Category: Fantasia 2023

Consultez nos critiques, entrevues et suggestions de cette 27e édition du Festival international de films Fantasia.

  • [Fantasia 2023] Devils: valser avec le diable a rarement été aussi savoureux

    [Fantasia 2023] Devils: valser avec le diable a rarement été aussi savoureux

    Chaque année, le cinéma de genre sud-coréen nous apporte un lot de films qui deviennent des classiques instantanés. Devils est ce genre de bonbon qu’on savoure aux premiers instants sans se douter que les différentes couches auront tout autant de goût.

    Suite à un accident, un inspecteur prêt à tout pour arrêter un tueur en série se réveille subitement dans le corps du psychopathe. Il comprendra rapidement que le sadique est dorénavant dans son corps à lui.
    devils affiche film

    Lorsque le générique de fin défile devant nos yeux, on peine à croire que Devils soit la première réalisation de Kim Jae-hoon, qui signe aussi le scénario. Conscient que les cinéphiles tisseront un parallèle entre son synopsis et la trame du dorénavant classique Face/Off de John Woo, le nouveau venu a l’habilité de jouer avec son public comme un chat avec une souris. Rempli de pirouettes scénaristiques surprenantes, Devils offre également de grands moments de suspense et présente des scènes d’action vigoureuses.

    La réalisation minutieuse à souhait convoque tous les ingrédients filmiques possibles pour nous offrir un film d’action sans temps morts des plus divertissants. Le cinéaste est forcément un virtuose à suivre dans le futur. Ce premier long-métrage démontre une maturité et une connaissance du langage filmique non négligeable.

    Le duo d’acteurs Oh Dae-hwan (Deliver Us From Evil) et Jang Dong-yoon (Project Wolf Hunting) font tous deux preuve d’un grand charisme.

    Au final, Devils est un film brillant qu’il est impossible de ne pas aimer. Parions qu’on en parlera encore dans plusieurs années.

  • Stéphan Castang jongle avec les genres dans «Vincent doit mourir» [Fantasia 2023]

    Stéphan Castang jongle avec les genres dans «Vincent doit mourir» [Fantasia 2023]

    En mai dernier, Vincent doit mourir s’est tissé une très forte réputation lors de sa sélection à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes.

    Le film raconte la descente aux enfers d’un homme qui voit subitement chaque individu croisant son regard se transformer en violent meurtrier désirant l’éliminer.

    Le cinéaste français Stéphan Castang était récemment de passage à Fantasia, et Horreur Québec voulait absolument lui parler à propos de son film qui mélange habilement les genres.


    Horreur Québec: Le scénario de Vincent doit mourir est complètement déjanté, et je me demandais ce qui vous a attiré le plus en le lisant?

    Stéphan Castang: C’était le concept que je trouvais très intelligent. Le regard peut évoquer plein de choses, en commençant par la cour de récréation où un enfant va demander à un autre pourquoi il le regarde de travers ou au connard qui s’énerve après s’être fait doubler par une voiture. Ça apportait quelque chose qui me permettait de parler de cette folie de la violence, sans psychologie ou si vous voulez, sans expliquer. Je trouvais le scénario assez inspirant, car il y avait de la place pour que je puisse m’en emparer. J’aimais cette idée de mélange des genres.

    HQ: Pensez-vous que les gens ont peur à ce point-là de regarder les autres dans les yeux dans le monde d’aujourd’hui?

    SC: Un peu, mais ça marche aussi dans les deux sens. Il ne faut pas rester aveugle de sa propre violence. Vincent est neutre au début et il se fait déplacer à tous les niveaux. Il doit quitter son emploi et travailler de la maison, et ensuite son père lui a enlevé sa chambre. Il va rencontrer un clochard qui va l’aider, alors qu’il ne lui aurait probablement jamais parlé auparavant. C’est aussi le cas de Margot qu’il voit comme une femme en détresse.

    HQ: Impossible de ne pas penser aux thrillers des années 1970 en regardant votre film, mais il aborde des thèmes très modernes. Même si le scénario a été écrit avant la COVID, je présume, on y parle de confinement. Difficile aussi de ne pas faire de liens avec la guerre en Ukraine.

    SC: Il y a beaucoup d’inspiration des thrillers des années 1970 comme vous le dites, mais l’actualité colle au film. J’ai eu le projet en main avant la COVID et quand on a retravaillé le scénario, on essayait de ne pas s’inspirer de l’actualité. Mais depuis que l’homme est homme, il manifeste le goût de se battre. Le miracle de la violence, c’est les temps de paix.

    HQ: Au sein du même film, vous passez du film d’horreur apocalyptique au film d’amour, au road movie, et j’en passe. J’ai apprécié le fait que lorsque le long-métrage bifurque d’un genre à l’autre, il n’y a aucune baisse de régime. Mais ça devait être tout un défi tout de même?

    SC: Mon but ultime était de trouver la tonalité de chaque genre.

    HQ: De quels cinéastes vous êtes-vous inspiré pour trouver ces tonalités?

