Category: Shudder

  • [Critique] The Shed: le cabanon du vampire

    [Critique] The Shed: le cabanon du vampire

    Stan et Dommer sont deux adolescents qui n’ont vraiment pas la vie facile: l’un est orphelin et vit avec son grand-père qui le méprise, l’autre se fait intimider et battre pas des voyous de son école. Leurs vies prennent un tournant encore plus sombre lorsque Stan découvre qu’un chasseur fraîchement mordu par un vampire s’est réfugié dans son cabanon pour échapper au soleil. Stan tentera tant bien que mal de neutraliser la créature, tandis que Dommer, lui, voit un opportunité de se débarrasser de ses ennemis. Auront-ils le dernier mot sur la créature au dents longues?

    The Shed est le deuxième long-métrage du réalisateur-scénariste Frank Sabatella, après Bloody Night: The Legend of Mary Hatchet (2009). Prenant place dans un petit village des États-Unis, quelque part dans les années 90, le film a tous les ingrédients qui s’apparentent à une comédie d’horreur: une introduction on ne peut plus simple, des personnages clichés et de l’hémoglobine à peu de frais. Mais il n’en n’est rien: le ton ne bascule jamais dans l’absurde. Au contraire, on parle ici d’un scénario où le vampire sert de prétexte pour aborder les thèmes de l’intimidation et du passage vers l’âge adulte.

    The Shed affiche film

    Si le récit lui-même n’offre pas beaucoup d’extravagance, il a néanmoins le mérite d’aller droit au but. On utilise les clichés à bon escient pour s’assurer de nous garder bien près des protagonistes, dont le mal de vivre fait écho à une réalité dans laquelle le spectateur se laisse prendre facilement.

    Les prestations de Jay Jay Warren (Day of Reckoning) et Cody Kostro (All the Little Things We Kill), respectivement Stan et Dommer — qui se prononce comme le tueur en série — sont ancrés dans un réalisme poignant, particulièrement chez ce dernier lorsque son personnage frôle la névrose. Il faut également ajouter une mention honorable à Roxy, l’amie de coeur de Stan, interprétée par Sofia Happonen.

    Un retour aux sources

    L’attrait principal du film se retrouve dans la mise en scène de la créature. Le réalisateur s’évertue à bâtir un climat de tension sans avoir recours à des effets spéciaux qui détonnent à l’écran. Interprété par Frank Whaley (Broken Arrow, Pulp Fiction), le vampire n’a rien de sexy ou d’envoûtant. la vision de Sabatella n’est rien de moins qu’un hommage au célèbre Nosferatu, avec la pâleur du cadavre, les crocs acérés jaunâtres et les yeux rouges globuleux, qui rappellent également les maquillages de The Lost Boys et Fright Night.

    Hélas, si les deux premiers tiers du film sont assez efficaces, le troisième acte offre une confrontation avec le vampire comme on en a vu à maintes reprises, avec la petite scène de préparation où on placarde les fenêtres et on aiguise des pieux.

    En conclusion, The Shed ne réinvente pas la roue, mais apporte toutefois quelques frissons de nouveauté à la sauce des films de vampires classiques, et mérite aisément sa place sur Shudder en tant que bon divertissement.

    The Shed arrive en exclusivité sur Shudder Canada le 27 août.

  • [Critique] La Llorona: mayas à l’agonie

    [Critique] La Llorona: mayas à l’agonie

    La Llorona est une légende mexicaine datant du 16e siècle mettant en vedette une femme qui pleure, ayant été maintes fois adaptée au cinéma (IMDb regorge de courts et longs métrages qui en sont inspirés). Le synopsis de cette Llorona-là nous amène plutôt dans un Guatemala ayant vu, quelques décennies plus tôt, un sanglant génocide maya auquel participa un général qui aujourd’hui en paie amèrement le prix.

