Category: Survival

  • [Fantasia 2023] New Life: la mercenaire et la fugitive

    [Fantasia 2023] New Life: la mercenaire et la fugitive

    New Life a eu l’intelligence de nous attirer avec une sublime affiche. La tactique était habile puisqu’il est très difficile d’aborder le film sans en révéler des brides.

    Depuis la pandémie, non seulement sommes-nous inondés de productions faisant des allégories sur le sujet, mais aussi de premières œuvres où de jeunes cinéastes utilisent le contexte de l’isolement comme outil créateur. Voilà, une fois de plus, un film qui traite de la solitude et de son emprise.

    Une jeune femme en fuite tente désespérément d’atteindre la frontière canadienne avant qu’on ne la capture. Elle sème ainsi le chaos sur son passage alors qu’une mercenaire tente de la traquer.
    New Life affiche film

    New Life est ce genre de petit thriller sans budget ni gros nom qui nous happe malgré nous, alors que défilent les minutes. Le scénariste et réalisateur John Rosman s’en tire assez bien avec son premier long-métrage qui s’ouvre presque sur un film d’espionnage bon marché, pour lentement culminer vers l’horreur et le drame. Si certains clichés sont utilisés en cours de route, cette façon de mélanger les genres propres à l’auteur confère tout de même une variation astucieuse de thèmes plus usés.

    Conscient de son budget déficient, le cinéaste utilise merveilleusement bien plusieurs paysages naturels pour instaurer un climat d’emprisonnement. Cela compense largement les quelques plans plus télévisuels qui se ressentent occasionnellement.

    Les actrices Hayley Erin (General Hospital) et Sonya Walger (Lost) forment un duo très harmonique. Leur affrontement final tant attendu par le spectateur est à la fois rempli de tendresse et de résignation.

    Au final, New Life est, certes, une production plus modique, mais n’en demeure pas moins une belle découverte.

    Lisez notre entrevue avec le cinéaste John Rosman.

  • [Critique] The Wrath of Becky: jeune meurtrière rongée par la vengeance

    [Critique] The Wrath of Becky: jeune meurtrière rongée par la vengeance

    Après l’intéressante surprise que fut Becky, paru en 2020, sa suite The Wrath of Becky nous arrive maintenant en vidéo sur demande, et les jeunes ont dorénavant droit à leur propre John Wick.

    Deux ans après les événements du premier film, Becky doit maintenant se venger d’un petit groupe de terroristes ayant kidnappé son chien bien-aimé et qui prépare un attentat.
    the wrath of Becky affiche film

    Si le premier film faisait une sorte d’écho morbide à Home Alone, les scénaristes et réalisateurs Matt Angel et Suzanne Coote proposent maintenant ici davantage un penchant au Kill Bill de Quentin Tarantino. Notre chère Becky devient donc plus habitée par le désir de vengeance que par la survie, ce qui génère un changement de ton au film ne laissant place à aucune surprise.

    La protagoniste nous fait directement connaître ses désirs sanglants funestes, alors que plus personne ne s’étonne de ses pulsions meurtrières. Si l’humour fonctionne assez bien, le véritable problème de cette suite réside dans sa manière d’expédier trop rapidement chacune des exécutions de la jeune fille. Plusieurs scènes sanglantes démontrent un certain talent d’exécution, mais aucun affrontement ne nous tient véritablement en haleine en nous injectant une bonne dose de suspense.

    Cette première réalisation du duo s’inspire habilement de plusieurs scènes d’action connues. À défaut d’afficher une réelle originalité avec leur mise en scène, les nouveaux venus maintiennent une certaine cadence et livrent un film fort acceptable.

    Faisant volontairement dans la caricature, les acteurs se plient aux exigences du genre. C’est la jeune Lulu Wilson (Ouija: Origin of Evil) qui tire le mieux son épingle du jeu avec le charisme qu’on lui connaît.

    Sans s’imposer comme un pôle majeur dans le film d’auto-justice, The Wrath of Becky a au moins le mérite d’être un bon petit divertissement.