    SC: Romero, bien sûr, mais aussi Carpenter, Godard et Buñuel. Je voulais que ma première soit comme un rêve à la Buñuel.

    HQ: Je suis vraiment étonné de ne pas entendre Clouzot dans vos références, puisque la scène de combat dans la fosse septique me semblait un hommage direct à son film Le Salaire de la peur.

    SC: C’est marrant parce que je n’y ai pas pensé, mais maintenant que vous le dites… Si j’avais voulu demander à mes techniciens de reproduire la scène de Clouzot, on n’aurait pas pu faire plus pareil.

    HQ: Vous livrez un film de genre et vous êtes sélectionné par la Semaine de la Critique à Cannes. Avez-vous été surpris?

    SC: J’ai été surpris, mais c’est bien de l’être. Mais c’est un projet pour lequel je ne me suis mis aucune pression. Être choisi à la Semaine, ça a été formidable et j’avais un trac du tonnerre avant la projection.

    HQ: On a l’impression en Amérique que le cinéma d’horreur n’est jamais pris au sérieux. Il sert à sortir des studios de la ruine avec de faibles mises de fonds, mais ce n’est jamais des produits reconnus pour leurs qualités. En Europe, les choses semblent un peu mieux.

    SC: Les détracteurs et les amateurs font presque partie de sectes. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose qui se passe en Europe. On met moins de hiérarchie entre les films qu’avant. Ma cinéphilie inclut Larry Cohen et Robert Bresson. C’est un vrai danger de rendre pur le cinéma de genre en lui donnant une étiquette. C’est la même chose avec le cinéma d’auteur.


    Nous souhaitons la meilleure des chances à Vincent doit mourir, qui débute à peine son circuit dans les festivals, et nous espérons que son cinéaste nous reviendra bientôt avec une autre perle.

  • [Fantasia 2023] Booger: un chat dans la gorge

    [Fantasia 2023] Booger: un chat dans la gorge

    Les chats ont la cote à Fantasia, et le premier long-métrage indépendant de Mary Dauterman Booger devrait intéresser les chatons qui se font entendre avant chaque début de projections. Présentée en première mondiale dans la sélection Underground du festival, la comédie légèrement horrifique propose une sympathique réflexion sur le deuil.

    L'amie et colocataire d'Anna (Grace Glowicki) est décédée, et voilà que son chat manque à l'appel. Pourtant, la morsure que le félin lui a procurée juste avant sa disparition semble maintenant transformer la jeune femme, qui se lance dans une quête pour retrouver l'animal. 
    Booger affiche film

    Booger se situe quelque part entre le Sleepwalkers de Mick Garris et la comédie musicale Cats. Si le film n’est pas destiné à faire peur, il se sert néanmoins de quelques codes du genre pour traiter du deuil de manière plutôt originale à travers la transformation de son personnage, typique des histoires de superhéros.

    Pourtant, la proposition vient rapidement au bout de ses idées et s’avère un peu longuette, malgré ses 78 minutes. Le scénario, également écrit par Dauterman, focalise trop longtemps sur les mutations physiques d’Anna — fourrure étrange, boules de poils, etc. — souvent destinées à repousser le public. Le résultat s’avère ainsi plus répétitif qu’introspectif.

    C’est toutefois dans ses scènes surréalistes que Booger est à son plus fort. Le réalisation trouve en effet des visuels assez ingénieux pour représenter l’état d’esprit de son personnage à travers décors et éclairages décalés, qui procure énormément de personnalité à l’ensemble.

    Malgré tout l’aspect sympathique de la production, on ne peut s’empêcher de penser que Booger aurait mieux fonctionné en format court-métrage. Dauterman demeure néanmoins une cinéaste qu’on aura envie à surveiller dans le futur.

  • [Fantasia 2023] The Becomers: du point de vue des aliens

    [Fantasia 2023] The Becomers: du point de vue des aliens

    Le genre du film d’invasion extraterrestre est difficile à renouveler tant il prend ses racines dans les débuts du cinéma. On a souvent l’impression que tout a été fait. La clef dans ces circonstances est peut-être de ne pas viser l’originalité dans sa trame, mais plutôt dans son ton. C’est sur ce point que brille The Becomers de Zach Clark présenté à Fantasia cet été.

    Un.e alien arrive sur terre en s'appropriant un corps. Après avoir retrouvé son amoureux.se, iel tente de faire sa vie dans l'Amérique de 2023.

    Ce n’est pas nouveau que les films de possession de corps servent d’allégorie pour parler d’enjeux sociaux. Si les films comme Invasion of the Body Snatchers pouvaient traiter de sujets comme la paranoïa envers le communisme, le film de Clark fait le choix d’utiliser le point de vue de l’extraterrestre pour parler de la peur de la masse quand on se sent exclu. Autrement dit, l’extraterrestre qui change de genre à plusieurs reprises est ici une métaphore des communautés LGBTQ+.