    D’abord, le corps du septuagénaire est en train de le lâcher (dû à des problèmes pulmonaires), alors que son esprit s’embue graduellement à cause de l’Alzheimer. Dehors, légions de manifestants protestent bruyamment et violemment devant sa luxueuse demeure, pendant et après son médiatisé procès. Il habite un vaste manoir où il est confiné avec ses domestiques, son épouse au regard plus que hagard et adepte de séances de spiritisme ainsi que, depuis peu, sa fille médecin accompagnée de sa jeune fille. Lorsque quasiment tous ses employés apeurés désertent les lieux, une mystérieuse nouvelle employée aux cheveux aussi sombres qu’infinis fait son arrivée. Et certains des personnages commencent à avoir de cauchemardesques visions… et s’ils avaient été maudits avec de la noire magie? Et s’ils étaient plutôt dévorés par leurs remords?

    La llorna affiche filmLa maxime de La Llorona (2019, disponible depuis peu sur Shudder) est des plus classiques: si vous avez péché, le passé reviendra vous hanter. Aussi simple que ça. Et on l’a vu et entendu mille fois celle-là. Or, n’est pas Guillermo del Toro qui veut: si le film nage dans des eaux rappelant un peu El espinazo del diablo (v.f.: L’échine du diable, 2001), on est à mille lieues du chef d’œuvre latin. Et non, vous n’êtes pas chez James Wan non plus ici (à ne pas confondre avec The Curse of La Llorona, sixième film issu de l’univers de The Conjuring, également sorti en 2019); donc, ne vous attendez pas à des jump scares aux 10 minutes.

    Dès la toute première scène du troisième long métrage fort bien réalisé de Jayro Bustamante, il est clair que ça finira mal: c’est limpide comme de l’eau de rivière. L’ambiance inquiétante sied très bien cette invisible épée de Damoclès menaçant de tomber à tout moment. Surtout en ces temps troubles empreints de confinement et de dénonciations. De plus, tous les comédiens sont efficaces et compétents, autant dans leur jeu subtil tout en regards que dans les plus relevés moments.

    Là où le bât blesse, c’est principalement au niveau du rythme. En dépit de son intrigante bande-annonce, le long métrage est lent en sacrament. De type combustion lente. Plus lambineux qu’un robineux ayant égaré ses clés entre le bar et son chez eux. «Va-t-il finir par être capable de rentrer se coucher?» devient ici «Va-t-il finir par payer pour ses crimes odieux?». Après une bonne heure de visionnement (qui paraît le double), on s’en fout quasiment, tant on a attendu, d’abord, patiemment, ensuite, en regardant souvent le temps restant, pour enfin se dire ENFIN à la toute fin, en finissant par finir par assister à un métaphorique dénouement à peine satisfaisant. Tout ça pour ça? Même si le dernier acte nous permet d’attacher tous les fils et de répondre aux questions en suspens, reste que ça relève hélas du «trop peu trop tard».

  • [Critique] Lake of Death: rien de nouveau sous le chalet

    [Critique] Lake of Death: rien de nouveau sous le chalet

    Un an après le décès inexpliqué de son frère jumeau, Lillian retourne passer un dernier week-end, accompagnée d’un groupe d’amis, dans le chalet familial pour se recueillir une dernière fois. Ayant tôt fait d’arriver dans le paysage bucolique, ces derniers témoignent de phénomènes étranges et la nature prend maintenant des allures sinistres. Alors que la rumeur d’une légende locale se resserre autour d’eux, Lillian replonge vers le passé; sera-t’elle confrontée à son propre drame humain… ou à quelque chose de plus insolite encore?

    Lake of death affiche filmLake of Death est un film norvégien qui marque la première incursion dans le monde de l’horreur pour Nini Bull Robsham (Amnesia). La cinéaste s’est donnée le défi de rafraîchir un classique de son pays, De dødes tjern, oeuvre originale parue en 1958 et considérée comme le premier film de genre de la région. Son atmosphère glauque et sa tension soutenue aura laissé sa marque de controverse dans le cinéma norvégien de l’époque.

    Tournée en seulement 23 jours, la nouvelle mouture 2019, quant à elle, reste néanmoins un bel effort technique. On y voit dans la démarche un désir d’utiliser la nature pour perdre le sens du réel. La direction photo est bien exécutée et tire avantage d’une belle lumière naturelle. Le montage est signé Bob Murawski, collaborateur de Sam Raimi, aussi oscarisé pour son travail sur The Hurt Locker de Kathryn Bigelow. Et on couronne le tout par des effets spéciaux réussis avec modération, vu l’envergure de la production.

