Category: Science-fiction

  • [Critique] « I.S.S. » : un thriller de science-fiction qui peine à décoller

    [Critique] « I.S.S. » : un thriller de science-fiction qui peine à décoller

    Le mois de janvier n’est pas toujours synonyme de prestige dans le cinéma de genre. À l’exception peut-être de M3GAN l’année dernière, il s’agit souvent d’une période sèche pour les films d’horreur ou de science-fiction. Après ses débuts à Tribeca à l’été 2023, le thriller spatial I.S.S. (S.S.I., en version française) se lance maintenant en orbite dans les salles de cinéma. La production marque le retour de la réalisatrice Gabriela Cowperthwaite, qui avait épaté la galerie en 2013 avec son documentaire Blackfish. Dans cette nouvelle œuvre de fiction, la cinéaste s’attaque aux enjeux politiques et humanitaires entre les Américains et les Russes à bord de la Station Spatiale Internationale. Est-ce que l’atterrissage est réussi?

    Un conflit d'envergure éclate sur Terre pendant que les tensions augmentent à bord de la Station Spatiale Internationale entre les représentants des deux grandes puissances spatiales. Alors que les astronautes reçoivent la directive de prendre possession de la station par tous les moyens possibles, à qui peuvent-ils faire confiance?

    Houston, nous avons un problème… Avec une brochette d’acteurs de qualité tels qu’Ariana DeBose – récemment récompensée aux Oscars pour West Side Story – et des effets spéciaux surprenants pour un film de série B, il est difficile de ne pas penser au potentiel gâché par la prémisse. Pendant que les conflits éclatent à l’intérieur du vaisseau, on se retrouve coincés dans une aventure qui manque de tension et d’atmosphère. Pensez à Crimson Tide dans l’espace, mais enlevez le flair visuel et l’énergie de Tony Scott et voilà, vous obtenez un I.S.S. dépourvu de suspense.

    Des thématiques importantes sont abordées par la cinéaste, mais la moralité des personnages est seulement explorée en surface. Les différences politiques et le clash culturel entre les deux grands rivaux internationaux (États-Unis vs. Russie) auraient pu donner lieu à des moments intéressants à bord du vaisseau, mais le concept n’est pas exploité au maximum. Les adeptes de science-fiction pourront quand même apprécier une partie du spectacle, même si la cinématographie manque parfois d’inspiration. Les mouvements de caméra monotones et répétitifs font partie des occasions visuellement ratées au fil du film.

    On trouve bien quelques questions existentielles cachées dans le scénario, mais la banalité de l’exécution empêche ces idées de se matérialiser. Ce qui aurait pu devenir un thriller claustrophobe et intelligent déçoit finalement avec une conclusion qui nous laisse sur notre faim.

    Parmi les points positifs, on peut compter la performance de Pilou Asbæk (Game of Thrones, Overlord), qui se démarque du lot avec son regard perçant, ainsi que la qualité des décors qui réussit tout de même à immerger le public dans le vaisseau. Il y a également un aspect terrifiant à l’idée de se retrouver prisonnier dans l’espace et éloigné de la surface de la Terre, ce qui laisse place à des scènes qui maintiennent tout de même l’attention.

    I.S.S. devrait quand même réussir à plaire aux fanatiques de science-fiction et d’intrigues politiques grâce à certains moments impressionnants et à sa distribution talentueuse. C’est toutefois une expérience qui rate légèrement la cible au final et dans l’espace, chaque détail compte.

  • [Critique] 65: l’art de gâcher un concept intéressant

    [Critique] 65: l’art de gâcher un concept intéressant

    La faible quantité de films de science-fiction mettant en vedette des dinosaures reste l’un des grands mystères d’Hollywood — à l’exception bien sûr de la célèbre franchise Jurassic Park de Steven Spielberg. En effet, les productions de cette catégorie nécessitent un budget important, ce qui les exposent à un risque d’échec plus élevé. C’est le cas du nouveau film de science-fiction 65, avec Adam Driver en tête d’affiche, dont la production a coûté plus de 90 millions de dollars. Le film a immédiatement capté la curiosité de nombreux fans grâce à son concept haut de gamme et à la présence de l’acteur talentueux. Les scénaristes de A Quiet Place, Scott Beck et Bryan Woods, avaient la lourde tâche de réaliser ce film à saveur préhistorique et malheureusement, c’est un échec total pour le duo.