    En s’arrêtant à cette description, on pourrait croire que le film est un genre de drame psychologique pour nous faire réfléchir à la société, mais ce n’est pas du tout le cas. On a bien affaire à une comédie et c’est ce qui fait toute sa beauté. Jonglant entre moments de suspense, gags absurdes et scènes horrifiques, le scénario réussit à faire passer son message en finesse sans trop appuyer.

    Pour certaines personnes, ce changement de ton constant pourrait être un irritant, tout comme les blagues parfois ratées, mais dans l’ensemble tout se tient très bien. En fait, le changement de visages constant des protagonistes ne nuit pas à l’immersion et, au contraire, permet de constamment relancer l’intrigue vers de nouvelles pistes. Bref, une belle petite pépite.

  • [Fantasia 2023] Talk to Me: frissons garantis ou argent remis*

    [Fantasia 2023] Talk to Me: frissons garantis ou argent remis*

    AVERTISSEMENT: vous n’êtes pas prêts pour Talk to Me (Parle-moi). Oh que non, les ami·e·s.

    Depuis sa première mondiale en janvier dans le cadre du prestigieux festival Sundance, Talk to Me est sur toutes les bouches, se méritant des notes quasi parfaites jusqu’à présent. Si le hype est réel, on avouera d’emblée qu’il est pleinement mérité. Juste avant sa sortie en salle ce vendredi 28 juillet, ses réalisateurs, les frangins australiens Michael et Danny Philippou, sont passés par Montréal afin de présenter leur film en première canadienne à la légendaire foule du festival Fantasia — qui ne nous a pas fait honte, vous pouvez être rassurés.

    Il faut savoir que c’est le tout premier long métrage des Philippou (qui avaient bossé dans l’équipe technique de The Babadook), qui sont principalement connus sur YouTube. Depuis 2013, la paire a publié bon nombre de fort populaires courts humoristiques sur leur chaîne RackaRacka. C’est d’autant plus surprenant que Talk to Me ait été produit sans compromis aucun, sans l’interférence des studios, pour ensuite être distribué par A24 qui ont sauté dessus après l’avoir vu à Salt Lake City en janvier dernier. Notez que le film est distribué au Canada par VVS Films. Ça raconte quoi (sans divulgâcheur, bien évidemment)?

    À l’aide d’un mystérieux artefact, une bande d’amis en quête de sensations fortes réussit à convoquer momentanément non pas des démons — comme dans Hellraiser — mais plutôt les esprits de gens décédés. Le tout s’effectuant au grand plaisir des témoins hilares de ces toujours surprenantes possessions. Rapidement, ces brèves et exaltantes expériences (découlant d’un rituel impliquant la blanchâtre statue d’une main crayonnée, façon plâtre d’estropié) créent une dépendance au sein du cercle d’amis, tels des stupéfiants ou autres psychotropes. Jusqu’à ce qu’une des invocations ne se déroule pas — mais alors pas du tout — comme prévu. Nos protagonistes regretteront amèrement de n’avoir pas cru ce vieil adage voulant qu’on fasse mieux de laisser les esprits reposer en paix.

    Toute une gifle!

    Talk To Me affiche film

    Ça faisait bien longtemps qu’un film d’horreur ne nous avait pas foutu une si belle raclée. Du coup, on se gardera d’en dévoiler plus de la prémisse, afin de vous laisser découvrir la finesse de son scénario dépourvu de clichés. La bande-annonce lassait présager une énième histoire de possession style Evil Dead, ou encore de spiritisme à la Ouija. À mille lieues de là, on n’est pas non plus dans l’hommage ou la citation (à part peut-être ce plan rappelant une séquence chère au maître du suspense), bien qu’on puisse aisément deviner que les gars sont des cinéphiles avertis.

    Ils ont clairement vu nos films favoris, autant les classiques d’antan que les contemporains. Vous savez ceux qui savent évoquer autant que choquer, dotés d’une poésie macabre que seuls d’authentiques auteurs peuvent imaginer. On parle d’œuvres cultes, de Candyman à Get Out et It Follows, en passant par les toujours aussi terrifiants The Shining et The Exorcist, entre autres.

    On comprend aussi, et ce, plutôt rapidement, ce qui a pu séduire les bonnes gens de chez A24, la compagnie derrière des œuvres horrifiques aussi percutantes que singulières telles que Under the Skin, Men, Saint Maud, Green Room et autres Hereditary. Ils sont constamment à la recherche de nouveaux talents, de nouvelles voix, d’idées fraîches. Pas de redite, ni rien d’usé. Qui plus est, le style et surtout l’approche des frangins sont ultramodernes, soulignant au passage qu’aujourd’hui, les (jeunes) gens n’existant que dans le regard de l’autre sont hélas pluriel·le·s.