    C’est au niveau du scénario et des dialogues que ça se gâte. On utilise ici la technique du slow burn: la première heure consiste à connecter le public aux personnages, puis l’aspirer au troisième acte dans une finale satisfaisante. Malheureusement, les protagonistes sont trop légers pour être véritablement attachants et nous balancent sans cesse des références sans la moindre finesse; de Freddy à Misery, en passant par The Wizard of Oz.

    Manque d’imagination ou désir de plaire?

    Ce qui a commencé par un exercice de forme s’appuyant beaucoup sur l’utilisation du jumpscare se transforme petit à petit en manuel du film d’épouvante. Utilisant bon nombre de clichés menant à une suite d’événements somme toute prévisibles, on attend impatiemment l’écart de conduite qui ne vient jamais. Une scène en particulier tourne presque en risée lorsqu’un membre du groupe se réveille avec le mot «mort» écrit sur le front et que personne ne semble s’en inquiéter.

    La prestation des acteurs est malgré tout digne d’intérêt, particulièrement pour les personnages de Gabriele (Jonathan Harboe), Sonja (Sophia Lie) et Bernhard (Jakob Schøyen Andersen). Mais la grande force du film se retrouve chez celui de Lillian, campé par la belle Iben Akerlie; une Jennifer Lawrence version norvégienne dont l’arc narratif est le centre névralgique de l’ambiance chaotique du film. À travers les crises de somnambulisme, les rêves explicites et les illusions qui prennent forme, elle porte à bout de bras le sentiment de détresse entourant le film qui, bon gré mal gré, peine à tenir le cap.

    Au final, Lake of Death n’est pas à la hauteur de son prédécesseur. Bien qu’il offre une esthétique soignée dans sa mise en scène, il reste sans atouts majeurs pour se démarquer. Si d’autres œuvres ont su habilement mélanger psychologie et paranormal, cette tentative-ci ne passera certainement pas à l’histoire. Qui plus est, on n’en est pas à un Cabin in the Woods près. De The Last House on the Left à Cabin Fever, en passant par le très clivé The Lodge sans parler d’Evil Dead, les histoires de réunions d’amis qui tournent au cauchemar, ce n’est finalement pas arrivé juste une fois au chalet!

  • [Critique] Host: bienvenue dans le cinéma d’horreur post COVID-19

    [Critique] Host: bienvenue dans le cinéma d’horreur post COVID-19

    Bien que le confinement ait mis des bâtons dans les roues de la majorité des cinéastes du monde, quelques-un.e.s ont exploité cette contrainte pour tourner un film. C’est le cas de Rob Savage, dont le métrage de 55 minutes Host a créé l’engouement suite à sa sortie sur Shudder.

    En plein confinement, Haley et cinq amis se rassemblent pour une séance d’invocation d’esprits… via le logiciel de vidéoconférence Zoom. Le groupe sera guidé dans l’expérience par une médium du nom de Seylan. Lorsque certains font fi des règles, ils ouvrent la porte à un démon qui va s’en prendre à eux.

    Host affiche filmLe concept derrière Host, soit de limiter le cadre de la mise en scène à un écran d’ordinateur, a déjà été employé plusieurs fois par le cinéma d’horreur. On peut penser au dyptique Unfriended, à Searching ou encore au sympathique slasher The Den. Host profite néanmoins du fait que sa gimmick de réalisation s’avère fortement d’actualité, alors qu’au printemps dernier, beaucoup d’entre nous ont vécu leur vie sociale sur Zoom et souffert de la solitude du confinement. La trame narrative évoque la réalité liée au coronavirus, ce qui accentue l’immersion alors que la majorité des oeuvres de fiction distribuées en ce moment sont divorcées du quotidien des gens en 2020.