    Après un écrasement catastrophique sur une planète inconnue, le pilote Mills (Adam Driver) réalise rapidement qu'il est en réalité transporté sur Terre — il y a 65 millions d'années. Mills doit parcourir un terrain inconnu, infesté de créatures préhistoriques dangereuses, accompagné d'une autre survivante, Koa. Seront-ils capables de retourner chez eux?
    65 affiche film

    Les attentes n’étaient pas trop élevées après le silence radio du studio quelques jours avant la sortie du film, mais il est tout de même surprenant de voir à quel point les créateurs en sont venus à ce bordel. 65 est très décevant à plusieurs niveaux: réalisation malavisée, absence totale d’ambiance et de tension, designs de dinosaures déficients, une terrible première moitié et une écriture incroyablement inefficace.

    Adam Driver fait tout son possible pour sauver ce désastre alors qu’il tente de créer une chimie avec un personnage qui ne parle pas sa langue: une fillette survivante du crash qui l’accompagne tout au long de cette aventure endormante. Cette barrière de langue n’aide pas la cause du film.

    Alors que 65 aurait dû se concentrer sur les dinosaures et le spectacle de science-fiction qui se trouvent à la base de l’idée, les scénaristes passent une grande majorité du temps à tenter de développer ces deux seuls personnages, sans succès. Le suspense et le divertissement sont ainsi complètement absents alors qu’on a droit à un premier acte dépourvu de sensations fortes. Il y a des limites à ne pas comprendre ce que le public veut voir et 65 les a franchies.

    65 image film

    Une fois que les choses se mettent en branle dans le second acte, on trouve quelques séquences intéressantes, mais sans plus. Difficile de ne pas penser à tout ce potentiel gaspillé. On a également droit à une finale sans queue ni tête, qui frôle la dérision. Le problème ici, c’est que le film se prend beaucoup trop au sérieux. Les grands paléontologues et fanatiques de dinosaures risquent de grincer des dents en voyant le traitement réservé aux reptiles géants. 65 est donc une étape à oublier dans le parcours de Scott Beck et Bryan Woods.

  • [Critique] Infinity Pool: souviens-toi l’été dernier

    [Critique] Infinity Pool: souviens-toi l’été dernier

    Le troisième long-métrage de Brandon Cronenberg est enfin arrivé. Après Antiviral et Possessor, Infinity Pool (Débordement) nous plonge dans un récit où l’ennui existentiel de la bourgeoisie est mis en scène de manière viscérale et directe, dans toute sa perversité.

    James Foster (Alexander Skarsgård) passe des vacances maussades avec sa femme Em (Cleopatra Coleman) dans un hôtel de luxe. Leur lassitude apparente quant aux distractions offertes durant leur séjour se verra toutefois brisée par Gabi (Mia Goth) et Alban (Jalil Lespert). Ces derniers leur proposent une activité banale, mais interdite par l’hôtel: s’aventurer en dehors du complexe pour passer la journée à la plage. Une virée qui changera le cours de leurs vacances.
    infinity pool affiche film

    Il semble que les loisirs des très riches aient récemment pris les devants sur nos écrans. De Triangle of Sadness, à l’alléchant The Menu, en passant par la série The White Lotus, la vanité des 1% alimente les scénarios en tous genres. Si la configuration vacancière choisie par Cronenberg semble répondre, de prime abord, à cette même impulsion, c’est dans son exécution que le thème diffère. Il ne s’agit pas ici de se délecter de la démesure et du drame engendrés par les personnages, mais bien de s’assoir dans l’anxiété que leur comportement génère: jusqu’où vont-ils pousser leur besoin de distraction? Cronenberg explore la psyché de ses personnages à travers un enchainement d’événements de plus en plus sombres et excessifs, le tout baigné dans un cynisme constant.