    Stupeur et frissonnements

    Ici, on maitrise l’effroi, le dégoût et la surprise pour terrifier, troubler ou estomaquer le public, qui plus est, dès les toutes premières minutes. Avant même qu’apparaisse le titre, on se surprend à ramasser une première fois notre mâchoire sur le plancher, les yeux écarquillés. Et ce ne sera pas la dernière. La violence est frontale (et fait très mal), et les apparitions sont aussi cauchemardesques que repoussantes. Non, on n’y est pas allé de main morte (‘scusez-la). Or, fort heureusement, on utilise les effets chocs avec parcimonie, afin de maximiser l’impact de certaines scènes clés, avant que le tout parte en vrille, nous choquant solidement et à maintes reprises. Mentionner que le long métrage a été mené de main de maitre par le duo australien relèverait autant de l’euphémisme que du calembour le plus facile, hein?

    Talk To Me affiche film

    Or, tout cela serait caduc et oubliable sans une distribution béton (et diversifiée). En tête, la formidable Sophie Wilde (The Portable Door) incarne Mia, une ado troublée qui va en baver. D’un bout à l’autre, on a droit à de touchantes et troublantes performances, alors que sont abordés des thèmes tout sauf légers. En vrac, il est subtilement question d’enjeux de santé mentale, de deuil et de l’éclatement de la cellule familiale dans ce récit centré autour des rites initiatiques et de la soif d’interdit. Les Philippou ont su encapsuler fort habilement l’adolescence post-Jackass et ultraconnectée, où tout est possible dès qu’on est mis au défi et qu’une caméra se met à tourner.

    Attiré par la possession, on y reste pour l’émotion, qui est légion. Impossible de trouver un défaut au film, ni de faire fi de ce qu’on y a vu: cette intense en envoûtante histoire de hantise restera à jamais buriné sur notre rétine. Ajoutez à tout ça de solides effets pratiques (on les en remercie!) et vous obtiendrez une petite idée de ce qui vous attend si vous décidez de laisser entrer dans votre psyché ce nouveau film culte qu’est Talk to Me.

    ***

    P.S.: Du coup, on vous met au défi d’aller le voir en salle (C’EST UN ORDRE!) et de ne pas le trouver foutrement efficace.

    *NDLR: Horreur Québec ne s’engage absolument pas à rembourser quiconque n’ayant pas adoré Talk to Me, même si votre scribe va quand même vous juger un tout petit peu (on rigole, tout le monde a droit à son opinion!).

    Voyez également notre entrevue avec les réalisateurs Michael et Danny Philippou.

  • Charles Band ressuscite «The Primevals» et rend hommage aux effets spéciaux pratiques [Fantasia 2023]

    Charles Band ressuscite «The Primevals» et rend hommage aux effets spéciaux pratiques [Fantasia 2023]

    Le producteur, réalisateur et scénariste Charles Band est bien connu par la plupart des fanatiques d’horreur ayant grandi dans les années 1990, époque où sa compagnie Full Moon était en pleine effervescence dans l’art de produire et de distribuer des films directement en vidéo. Avec des films comme Puppet Master, Subspecies, ou Demonic Toys, Band avait alors compris que pour le cinéma indépendant, produire des longs-métrages exclusivement pour les visionnements à domicile pouvait être très rentable.

    Il était récemment de passage à Fantasia pour nous présenter le film The Primevals, à propos d’un groupe de chercheurs sur les traces de Yétis, ainsi que pour offrir une classe de maître. Horreur Québec est allé à sa rencontre pour en apprendre plus sur le film et son parcours.


    The Primevals affiche film

    Horreur Québec: Chaque fan qui a moindrement suivi Full Moon sait qui était David Allen, mais pour vous qui êtes ici pour lui rendre hommage, qui était-il?

    Charles Band: C’était un très grand artiste passionné, un expert dans les effets spéciaux. Il était si concentré et avait un grand focus sur son travail. Il le fallait en même temps, car les animations comme il produisait nécessitaient des jours et des jours de travail. Il était très patient. C’était un personnage merveilleux qu’on aimait voir aller.

    HQ: Vous avez présenté des dizaines de films dans des dizaines de festivals, mais de nous présenter le film qu’il n’a pas eu le temps de terminer, complété par un ami. Ça veut certainement dire plus pour vous qu’une première habituelle?

    CB: J’ai rencontré David en 1977 et je l’ai convaincu de faire un film pour moi qui s’appelle Laserblast, et il a accepté. Il était très bon et était l’un des protégés de Ray Harryhausen. Il faisait des commerciaux télé également. Il a créé une version du petit bonhomme Pillsbury. Il est en numérique maintenant, mais à l’époque il était animé avec du stop motion. Il a donc fait les effets de Laserblast pour un très bon prix, mais m’a remis un scénario en me disant: «Charlie, voici ma passion, et si un jour tu as les moyens de le faire, ça serait super». J’ai donc voulu savoir ce que son scénario impliquait. Il faut comprendre que je tournais des films en deux semaines, avec des budgets dérisoires. Il m’a dit qu’il aurait besoin de dix à douze semaines de tournage et d’une mise de fonds de quelques millions de dollars. Je lui ai répondu que je ne pouvais pas, mais que ce serait peut-être possible un jour. Il a fait beaucoup d’animations pour moi dans les années qui ont suivi. À chaque nouveau projet, il me répétait: «Charlie, quand allons-nous faire The Primevals?».