  • [BITS 2022] Control: une tentative avortée de renouveler une formule désuète

    [BITS 2022] Control: une tentative avortée de renouveler une formule désuète

    Control a le désavantage de sortir juste après une pandémie nous ayant livré une multitude de films similaires. La dernière chose dont on a envie de voir, ce sont ces histoires où un personnage se retrouve encore une fois confiné.

    La combinaison d’un faible budget et des contraintes de tournage apportée par la COVID nous a presque donné droit à un courant cinématographique nous montrant des individus enfermés parlant à une voix quelconque au téléphone ou provenant d’ailleurs.

    Une femme se réveille emprisonnée dans une cellule étrange et doit se soumettre à une série de jeux pour que sa fille ait la vie sauve.

    Le co-scénariste et cinéaste James Mark propose quelques touches singulières à son récit, mais ces dernières sont étouffées par bon nombre de clichés et des dialogues souvent risibles, donnant lieu parfois à des moments humoristiques involontaires. Non seulement la prémisse est usée à la corde, mais les obstacles auxquels on soumet la candidate sont sans impact et deviennent même redondants.

    La mise en scène est fonctionnelle, tout au plus. On aurait aimé une réalisation assez juste pour insuffler une bouffée de fraîcheur, mais le traitement trop classique nous confirme encore plus que la trame est datée. Par ailleurs, la juxtaposition de flashback sirupeux nuie au rythme exigé par ce genre de huis clos.

    L’interprétation demeure correcte, mais les personnages n’ont pas assez de consistance pour être de vrais défis.

    En terminant, Control demeure une énième tentative avortée de renouveler une formule désuète.

  • [BITS 2022] Follow Her: le jackpot du festival

    [BITS 2022] Follow Her: le jackpot du festival

    Lorsqu’on lit le synopsis de Follow Her, on sourcille et se prépare à voir un énième film mettant en scène une star des médias sociaux. Pourtant, le petit de Sylvia Caminer était la véritable surprise de cette édition 2022 du festival Blood in the Snow.

    Jess Peters rêve de devenir une actrice. Mais en attendant que son objectif se concrétise, elle s’est forgé un cercle de followers via une émission Web où elle filme clandestinement les requêtes étranges et terrifiantes de certains employeurs qu’elle rencontre en répondant à des offres d’emploi en ligne. Les choses ne tourneront pas comme elle l’avait espéré lorsqu’elle suivra un scénariste dans une demeure en forêt pour l’aider à compléter l’écriture d’un thriller.
    Follow Her affiche film

    Même si le scénario de Follow Her cultive plusieurs invraisemblances, ce dernier demeure bien écrit et propose quelques idées inédites. La scénariste et actrice principale, Dani Barker, est assez habile pour tisser un suspense efficace où l’humour noir dénonçant les extrémistes du Web sert de porte d’entrée à la peur. Le résultat n’en est pas toujours si cohérent, mais a le mérite de susciter l’intérêt du spectateur et désamorce plusieurs clichés au passage.

    La mise en scène de Sylvia Caminer fait fi des inconforts budgétaires en nous soumettant à une utilisation intelligente des outils et des procédés utilisés par les blogueurs. Bien sûr, Follow Her est un film minimaliste et plutôt lent qui se base sur une série de conversations filmées, mais la cinéaste y ajoute un certain style.

    Dans le premier rôle, Barker est convaincante, même si elle se fait allègrement voler la vedette par son partenaire Luke Cook (Chilling Adventures of Sabrina), particulièrement délirant et investi en artiste tortionnaire.

    Pour conclure, Follow Her est le genre de production que l’on souhaite découvrir dans un tel festival; c’est-à-dire un film qui fait preuve d’originalité pour camoufler son manque de ressources.

  • [Critique] Fall: attention au vertige!

    [Critique] Fall: attention au vertige!

    Qui n’a jamais été victime de vertige, que ce soit dans un manège ou tout simplement sur le balcon d’un hôtel? Fall (Vertige en version française) réussit avec brio à faire ressentir cette sensation à travers l’écran. Le film est réalisé par Scott Mann (The Tournament) et sera présenté dans quelques salles au Québec dès vendredi pour les amateurs de sensations fortes.