    Ce voyage cauchemardesque et rituel emprunte à la science-fiction, tant dans le scénario que les décors qui traduisent la décadence décrépie d’un pays autoritaire imaginé. Les bâtiments sont érodés, l’architecture est austère, les plages ne sont pas si idylliques, les fils barbelés entourent le privilège. C’est également dans des formes esthétiques plus expérimentales que s’exprime le genre: des séquences technopsychédéliques autour desquelles s’articulent des moments clés du film. L’horreur n’est toutefois jamais loin avec des scènes de violence crue et des explorations sadiques teintées de surréalisme. Les effets spéciaux mécaniques et le maquillage insufflent d’ailleurs un réalisme affectif aux débordements qui occupent l’écran au premier plan. Le travail de la caméra (Karim Hussain) est étroit, vorace et affectif.

    Pour ne rien gâcher, Skarsgård joue très bien de la naïveté qui guide, en partie, James. Ses interactions, tour à tour passives et débridées, avec une série de personnages désabusés, maintiennent la tension nécessaire au récit. Cela dit, c’est de nouveau Mia Goth (X, Pearl) qui, à chaque apparition à l’écran, semble absorber tout son environnement pour le faire vibrer avec une passion et une intensité décuplées.

    Infinity Pool sort au Québec ce vendredi 27 janvier 2023. À voir, avant vos prochaines vacances, sur grand écran!

  • [Critique] Nope: Ben oui

    [Critique] Nope: Ben oui

    Jordan Peele est enfin de retour. Et quel retour! Trois ans après Us, Nope (Ben non, au Québec) promet une aventure empreinte de mystère dans le désert californien. Dans l’esprit de la bande-annonce, tentons de vous résumer le film sans en gâcher l’histoire.

    OJ Haywood (Daniel Kaluuya) est un éleveur de chevaux pour Hollywood. Bien que son métier soit ancré dans une longue tradition familiale, il a cependant de la difficulté à maintenir le ranch à flot. La pression exercée par son voisin, Ricky «jupe» Park (Steven Yeun), gérant d’un parc d’attraction au thème western, voulant acheter la propriété, amplifie ses inquiétudes. Sa situation se complique d’autant plus quand une série de phénomènes étranges vient bouleverser son quotidien. Avec l’aide de sa soeur Emerald (Keke Palmer) et d’Angel (Brandon Perea), un employé d’un magasin d’électronique, ils vont tenter de filmer les étranges manifestations dont ils sont témoins.

    Film de science fiction et d’horreur qui emprunte aux westerns, films de monstres, et autres inspirations Twilight Zone, Nope surprend autant qu’il conforte. On y retrouve tous les éléments d’un solide blockbuster, renforcés par l’imagination et l’humour de Peele. 

    Le film trouble et déroute dès la première minute. Là où le spectateur s’attend à débuter en plein air, dans un ranch, face aux collines, nous nous retrouvons plutôt dans ce qui semble être un studio de télévision, face à un singe couvert de sang à l’air triste. Le ton est donné: Nope n’ira pas forcément dans la direction attendue. Et c’est pour le mieux. 

    Peele joue justement avec habilité des codes et des références du cinéma de genre sans pour autant les tourner en dérision. Différentes séquences ne sont pas sans rappeler Close Encounters of the Third Kind (Stephen Spielberg), Signs (M. Night Shyamalan) ou encore Arrival (Denis Villeneuve). Toutefois, le film ne s’enlise pas dans ces références. Le traitement du thème principal est amené avec originalité. Peele donne en effet de la texture à son récit en déployant avec subtilité le mystère qui tourmente les protagonistes. Il n’hésite pas à nous amener sur de fausses pistes et à exploiter des histoires secondaires pour mieux nous captiver (la brutale histoire dont Yeun se fait l’excellent représentant).