    Finalement, en 1993, les choses allaient bien pour moi, car Paramount me distribuait. J’ai donc décidé de me lancer dans son film. On a tourné le film, et nous avions prévu deux ans pour faire les effets animés. Après la première année, David est mort du cancer. En même temps, la bonne fortune de mon entreprise s’est mise à descendre en chute libre. On a tout mis dans des boîtes. Il y a cinq ans, Chris Endicott s’est monté une petite équipe et ils ont complété les effets. Les gens verront le résultat ce soir, alors c’est très important pour moi.

    The Primevals affiche film

    HQ: En voyant le film, j’ai été impressionné de voir à quel point des trucages tenaient la route. À une époque où les effets numériques dominent le marché, qu’est-ce l’animation dimensionnelle peut apporter de plus, selon vous?

    CB: Je n’ai jamais été un fan des effets numériques. Le numérique peut être un bon outil si on veut, par exemple, effacer les fils des pantins. Cela dit, pour moi, même les bons films qui carburent au numérique ont ce côté factice qui m’agace. Les effets d’animation en stop motion sont réalisés de manière pratique. On bouge réellement les marionnettes pour créer le mouvement. On ressent que quelque chose a été réellement filmé. Tourner dans un film rempli de numérique veut souvent dire pour un acteur de jouer devant des écrans verts. Je crois qu’il y a souvent une différence avec l’interaction. Par exemple, dans le film Dolls, mes acteurs ont joué en voyant les poupées.

    HQ: Avant tout le monde, vous aviez compris que les films d’horreur pourraient faire des jeux vidéo formidables et avant n’importe qui, vous aviez aussi compris l’importance qu’allait prendre le cinéma vu à la maison. Selon vous, maintenant et dans les prochaines années, qu’est-ce qui attend le cinéma d’horreur?

    CB: Je fais le même genre de films depuis 50 ans. Ce qui change c’est le média. On avait le 35 mm qui a eu la cote, ensuite ce fut la VHS, le DVD et le Blu-ray. Maintenant, les clubs vidéo sont tous fermés. Les créateurs commencent à retrouver un certain public avec le streaming. Je crois qu’un bon film avec une bonne histoire et de bons personnages trouvera son public, malgré le média.

    Aujourd’hui les films sont trop axés sur les effets spéciaux et pas assez sur les humains qui les vivent à l’écran. J’avoue que j’aimerais que l’industrie évolue et change aussi la longueur des films. S’assoir durant 2h30 ou 3h dans un cinéma, ce n’est pas adéquat pour tous les types de longs-métrages. Pour Lawrence of Arabia, je comprends qu’on ait des choses à dire, mais pour une histoire de science-fiction, c’est un peu forcé. Le premier King Kong durait moins de 90 minutes.

    The Primevals image film

    HQ: Maintenant, je dois vous poser la question que nos lecteur·trice·s voudraient que je vous pose. Avez-vous des plans pour un nouveau Puppet Master ou un nouveau Subspecies?

    CB: Le dernier Subspecies a pris 26 ans avant d’être fait. Il est sorti il y a quelques semaines. Nous sommes allés en Serbie et avons ramené Radu, notre vampire célèbre. C’était un gros effort pour la franchise Subspecies. Y en aura-t-il un autre? Nous verrons.

    Pour Puppet Master, je vais certainement en produire d’autres. On dirait qu’il en faut un à tous les deux ans. J’aimerais, cependant, essayer quelque chose de différent. Je ne sais pas encore si nous ferons des suites à Blade et Doktor Death, mais je vous avoue que j’ai toujours espéré faire un film sur la Leech Woman, car je trouve que c’est un personnage fantastique.


    Nous souhaitons beaucoup de succès à The Primevals, que Fantasia présentait en première mondiale, et espérons revoir très bientôt les petits pantins diaboliques que Band nous a appris à connaître au fil des décennies.

  • [Fantasia 2023] Lovely, Dark, and Deep: se perdre dans les bois

    [Fantasia 2023] Lovely, Dark, and Deep: se perdre dans les bois

    Présenté en première mondiale à Fantasia, Lovely, Dark, and Deep de Teresa Sutherland, scénariste de The Wind en 2018, est un hymne à la beauté et les dangers de la forêt.

    Lennon est une garde-forestière qui vient d'obtenir un poste qu'elle attend depuis longtemps. Ce poste l'amène au fin fond isolé d'un parc national. Après s'être installée avec le strict minimum dans son campement, la femme commence une mission qui lui est chère: retrouver sa sœur disparue sur les lieux il y a plus de douze ans. Peu à peu, elle découvre que la forêt est plus dangereuse et mystérieuse qu'elle s'était imaginée.
    Lovely Dark and Deep affiche film

    Mettant en vedette Georgina Campbell (vue dans l’incroyable Barbarian), Lovely, Dark, and Deep propose une prémisse intéressante. Nous avons tous déjà écouté un balado, une vidéo YouTube, un documentaire ou bien lu un livre (la très intéressante série des Missing 411 de David Paulides) sur les disparitions étranges dans les parcs nationaux aux États-Unis. Pour expliquer ces mystères jamais vraiment élucidés, plusieurs hypothèses ont été formulées: extraterrestres, bigfoots, sociétés secrètes, etc. … Sutherland plonge ici dans le sujet à pieds joints et tente d’apporter une réponse à l’énigme.