    Après la mort tragique de son mari, Becky (Grace Caroline Currey, Annabelle: Creation), tombe en pleine dépression. Presque un an plus tard, son amie, une youtubeuse plutôt aventurière (Virginia Gardner, Halloween 2018), revient dans sa vie pour lui proposer un projet fou, espérant ainsi lui redonner le goût de vivre. C’est à reculons que la jeune veuve accepte de l’accompagner escalader une tour radio abandonnée de plus de 600 mètres de haut. Les deux amies se retrouveront prisonnières tout en haut du monstre de métal et devront trouver une solution pour remettre les pieds sur terre.
    Fall affiche film

    Le point fort du long-métrage se retrouve dans la réalisation de Mann, qui parvient très bien à transmettre l’angoisse du vertige au spectateur. Le cinéaste utilise plusieurs plans d’ensemble pour nous faire réaliser à quel point la tour est haute (un peu plus que le double de la tour Eiffel) et se sert de gros plans pour présenter la fragilité de la structure, qui finit par devenir un personnage aussi important que nos deux protagonistes. L’homme offre également de magnifiques prises de vues du désert alors que les couleurs du ciel ajoutent à la beauté du spectacle. On sent parfois certains «green screen», mais les effets spéciaux sont généralement saisissants et ces quelques failles n’enlèvent aucun plaisir au visionnement.

    C’est au scénario, que Mann écrit en collaboration avec Jonathan Frank (Mara), qu’on rencontre quelques pépins. La relation entre Becky et son conjoint, Dan (Mason Gooding, Scream 2022), aurait mérité d’être un peu plus approfondie afin de mieux comprendre son chagrin. Un des gros «twist» de Fall ressemble aussi beaucoup à celui d’un autre métrage du même genre paru il y a quelques années — les fans sauront lequel. Outre ces points, le texte est bien écrit et on sent que les scénaristes ont fait des efforts pour tenter de bien développer cette relation amicale. Grace Caroline Currey et Virginia Gardner ne livrent pas des performances toujours justes, mais se débrouillent assez bien la majorité du temps.

    Impossible de garder son sang-froid dès que nos héroïnes commenceront à escalader la tour, et ce, jusqu’à la toute fin. Le réalisateur en est peut-être encore à ses débuts derrière la caméra, mais il impressionne déjà. Il travaille actuellement à la réalisation de son prochain long-métrage, un film-catastrophe Tsunami LA, également écrit en collaboration avec Jonathan Frank. Aucune date de sortie n’est prévue pour le moment, mais nous resterons à l’affût des nouvelles concernant ce projet.

    Fall arrive en salle ce vendredi 12 août, en version originale anglaise.

  • [Critique] Nobody Sleeps in the Woods Tonight 2: humour et ultra-gore, fait avec amour

    [Critique] Nobody Sleeps in the Woods Tonight 2: humour et ultra-gore, fait avec amour

    Un an pile poil après le très fun film original (lisez notre critique ici), débarque la suite Nobody Sleeps in the Woods Tonight 2 (W lesie dzis nie zasnie nikt II, en version originale polonaise), toujours produite pour Netflix depuis la campagne polonaise. Ce beau petit slasher bien sanglant et dégueulasse vient d’atterrir sur la plateforme juste à temps pour l’Halloween. Le réalisateur du premier, Bartosz M. Kowalski et sa co-scénariste Mirella Zaradkiewicz sont toujours en poste et semblent s’être amusés comme de p’tits fous à surprendre les fans du premier opus.

    Après une intro aussi baroque (!) qu’hilarante, on se retrouve au lendemain des événements du premier film, alors que le couple de gargantuesques mutants et la seule survivante du carnage, Zosia (Julia Wieniawa-Narkiewicz), ont été mis derrière les barreaux, dans le commissariat d’un bled paumé. On y suit un flic minable, Adam (Mateusz Wieclawek, qui joue parfaitement une vraie mauviette), hélas amoureux de sa collègue Wanessa (Zofia Wichlacz, efficace), qui n’en a rien à cirer. Lorsqu’on retourne sur les lieux du crime, on ne perd pas trop de temps avant de sortir le latex et le faux sang. Oh que non.

