être leurs précédentes.