    On s’attache vite à ce groupe de confinés, dont plusieurs représentent les postures archétypales vues au cinéma lorsqu’il y a confrontation avec le surnaturel. Host est conscient de ce qu’il est: une variation sur un thème bien connu, et avec sa courte durée, le film évite toute forme de remplissage. Le montage alterne entre la fenêtre partagée et la mise en avant de certaines fenêtres individuelles. Les gros plans des diverses réactions apeurées sont très convaincants. Il y a une bonne progression dans la tension et les effets spéciaux sont assez spectaculaires, rappelant ce qu’Oren Peli avait pu faire avec son Paranormal Activity.

    C’est peut-être là que le bât blesse, d’ailleurs. Bien qu’Host soit un film très bien exécuté et une belle carte de visite pour Rob Savage et son partenaire d’écriture Jed Shepherd, il se transforme vite en tournée des lieux communs du found footage. Un personnage passe sa tête par la trape du grenier et pivote lentement sur lui-même en filmant l’intérieur de la pièce. Une autre lance de la farine dans sa cuisine en espérant apercevoir la créature invisible qui s’en prend à elle. Quelqu’un avance dans le noir en utilisant son flash d’appareil photo. On a rarement l’impression de voir quelque chose qui n’a pas déjà été fait dans les dix dernières années, un âge d’or pour les amateurs de found footage et de ses dérivés modernes. On aurait aimé un peu plus de sang neuf.

    En somme, Host est un film amusant qui sort pile au bon moment, à voir dans le noir et sur son laptop pour se donner une petite frousse. Il ne réinvente toutefois pas un genre saturé et les détracteurs des Paranormal Activity et Unfriended de ce monde devraient peut-être passer leur chemin.

  • [Critique] Random Acts of Violence: quand la fiction et la réalité ne font qu’un

    [Critique] Random Acts of Violence: quand la fiction et la réalité ne font qu’un

    Random Acts of Violence (Actes de violence) marque la fin du mois de juillet par sa sortie en salle et en vidéo sur demande. Adapté du comic éponyme, le long-métrage est co-écrit et réalisé par le célèbre acteur canadien Jay Baruchel, qui avait amorcé une carrière de cinéaste en 2017 avec Goon: Last of the Enforcers.

    En panne d’inspiration, un créateur de bandes dessinées macabres voit sa vie transformée en cauchemar lorsque la tournée de promotion qu’il effectue avec sa copine et ses collègues se retrouve parsemée de meurtres ayant des similitudes avec ceux qu’il a mis en images.
    Random Acts of Violence affiche film

    Si l’intrigue semble tout d’abord proposer cette boucle éculée de la vie qui imite l’art et vice versa, elle impose tout de même certaines réflexions assez inspirées. C’est notamment le cas du regard que l’on pose sur la responsabilité de l’auteur qui, en suscitant l’imagination, pourrait peut-être pousser un désaxé à l’irréparable, mais aussi sur la fétichisation de la violence. Sans être le premier à questionner ces sujets, Baruchel place ses personnages en position de road movie et l’isolement du monde dans une automobile donne un aspect naturel à des dialogues savoureux, certes, mais parfois trop bavards.

    À la réalisation, le cinéaste réussit à maintenir un certain suspense, malgré une finale quelque peu grandiloquente. Baruchel utilise très bien la superbe photographie de Karim Hussain pour gérer un climat de terreur qui s’avère drôlement efficace. Les meurtres, plutôt sauvages, sont assez redoutables.

    Ayant tous connu un succès dans le cinéma de genre auparavant, les acteurs sont comme des poissons dans l’eau. Sans aucune fausse note, la distribution est très convaincante.

    Lisez également notre entrevue avec les cinéaste Jay Baruchel.

  • [Critique] Impetigore: plongée sanglante dans le folklore javanais

    [Critique] Impetigore: plongée sanglante dans le folklore javanais

    Bien que tout Hollywood ait tenté d’émuler le cinéma de James Wan après les succès d’Insidious et de The Conjuring, c’est un cinéaste indonésien qui y est le mieux parvenu. Avec Satan’s Slaves, Joko Anwar croisait brillamment son folklore local aux extravagances visuelles de Wan. Il proposait une réalisation à la fois amusante, créative et parfaitement millimétrée.