    Ici, nos personnages colorés se font poignarder, dévisager (!), électrocuter, démembrer, écœurer (!!), décapiter, étriper, piéger et tutti quanti. On parle d’un duo de frères trappeurs un peu niaiseux, d’un pas très sympa tenancier de dépanneur, et du couple formé entre une prostituée et un guide de camp moustachu (deux survivants du premier film). Il y aussi un mini peu de sci-fi (on pense brièvement à Alien, au symbiote de Venom et à la météorite de Creepshow) dans ce slasher en mode survival, se déroulant dans en forêt et dans quelques cabines (à la Evil Dead). Les fanas des premiers films de la franchise gore Wrong Turn vont assurément se régaler.

    En plus du gros gore de luxe susmentionné (élaboré, saisissant, jouissif et grotesque), on a même droit à une transformation/mutation en temps réel et à une mémorable scène de sexe. Au niveau trame sonore, elle est parfaitement schizophrénique, alternant entre du bluegrass et des partitions plus stressantes (avec du thérémine), comme le film passe aisément de moments désopilants (parfois éclaboussant) à de l’horreur ultra-tendue. 

    Autour de la mi-temps, moult surprises et retournements de situations attendent les spectateurs dans le tournant (qu’on se gardera bien de divulgâcher), alors que le récit fait un virage à 180 degrés, en se jouant des codes et clichés du genre, les démontant avec humour et amour. Certains détesteront, d’autres adoreront, c’est selon. Une chose est certaine, c’est que cette comédie horrifique complètement frappadingue réussit avec brio ce que personne n’avait osé auparavant: sortir des sentiers battus afin de proposer quelque chose d’aussi couillu que marrant. Chapeau, c’est aussi fun que pissant!

  • [Critique] Till Death: Megan Fox en détresse mais bien maquillée

    [Critique] Till Death: Megan Fox en détresse mais bien maquillée

    Till Death (Jusqu’à la mort) est un nouveau film d’horreur avec l’actrice Megan Fox (Jennifer’s Body), qui commence à collectionner les films de genre à petit budget depuis quelque temps. Dommage toutefois qu’elle semble destinée à ne pas choisir les bons.

    Prisonnière d’un mari violent, une jeune femme infidèle se voit soudainement séquestrée dans une maison isolée près d’un lac en plein hiver. Pour célébrer leur anniversaire, son époux attentionné lui a préparé une série de surprises funestes.

    Le scénario se résume en une série de pastiches sur des films à succès, notamment Gerald’s Game et Sleeping with the Enemy, sans oublier quelques touches à la Saw. Si rien n’est très nouveau sous le soleil, on peut quand même dire que le film a le mérite de nous garder devant l’écran jusqu’au générique, sans trop nous tenter par la touche fast forward. Le divertissement reste présent, même s’il n’est pas gigantesque.

    L’ensemble aurait eu avantage à bénéficier d’un second degré humoristique, puisque cette masculinité toxique, entrevue à travers plusieurs personnages masculins, a tendance à frôler la caricature. Cela dit, le plus grand défaut du long-métrage est de nous proposer une jeune femme aux instincts aussi peu aiguisés. D’une situation à l’autre, les mauvaises décisions qu’elle prend nous donnent parfois envie de sourire. Il faut bien admettre aussi que l’intrigue propose plusieurs invraisemblances, et que les personnages sont tous stéréotypés.

    La réalisation peu imaginative de S.K. Dale est fonctionnelle, mais ne fait pas de grands éclats. Il s’agit, certes, d’un premier long-métrage pour lui, mais c’est d’autant plus dommage de constater son manque d’ambition.

    La séduisante Megan Fox joue énergiquement, à défaut de faire dans la finesse. Soumise à des situations extrêmes dans son rôle, l’actrice peine souvent à simuler la peur et la surprise, de même que le froid glacial qu’elle traverse pieds nus dans la neige. Peut-être que son maquillage glamour, à l’épreuve de tout, lui confère des vertus dissimulées.

    Même si Till Death n’est pas réellement ce qu’on pourrait appeler un bon film, il n’en demeure pas moins amusant.