    La première moitié de film est quasi sans faute. La forêt n’a jamais été aussi belle. On se sent tout petit et impressionné devant l’immensité du parc national dans lequel Lennon travaille, où chaque arbre semble cacher une créature malveillante et cauchemardesque.

    Lennon débute ses excursions avec sa tente et son matériel de travail. Durant ses courtes expéditions, elle cherche des traces de sa soeur et le soir venu, établi un campement. C’est là que certains événements étranges et angoissants surviennent: bruits inquiétants, ombres oppressantes, des feuillages qui bougent au loin… La forêt et ses mystères prennent en effet une toute autre apparence le soir, éclairés par une petite lampe de poche. De quoi nous faire oublier bien vite les paysages bucoliques de la journée.

    Cette première partie présente avec brio des personnages intéressants, une ambiance à couper au couteau et le tout est réalisé avec une maîtrise impressionnante. L’angoisse est amenée avec beaucoup d’originalité, et les balades paisibles de Lennon deviennent vite source d’anxiété. L’ambiance sonore de Shida Shahabi est merveilleuse et digne des plus grands albums de dark ambient.

    Si la première partie de Lovely, Dark, and Deep est excellente, la deuxième s’avère répétitive, sans grande originalité et pire, peu efficace au niveau des moments d’horreur qui fonctionnaient pourtant si bien jusqu’ici. La solution proposée par le film pour expliquer ces disparitions arrive trop tard et a l’effet d’un pétard mouillé. Sutherland, qui réalise, mais signe aussi le scénario, aurait pu travailler un peu plus ce dénouement, qui nous apparait brouillon et peu approfondi.

    Lors d’une entrevue après la projection, la cinéaste disait adorer les jeux vidéos d’horreur et on en sent bien l’inspiration, pour le meilleur comme pour le pire. Durant cette seconde moitié, on a un peu l’impression de se retrouver dans un mauvais jeu d’horreur ou un train fantôme en compagnie de Lennon, allant d’un moment de peur à un autre sans réelles explications.

    Bien que la résolution de Lovely, Dark, and Deep nous ait laissés sur notre faim et déçoive quelque peu, elle ne ternit pas la première partie parfaite, qui donnait réellement froid dans le dos. Nous sommes impatients de découvrir ce que la réalisatrice nous réserve pour l’avenir.

  • [Fantasia 2023] The Primevals: quand la pâte à modeler surpasse le numérique

    [Fantasia 2023] The Primevals: quand la pâte à modeler surpasse le numérique

    Dans son autobiographie Confessions of a Puppetmaster: A Hollywood Memoir of Ghouls, Guts, and Gonzo Filmmaking, le légendaire Charles Band nous expliquait déjà l’importance pour lui de mener à terme ce film inachevé de son grand ami David Allen, décédé trop rapidement. Allen a endossé plusieurs rôles dans le circuit cinématographique, mais il demeure reconnu avant tout comme un maître de l’animation image par image. Son rêve était de réaliser The Primevals et d’en diriger les effets visuels, mais c’est son ami Chris Endicott qui a achevé le long-métrage, plus de 50 ans plus tard.

    Suite à la découverte d’une créature géante qui s’apparente au yéti, un groupe de chercheurs organise une expédition pour trouver d’autres créatures similaires. Ils seront témoins d’autres révélations toutes aussi inquiétantes.

    The Primevals est à la fois un hommage à l’artiste que fut David Allen, aux monstres en stop motion de la lignée du King Kong original et de Ray Harryhausen, mais aussi aux heures de gloire de Full Moon Studio, d’une certaine manière. C’est un film d’aventure avec des créatures raconté avec tous les poncifs du genre. La trame renferme volontairement des motifs qui semblent empruntés puisqu’il s’agissait déjà pour Allen, qui a travaillé sur le film dans les années 1990, de mettre sa nostalgie du cinéma d’antan sur pellicule.

    À défaut d’être subtil, le scénario est une sorte de méditation sur le genre et renferme suffisamment de créatures pour plaire aux fans. Ces dernier·ère·s regarderont davantage les productions passées avec nostalgie après leur visionnement, puisque l’animation dimensionnelle fait largement la barbe aux effets numériques d’aujourd’hui — en termes de charme, du moins.

    La réalisation d’Allen livre de savoureuses images composées d’attaques en stop motion. Pour ce type de productions fauchées, la mise en scène demeure réellement enlevante et même si le film ne laisse place à aucun interprète pour offrir un jeu mémorable, la distribution demeure plus qu’acceptable.

    En conclusion, si vous aimez la période où Full Moon s’imposait dans le marché de la vidéo ou les vieux classiques d’aventure, The Primevals saura vous conquérir.