    Anwar a opéré dans plusieurs genres au fil du temps (son film de super-héros Gundala est d’ailleurs disponible en vidéo sur demande depuis le 28 juillet), mais Satan’s Slaves lui a procuré de la notoriété en devenant le plus grand succès de tous les temps au box-office indonésien. Cela a sans doute amené son créateur à récidiver plus tôt que tard dans l’épouvante avec Impetigore. Au Canada, les deux films sont disponibles sur la plateforme Shudder.

    Impetigore raconte l’histoire de Maya, attaquée sur son lieu de travail par un homme qui évoque leur passé commun avant d’être abattu par la police. N’ayant jamais connu ses parents, elle s’embarque avec son amie Dini sur la trace du petit village dans lequel elle aurait été élevée. Arrivée sur place, elle découvrira que sa famille est liée à une malédiction qui hante toujours les paysans locaux…

    On retenait surtout de Satan’s Slaves sa capacité à faire de l’épouvante hollywoodienne de haut calibre. Le scénario était un prétexte pour enchaîner une très généreuse quantité de scènes d’effroi. Impetigore, lui, cherche à prendre à contrepied les attentes des spectateurs. Le film est beaucoup plus posé et le sera même trop pour certain.es. L’intrigue rassemblant malédiction ancestrale, faux semblants et paysans hostiles ne sort pas tout-à-fait des sentiers battus et le cinéaste prend son temps pour poser les bases de son histoire. Malgré les longueurs et quelques flashbacks mal intégrés, le talent de raconteur de Joko Anwar suffit à nous garder intéressés.

    Là où le film se démarque, c’est dans la qualité de sa mise en scène et son cadre atypique. Encore une fois, Anwar nous entraîne dans une Indonésie rurale où les traditions javanaises font face à la modernité. Une malédiction assez glauque demande un contre-sort qui l’est tout autant afin d’en annuler les effets. L’art ancestral du wayang, notamment, à une place importante dans l’intrigue.

    Le travail du cinéaste sur la lumière est exceptionnel et donne à son oeuvre une saisissante ambiance d’outre-monde. Il fait un usage créatif des ombres, multiplie les éclairages aux chandelles et les tons de rouge. Impetigore possède aussi de riches ambiances sonores. Les quelques séquences d’horreur qui parsèment le récit sont habilement cadrées et montées, notamment une scène d’introduction qui accrochera aussitôt son spectateur. Récurrente dans la filmographie d’Anwar, la comédienne Tara Basro donne une très bonne performance.

    Bien que le film ne réinvente pas la roue, il sera accueilli avec plaisir par celleux qui ont su apprécié les talents d’orfèvrerie visuelle de Joko Anwar. Si ce dernier poursuit dans le cinéma d’horreur, ce sera à notre grand plaisir!

  • [Critique] Metamorphosis: recyclage de succès

    [Critique] Metamorphosis: recyclage de succès

    Un prêtre qui se remet difficilement du sort funeste d’un exorciste qu’il a mené devra affronter le même démon lorsque ce dernier s’attaquera à certains membres de sa famille.

    Réalisé par Hong-seon Kim, qui nous avait donné le thriller The Chase en 2017, Metamorphosis est maintenant disponible en exclusivité sur Shudder. C’est un film qui serait techniquement fort valable si son scénario ne s’était pas contenté de nous régurgiter tous les lieux communs possibles qu’on connaît depuis des années, lorsqu’il est question de films de possession. Occasionnellement, le cinéma asiatique ne lésine pas à s’américaniser pour maintenir une rentabilité. Une fois de plus, cette tentation de faire ses choux gras en remaniant des formules qui ont prouvé leur rentabilité nuit à la créativité.

    Metamorphosis affiche filmPrésentant en ouverture un affrontement démoniaque assez banal, l’intrigue nous plonge ensuite au cœur de cette famille. Alors que le voisin commence à devenir inquiétant et que l’histoire semble vouloir prendre son temps, on se surprend à y croire. Peut-être aura-t-on droit à un film marquant? Pas exactement. Rapidement, ce mariage capricieux entre The Amityville Horror et The Exorcist n’offre absolument aucune variante vraiment valable. Par ailleurs, certaines situations semblent si exagérées qu’elles deviennent plus barbantes que terrifiantes. Ces touches créent ici un déficit puisque le ton du long-métrage n’est absolument pas humoristique.