  • [Critique] Don’t Breathe 2: quand la sauvagerie frappe les yeux fermés

    [Critique] Don’t Breathe 2: quand la sauvagerie frappe les yeux fermés

    En 2016, le réalisateur Fede Álvarez et le scénariste Rodo Sayagues (Evil Dead 2013) ont galvanisé leur public avec Don’t Breathe, un huit-clos ancré dans un réalisme bien calibré et à l’ambiance claustrophobique, avec un antagoniste qui s’élevait au-dessus des standards des home invasion movies. Don’t Breathe 2 (Ne respire pas 2) marque les premiers pas de Sayagues derrière la caméra, alors qu’Alvarez porte les deux chapeaux de co-scénariste et producteur. Il en résulte une œuvre encore plus sanglante et immorale que la précédente, quoique bien moins convaincante.

    Huit ans après que l’invasion de son domicile ait tourné au carnage, Norman Nordstorm (Stephen Lang) coule des jours tranquilles, en compagnie de Phoenix (Madelyn Grace, Grey’s Anatomy), sa fille de 11 ans, dont l’éducation n’est vouée qu’à la survie et l’autodéfense. Cloitrée dans une vielle maison, à la merci d’une autorité paternelle aussi austère que paranoïaque, la jeune Phoenix rêve d’une vie normale. Une nuit, Norman se rend compte que son chien a disparu. Il se lance à sa recherche, sans se douter qu’une bande de criminels brutaux a planifié l’enlèvement de la petite. Le vétéran de la guerre du Golfe mettra tout en œuvre pour protéger sa fille et empêcher le sadique chef de la meute, Raylan (Brendan Sexton III, Three Billboards Outside Ebbing, Missouri) de lui révéler le secret de ses origines…

    Don't Breathe 2 affiche film

    À peine le deuxième acte débuté que le réalisateur joue sur la limite du plausible, qui vient faire opposition à la démarche du premier film qui s’était démarqué justement par son approche réaliste. Le personnage incarné par Lang donne parfois l’impression d’avoir une force surhumaine ou l’ouïe ultradéveloppée de Daredevil. Il n’a aucun mal à disparaitre furtivement dans les bois ou attaquer de façon précise et fatale, ce qui ne manquera pas de faire sourciller le cinéphile plus exigeant.

    Bien-entendu, une suite digne de ce nom comporte toujours son lot de complications; on doit amener les personnages ailleurs et amplifier les moments de tension, autant dans l’écriture que dans la mise en scène. Hélas, le scénario est moins solide, cette fois. Le rythme frénétique avec lequel les péripéties déambulent amène des dialogues un peu simplets qui cadrent bon gré mal gré dans la trame narrative, dont l’objectif premier est clairement d’en mettre plein la vue. Les personnages sont littéralement «amenés ailleurs», transportés d’un endroit à l’autre, si bien que le sentiment de claustrophobie ou d’être piégé n’est pas aussi présent. Par chance, le rythme est toujours haletant grâce aux méticuleux mouvements de caméras, orchestrés avec brio par Pedro Luque, qui avait également signé la cinématographie du film original.

    Le méchant des uns fait le bonheur des autres

    La grande force du film vient sans aucun doute de la prestation des acteurs principaux, dont la crédibilité de jeu crève l’écran. Les thèmes véhiculés par l’histoire, soit les devoirs liés à la paternité, les déboires d’une enfance volée ou la rédemption face à ses actes passés, sont amenés avec un impact dramatique qui ne laisse personne indifférent. La jeune Madelyn Grace est à la fois spontanée et attendrissante dans son premier rôle au grand écran. Stephen Lang habite également à la perfection le tueur au regard perdu qui, aux dépends d’actes monstrueux, se transforme insidieusement en antihéros, tant ses préoccupations semblent s’anoblir au fur et à mesure que la fin approche.

    Sans oublier Brendan Sexton III dans le rôle de Raylan, l’adversaire de Lang, faisant preuve de la même rage intérieure et qu’on méprise dès sa première apparition. Il s’agit d’un duel de méchants. Peu importe qu’ils nous soient sympathiques ou non, leur rivalité entrainera un bain de sang dans lequel l’auditoire voudra se noyer. Tel semble être le vœu des cinéastes.