  • Larry Fessenden passe de Frankenstein au loup-garou avec «Blackout» [Fantasia 2023]

    Larry Fessenden passe de Frankenstein au loup-garou avec «Blackout» [Fantasia 2023]

    L’artiste multidisciplinaire Larry Fessenden était récemment de passage à Fantasia pour y présenter en grande première mondiale son nouveau Blackout, dans lequel il s’offre le loisir de repenser le mythe du loup-garou — lisez notre critique du film ici.

    Après Depraved en 2019, Horreur Québec tenait mordicus à lui faire la causette à nouveau pour en apprendre plus sur son film et sur son cheminement.


    Larry Fessenden Blackout film

    Horreur Québec: On peut facilement dire que le film est votre propre version du classique The Wolfman. Les travailleurs étrangers rappellent les gitans et votre personnage a beaucoup en commun avec Larry Talbot. Jusqu’à quel point vouliez-vous vous imprégner du film original et vous en séparer?

    Larry Fessenden: Il y a beaucoup de similitudes, même si je ne fonctionnais pas avec une grille de ce que je devais mettre ou non. Ce sont des histoires classiques. La figure paternelle, le personnage marginalisé dès le début de l’histoire, les étrangers qu’on accuse trop vite…

    HQ: Vos films contiennent toujours des messages sociopolitiques. Pourquoi est-ce si important pour vous? Dans vos films, les gens communiquent toujours mal entre eux.

    LF: La solitude est importante et je crois que c’est expliqué par notre rejet de l’existence de Dieu. Ce que je constate de la culture américaine, c’est que plus personne n’est capable de se parler. Pour moi, c’est la source ultime de l’horreur. Il me semble que la seule chose que nous avons pour nous en sortir serait de s’entraider. Le capitalisme n’aide pas. Dans mon film Beneath, les jeunes auraient pu survivre au prédateur s’ils s’étaient donné un coup de main.

    HQ: Pensez-vous qu’on peut alors dire que vos films s’adressent davantage aux adultes qu’aux adolescents, comme la plupart des films d’horreur d’aujourd’hui?

    LF: J’aimerais accrocher aussi les adolescents au passage, mais vous avez raison.

    Blackout image film

    HQ: Vous avez mentionné que vous n’êtes pas un cinéaste populaire, car vos films ne font pas peur.

    LF: Ils sont effrayants si on les analyse un peu, mais ce ne sont jamais les monstres directement qui créent la peur dans mes films, mais plutôt l’erreur humaine. Je crois que mon seul film vraiment terrifiant est mon épisode de la série Fear Itself, dont le titre est Skin & Bones.

    HQ: On sait tous que vous aimez le mythe du Wendigo, mais sinon vous venez d’offrir récemment une relecture de Frankenstein avec Depraved, et maintenant vous repensez The Wolfman. Est-ce qu’on peut s’attendre à voir bientôt votre version de The Invisible Man ou de The Mummy?

    LF: Je suis très heureux de votre question puisque plein de gens me demandent si je compte refaire The Mummy. Je ne peux pas faire un film de momies.

    HQ: Pourtant, l’histoire de fond est tragique, et qu’on y parle assez de la bêtise humaine. Je crois, au contraire, que ça pourrait tomber directement dans vos cordes.

    LF: [Rires] Je devrais peut-être essayer.

    Blackout peinture image film

    HQ: Il n’en demeure pas moins que votre précédent film, Depraved, est sorti il y a quatre ans. Avec la COVID et les réformes qu’elle a impliquées au cinéma, est-ce que c’était plus dur qu’avant de ramasser des fonds pour réaliser un film d’horreur indépendant?

    LF: Je ne trouve jamais d’argent. C’est la raison pour laquelle je tourne de très petits films. Maintenant, je suis également plus vieux et j’ai besoin de tourner le film rapidement. Cela m’a pris des années pour réaliser Depraved et je n’ai plus le temps de supplier Hollywood, qui ne me donnera rien de toute façon. C’est frustrant dans un sens, mais ça me permet une plus grande liberté créatrice.

    HQ: Quelle est la partie la plus difficile pour vous, alors? Quand vous pensez aux contraintes budgétaires, est-ce que c’est plus difficile d’écrire, de produire ou de réaliser?

    LF: Chaque phase est difficile, mais ça reste une forme artistique formidable. Je ne réalise pas de gros films avec des vedettes qui attirent les foules. D’une certaine manière, chaque étape est un combat. Mais ces deux heures où vous captez l’attention des spectateurs, c’est grandiose. Peut-être est-ce la raison pour laquelle je ne suis pas attiré par les séries. Bien sûr, il y a des liens entre mes films, mais j’aime raconter une histoire du début à la fin. J’aime cette forme qu’est le cinéma.

    HQ: Avez-vous l’impression que les blockbusters d’épouvante d’aujourd’hui, qui ont souvent de bons budgets, sont de moindre qualité qu’autrefois?