    Ce qui est d’autant plus déplorable, c’est que la réalisation réussit à faire preuve ici et là de touches inventives, malgré certains abus d’effets chocs, et utilise habilement les images lustrées qu’on nous délivre. Cet émerveillement visuel ne peut, hélas, combler la rengaine désuète du récit. Le cinéaste semblait moins se disperser lorsqu’il tissait un polar qu’un film de possession.

    Les acteurs ne sont aucunement responsables du naufrage. L’ensemble de la distribution joue dans la note, et fait l’impossible avec des personnages moins définis.

  • [Critique] Confessional: vérité ou conséquence?

    [Critique] Confessional: vérité ou conséquence?

    Le plaisir d’un abonnement à Shudder vient en grande partie du fait de pouvoir y découvrir des petits films indépendants sur lesquels on ne serait pas tombé autrement. Confessional de Brad T. Gottfred entre dans cette catégorie. Cela dit, indépendant n’est pas toujours synonyme d’original. On a beau trouver sympathiques les projets à petits budgets reposants sur une idée de mise en scène particulière à la Blair Witch Project ou Buried, parfois la passion ne sauve pas le résultat.

    Suite à la mort de deux étudiants d’un campus, sept personnes sont appelés par un mystérieux maître chanteur à participer à un exercice vidéo au cours duquel ils devront raconter, selon leur point de vue, les événements des dernières semaines. Assis devant un écran et entourés de dizaines de caméras, ils devront se confesser s’ils veulent garder leurs secrets…

    Le film a de quoi intriguer à première vue. Le synopsis laissant présager une sorte de vision moderne du concept de l’hôte qui reçoit des individus mauvais pour les exposer, on peut s’attendre à un genre de film d’enquête style Clue à la sauce 2020. On sent que c’était probablement un peu le but du réalisateur et parfois ça marche, mais entre les intentions et le produit final, il y a la manière de raconter son histoire. Or, c’est sur ce point que le long-métrage pêche le plus.

    La réalisation faisant le choix de ne jamais déroger de son gimmick de montrer uniquement ce qui se passe dans le confessionnal, le film de Gottfred a de gros défauts de rythme. Notamment dans tout ce qui touche au déroulement parallèle des intrigues des différents personnages, on se rend vite compte des limites du format. Certains personnages ne semblent présents que pour introduire un seul élément à l’histoire en début de parcours et passent le reste sur le pilote automatique. Ce sentiment de vide est d’ailleurs accentué par le fait que plusieurs des acteurs semblent recevoir des notes de jeux contradictoires de scènes en scènes et agissent de manière totalement incohérentes selon les besoins de la narration. C’est sans compter les personnages caricaturaux et risibles que sont Major et Noelle, portés par des acteurs qui cabotinent mal.

    Pour terminer sur quelques notes positives, on remarque toutefois que les actrices Jess Gabor et Mia Xitlali offrent de solides performances et que le tout a au moins la décence de s’arrêter à la barre des 90 minutes. Bref, un film passable dont on n’entendra plus jamais parler après son retrait de Shudder.

     

  • [Critique] Monstrum: à mi-chemin entre Kingdom et The Host

    [Critique] Monstrum: à mi-chemin entre Kingdom et The Host

    Le cinéma sud-coréen a la cote en ce moment. Après le succès de Parasite, les studios et plateformes de streaming semblent plus ouverts que jamais à produire et distribuer des oeuvres issues du pays de Bong Joon-ho. C’est du moins une hypothèse pour expliquer comment Monstrum arrive enfin chez un distributeur américain après deux ans sur les tablettes asiatiques…

    Momstrum affiche filmLa terreur règne dans une Corée médiévale. De nombreuses attaques jumelées à la propagation d’une peste particulièrement tenace fait trembler tous les villageois. Le roi est persuadé qu’il ne s’agit là que d’une mise en scène de son premier ministre pour le faire chuter du trône. Pour en avoir le cœur net, il fait sortir de sa retraite Yoon Gyeom, qui fut son plus fidèle général, afin que celui-ci enquête et découvre si la bête existe vraiment…

    Il aura fallu attendre pour voir ce film, mais le contexte ne pouvait pas être plus favorable. Quelques semaines après la seconde saison de Kingdom, qui en a mis plein la vue, le film de Jong-ho Huh débarque sur Shudder avec une ambiance qui rappelle la série à succès tout en promettant un monstre digne de The Host.Il n’en faudra pas plus pour séduire les amateurs.