    Là où le premier film voulait angoisser, le second cherche d’avantage à choquer. Au final, s’il est vrai que le réalisme de l’œuvre est parfois défaillant, à quel point un film à sensations fortes peut se permettre cette forme de transgression artistique afin de ne pas bouder son plaisir?

    Que ce soit dans sa misogynie explicite, son outrageante immoralité ou ses scènes purement gores, Don’t Breathe 2 s’assume pleinement. Et lorsqu’on arrive au bout de ses 90 minutes, on peut dire que c’est une mission accomplie, car s’il y a un défi plus difficile à relever que de faire un film original, c’est bien celui de faire une suite originale. En dépit de ses faiblesses, même si cette suite tant attendue n’est pas aussi rafraîchissante et habile que son prédécesseur, elle offre néanmoins un divertissement très efficace, qui vous fera encore une fois retenir votre souffle.

  • [Critique] Black Summer – saison 2: la série d’horreur la plus sous-estimée?

    [Critique] Black Summer – saison 2: la série d’horreur la plus sous-estimée?

    Spin-off dramatique de Z Nation produit par le studio The Asylum et tourné dans la région de Calgary, Black Summer a divisé le public avec sa première saison. Horreur Québec en avait d’ailleurs publié une critique peu élogieuse. Malgré tout, voilà la série de retour sur Netflix pour huit nouveaux épisodes qui font mentir son titre: ils se déroulent en plein hiver canadien!

    On retrouve quatre personnages ayant échappé à la finale sanglante de la saison précédente. Rose (Jaime King), maintenant réunie avec sa fille Anna (Zoe Marlett), doit faire une série de choix difficiles pour protéger cette dernière coûte que coûte. Sun (Christine Lee) est capturée par un commando de survivalistes. Quant à eux, Spears (Justin Chu Cary) et Lance (Kelsey Flower) sont seuls pour faire face à la nature sauvage… et aux infectés qui l’écument.

    Vous trouvez qu’Army of the Dead manquait d’action? Netflix a la solution de rechange pour vous. C’est que Black Summer est le bébé de John Hyams (Alone, Universal Soldier 3 et 4), une véritable star montante du genre. En alternance avec Abram Cox, Hyams signe ici une réalisation incroyablement musclée et millimétrée.

    Black Summer saison 2 affiche Netflix

    Le cinéaste est un génie du placement de caméra. Avec peu de choses, il parvient à bâtir une tension à couper au couteau et à réinventer les clichés de l’abécédaire zombie/post-apocalyptique. L’usage régulier du plan-séquence donne à l’action un effet «sur le vif», où les personnages n’ont qu’une seconde pour prendre une décision dans le feu de l’action. Et sous pression, les protagonistes de Black Summer ont des réactions très crédibles.

    Il faut dire que dans le monde de la série, un seul infecté hyperactif peut donner de sacrés maux de tête à nos personnages. Les zombies traquent les vivants comme des missiles à tête chercheuse. Hyams sait mettre en scène leur acharnement: Il introduit la saison 2 avec une poursuite à travers une petite ville, où un plan séquence intensifie l’aspect «sans relâche» de la situation et une cascade spectaculaire perche un infecté sur le toit d’une voiture en mouvement. D’ailleurs, le cinéaste parvient tout autant à imager la fragilité des vivants. Par exemple, dans une scène où un personnage essaie d’abattre un zombie à distance. Le réalisateur place la caméra dans la lunette de sa carabine, dont la ligne de mire est obstruée. L’incertitude de la situation, dont la tension est étirée au maximum, gagne le spectateur.

    Hyams met également chaque décor à profit dans la construction de ses scènes d’action. Il profite aussi des vastes paysages hivernaux canadiens pour citer les grands classiques du western. C’est simple: en regardant son cinéma, on a l’impression de recevoir une large dose d’adrénaline en plein coeur. Celleux qui ont autant d’affection pour le film d’action que celui d’horreur ne pourront qu’adorer la physicalité de cette mise en scène.