    LF: Le problème, c’est que quand on fait de l’horreur, la promotion se concentre sur le premier week-end au box-office. Il vous faut donc un fantôme ou une poupée maléfique. Souvent, on crée plus un produit que de l’art. Si on pense à un film comme Rosemary’s Baby, le film traitait de la libération sexuelle et de l’anxiété qui en découlait. C’était puissant. Aujourd’hui, on fait trop de films génériques ou de remakes qui, même lorsqu’ils sont bons, ne parlent plus du moment actuel. Si je pense, par exemple, à The Last House on the Left ou à The Texas Chain Saw Massacre, on y ressentait un côté hippie. On ne sent pas ça de la même façon dans leurs reprises.

    Blackout Clay Von Carlowitz image film

    HQ: À travers les années, vous avez souvent choisi à nouveau les mêmes acteurs. On reconnaît plusieurs de vos partenaires. À quel niveau est-ce important pour vous?

    LF: Il y a une camaraderie qui survient derrière chaque film. Plusieurs réalisateurs fonctionnent comme ça. C’est peut-être aussi une façon de ne pas devoir convaincre de nouveaux visages de ce que je peux faire. J’aime bien travailler avec de nouvelles personnes aussi.

    HQ: Vous êtes aussi un acteur très reconnu par les fans de films de genre. Je me demandais si un cinéaste vous avait inspiré sur un plateau à un point tel que vous souhaitiez lui ressembler.

    LF: J’ai été dans deux films de Martin Scorsese et j’ai eu la chance d’observer deux artistes que j’adorais travailler ensemble. Je parle de lui et de De Niro. Marty est généreux et il va chercher le meilleur de ses acteurs en les mettant à l’aise. J’aime chaque réalisateur. Ils sont tous différents. Ted Geoghegan [Brooklyn 45] est si présent et chaleureux que ça vous inspire forcément.


    Blackout sera à nouveau diffusé le 27 juillet dans le cadre du festival de Fantasia.

    Blackout affiche film
  • [Fantasia 2023] Emptiness: le titre nous avait prévenus

    [Fantasia 2023] Emptiness: le titre nous avait prévenus

    Après nous avoir offert Respire, une proposition rafraîchissante et sincère à propos du racisme, le réalisateur québécois d’origine turque Onur Karaman s’essaie cette fois-ci à un récit de genre. Voguant entre horreur, drame et thriller psychologique, Emptiness ne parvient pourtant jamais vraiment à trouver de ligne directrice, et est malheureusement victime de ses maladresses.

    Tourmentée par la récente disparition de son mari, Suzanne (Stéphanie Breton) s’isole dans une maison de campagne avec une poignée d’individus, vivant une sorte de délire paranoïaque. Entre le réel et l’imaginaire, errant dans des zones imprécises, elle est tourmentée par une présence, un mal-être. Celui-ci se manifeste autant au sein des habitants de la maison, qu’elle s’imagine se retourner contre elle, que dans les délires hallucinatoires qu’elle expérimentera à mesure que l’intrigue se dévoile et que ce qui lie les personnages se clarifie.
    Emptiness affiche film

    Dès le début du film, on comprend bien le ton de la proposition: de longs plans esthétiques servis par une conception sonore et une imagerie très austères. Il s’agit d’un film rythmé, structuré et servi par ses interprètes, dans la tradition du cinéma plus sobre de Bergman, par exemple. Mais ce type de réalisation peut facilement basculer entre le génie et le cringe, et Emptiness verse malheureusement vers la deuxième catégorie.

    On sent et perçoit une volonté à la réalisation et des idées qui ne sont pas inintéressantes, mais qui sont complètement camouflées par les dialogues trop mélodramatiques et une mise en scène maladroite. Le film est calculé au quart de tour, mais cette précision formelle semble contraindre ses personnages, plutôt que l’inverse. Ceux-ci se contentent donc d’énumérer leurs sentiments au travers de leurs répliques. Et malgré le travail des interprètes étrangement dirigés, une réalisation bien trop tape-à-l’œil, jumelée à des choix esthétiques nébuleux, divertit de tout le reste.

    Malgré tout, on ne peut pas nier une certaine vision qui se dégage de l’ensemble de l’oeuvre. Le film n’est résolument pas comme les autres, et on sent un parti pris, autant dans les cadrages que le ton donné par le jeu et le montage. Mais difficile pourtant de justifier la pertinence de ces choix, qui ne semblent guidés par rien de très clair et constant.

    Au cours d’Emptiness, au moins, on comprendra de plus en plus l’état d’esprit dans lequel baigne le personnage principal. Sa psyché particulière pourra effectivement justifier et répondre à certaines interrogations que le public pourrait avoir sur la nature du film. Mais même ces explications ne rattrapent pas les détours narratifs convenus et sans surprise qu’on nous propose. Les quelques revirements dramatiques, aussi importants soient-ils, seront décodés bien avant l’heure par un œil averti.

    On ne peut nier l’audace du réalisateur, qui s’essaie à un genre bien différent de ses anciennes propositions. Mais à trop vouloir styliser le récit, on s’essouffle, et le résultat est un film qui se cherche, mais qu’on ne veut pas réellement trouver.