    Monstrum est une excellente surprise. Pouvant compter sur des personnages attachants, une histoire intéressante et des effets spéciaux à la hauteur, le film a tout pour plaire. Bien que certains pourront trouver que le scénario est parfois prévisible avec sa «quête du héros» — que Joseph Campbell n’aurait pas renié —, le tout est fait avec tellement de sincérité qu’on se laisse prendre au jeu sans problème. On notera quand même, à titre de défaut, que l’humour est parfois puérile, notamment en ce qui a trait au personnage de l’oncle, qui fera peut-être rouler certains yeux. Il faut être réceptif à des gags un peu plus premiers degrés.

    Cela dit, si on est capable de passer par dessus les quelques maladresses, on a ici un film coup-de-cœur qui se retrouvera sans doute dans quelques tops de fin d’année plus champ gauche.

  • [Critique] 0.0 Mhz (2019): 0.0 de tension

    [Critique] 0.0 Mhz (2019): 0.0 de tension

    Shudder propose en exclusivité un nouveau film sud-coréen qui, dans la lignée de Gonjiam: Haunted Asylum, nous plonge dans une enquête paranormale qui tourne mal. De quoi se réjouir, oui, mais pas si vite. Là où le found footage jouait assez adroitement avec codes du genre, 0.0 Mhz, quant à lui, opte pour une approche plus classique qui se traduit par une accumulation ennuyeuse de scènes sans véritable tension.

    Premier film de Yoo Sun-Dong, 0.0 Mhz est adapté de la bande dessinée en ligne du même nom,créée par Jang Jak (qui est aussi le scénariste du film). En cela, le projet semble excitant et les prémices du film vont dans ce sens: le groupe 0.0 Mhz est une bande d’étudiants qui s’intéresse aux phénomènes paranormaux. Ce nom fait référence, selon eux, à la fréquence des ondes du cerveau nécessaire pour communiquer avec les fantômes. Afin de prouver leur théorie, ils décident de mener l’enquête dans une maison hantée par un puissant esprit. Toutefois, leur scepticisme va rapidement s’effriter aux premiers signes de contact avec l’au-delà.

    Ajoutez à cette histoire une parfaite maison abandonnée dans la forêt, un rituel de nécromancie, deux acteurs issus de la k-pop (Jung Eun-ji du groupe Apink et Lee Sung-yeol du groupe Infinite) et même une traditionnelle scène dans laquelle un gérant de station à essence prévient l’irrespectueuse bande de jeunes de ne pas visiter le lieu hanté. Que demander de plus?

    Si tous les éléments sont réunis pour un parfait film de hantise, le film déçoit toutefois par son manque de suspense. Yoo Sun-Dong nous balade de scène en scène sans véritablement parvenir à ancrer le spectateur dans la réalité des personnages. Participant à la déception, les effets spéciaux brisent maladroitement la frontière entre animé et film et, en cela, déclenchent plus de sourires que de frissons.

    Gonjiam Haunted Asylum affiche film

    Cela dit, il faut tout de même reconnaître au film quelques moments effrayants, presque tous liés à la performance de Choi Yoon-young (Yoon-Jung). L’actrice insuffle en effet une bonne dose d’intensité, d’effroi et d’excès dans les scènes les plus réussies du film. Elle est véritablement le point focal de ces longues 101 minutes.

    0.0 Mhz, bien qu’elle ne soit pas la sortie Shudder la plus excitante du moment, est toutefois un bon choix de la part de la plateforme: après de récents succès comme Train to Busan (2016), The Wailing (2016) ou encore The Silenced (2015), pour ne citer qu’eux, on espère véritablement y voir plus de films d’horreur sud-coréens et, de manière générale, internationaux.