    Vous l’aurez compris, on adore le style. Qu’en est-il de la substance? Les épisodes de Black Summer sont (encore une fois) divisés en segments désordonnées chronologiquement, chapeautés d’intertitres. La série entrechoque les perspectives, souvent d’une même situation donnée. Le spectateur doit reconstruire l’intrigue par lui-même et les auteurs parviennent à créer du suspense par le décalage temporel.

    Et l’intrigue ne fait pas de quartier, adoptant un point de vue résolument nihiliste sur la fragmentation sociale. Aucun lien humain ne s’avère assez solide pour être à l’abris de cette lente désagrégation. Là où d’autres films post-apo vont offrir des enjeux manichéens, souvent à base de reconstruction de la société, Black Summer superpose une série de perspectives individualistes et les observe se dévorer entre elles. Le tout culmine avec un épisode d’une noirceur absolue où l’effondrement mental d’un personnage finit d’achever le mince filet d’espoir que l’on pouvait entretenir à l’endroit de l’intrigue. Romero serait fier!

    Black Summer est aux films de zombies ce que The Conjuring est à ceux de maisons hantées. Une prémisse agissant comme le pot-pourri d’un sous-genre établi se trouve élevée par la maestria technique absolue de son réalisateur. Alors que certains films d’horreur peinent à proposer du neuf, Black Summer se réinvente à chaque séquence. La série se trouve également un élan narratif, nous poussant à espérer chaudement qu’une troisième saison soit dans les plans.

  • [Critique] Wrong Turn (2021): où sont les monstres tant aimés?

    [Critique] Wrong Turn (2021): où sont les monstres tant aimés?

    Un groupe d’amis qui part pour une randonnée en forêt en Virginie-Occidentale tombe sur une communauté de cannibales.

    Le voilà enfin, ce nouveau Wrong Turn (Détour mortel), en vidéo sur demande et DVD mardi. Ayant touché un peu le fond du baril avec le dernier épisode de la franchise originale, autant en recettes qu’en qualité, le studio Fox a préféré nous offrir un reboot qu’une autre suite.

    Le scénariste du film original, Alan McElroy, a été engagé pour repenser le concept. Si vous étiez l’un des fans de cette série, il vous faudra immédiatement faire un deuil de ces montagnards difformes et de leur camionnette dégueulasse où ils avaient l’habitude d’entasser des cadavres. Il faut comprendre que cette fois, le magicien Stan Winston n’est pas lié au projet pour y insuffler un côté retro et nostalgique des survivals des années 1970 et 1980. McElroy, en revanche, semble avoir raffolé de Midsommar, dont il tire une flagrante inspiration. Cependant, n’est pas Ari Aster qui veut, et toutes les actrices n’ont pas le charisme sans failles de Florence Pugh.

    Wrong Turn 2021 affiche filmSi le premier segment du film jongle avec les chasses à l’homme en forêt des premiers films, la révélation des vilains ouvre le portail d’un nouveau jeu. Le plus gros bémol est peut-être qu’ils ne sont pas effrayants. L’incursion dans cette commune livre des développements plus artificiels, où certaines longueurs surgissent. Heureux qu’on nous offre un dénouement audacieux, pourtant peu plausible.

    Là où les outrances gratuites de la série originale assumaient l’étampe de série B, il faut bien admettre que le mandat plus pondéré écrase ici cette idée de plaisir léger et cathartique, sans toutefois avoir l’étoffe d’une œuvre majeure.

    Mais cette relecture n’est pas complètement sans intérêt. On tente un tantinet de moderniser les archétypes qui dessinent habituellement les jeunes évoluant dans ces intrigues. Le personnage principal est une fille plus dégourdie qu’à l’habitude, et on propose un couple homosexuel moins stéréotypé que le fait souvent ce type de productions.

    La mise en scène de Mike P. Nelson (The Domestics) est compétente. Plusieurs passages sanglants sont efficaces et on ressent, si minimale soit-elle, une vraie direction d’acteurs. Dans le rôle de l’héroïne, Charlotte Vega (The Lodgers) offre une prestation plus que satisfaisante.

    Si vous étiez parmi les amateurs de la franchise originale, vous vous sentirez toutefois un peu trahis et serez certainement nostalgiques de cette bonne vieille époque.