    Participant de cette impression générale, le scénario est d’ailleurs porté par un superbe casting. Kaluuya vole l’écran à travers son jeu calme et intense à la fois, contrastant avec l’énergie contante de Keke Palmer. Tous capturent à différents degrés tant l’effroi que l’obsession pour le spectacle et le sensationnel que les événements étranges peuvent générer. Il est difficile de ne pas affectivement s’exclamer «nope/ben non» avec eux à de multiples reprises.

    Une des forces du film se situe également dans la manière dont la cinématographie et le travail du son nous font basculer dans ce territoire étrange, tour à tour calme et bruyant, sombre et coloré, rassurant et effrayant, ouvert et fermé. Le jeu de caméra occupe l’espace de manière intéressante et suit régulièrement les yeux des protagonistes vers l’horizon et le ciel, générant une angoisse inhabituelle et permanente envers le paysage et les espaces extérieurs. Une fascination mêlée d’effroi nous habite durant toute la longueur du film.

    De nouveau, Peele livre une oeuvre originale, surprenante par moments, qui emprunte des chemins qui semblent à la fois familiers et inédits. Un vrai plaisir. Un film à ne pas manquer sur grand écran, afin de profiter du spectacle dans les meilleurs conditions. 

  • [Critique] Stranger Things 4 – volume 2: une finale à la hauteur

    [Critique] Stranger Things 4 – volume 2: une finale à la hauteur

    Est-ce que vous comptiez aussi les jours depuis le 28 mai en écoutant Running Up That Hill (A Deal With God) de Kate Bush en boucle ou c’est seulement nous? Le volume 2 de la quatrième saison de Stranger Things arrivait chez Netflix vendredi, et tout comme la première partie, celle-ci ne déçoit pas.

    L’identité de Vecna est enfin révélée à Eleven (Millie Bobby Brown, Godzilla vs. Kong) et Nancy (Natalia Dyer, Velvet Buzzsaw), qui s’empressent de relayer l’information à leurs amis. Les deux équipes, séparées par des kilomètres, mettront leur plan en branle pour arrêter le Mal avant qu’il continue à tuer. De leur côté, Joyce (Winona Ryder, Heathers) et Hopper (David Harbour, Hellboy) sont enfin réunis et devront trouver une façon de rentrer aux États-Unis.
    Stranger Things saison 4 affiche netflix

    L’épisode huit reprend exactement là où le septième s’était terminé, et les créateurs ne perdent pas de temps à nous lancer directement dans l’action. Le récit tient en haleine pendant ses presque quatre heures de télévision qui ne s’essoufflent jamais. L’intrigue entourant Hopper lève enfin depuis la finale du précédent chapitre et nous garde aussi bien accroché cette fois. Le seul petit problème se trouve encore être la longueur des épisodes qui, comme pour le volume 1, nous enlève le plaisir de pouvoir les binge watcher. Le dernier aurait d’ailleurs bénéficié d’être séparé en deux segments. C’est plutôt long deux heures vingt-deux minutes, même si l’action est au rendez-vous.

    L’ensemble des acteurs continue de briller et, alors que Sadie Sink (Eli) et Natalia Dyer sortaient du lot dans le premier volume, on donne ici une mention spéciale à Noah Schnapp (Hubie Halloween) et Gaten Matarazzo (la série Blacklist), qui livrent tout deux des scènes poignantes. La trame sonore, encore une fois excellente, sert aussi beaucoup à faire passer les émotions des personnages. Les amateurs de métal apprécieront grandement un moment en particulier avec Eddie (Joseph Quinn, Overlord) dans le Upside Down.

    Ce volume 2 est à la hauteur des attentes que la première partie avait créées il y a quelques semaines. On passe par une gamme d’émotions lors du dernier épisode: des moments angoissants, suivis d’une dose d’action haletante pour finalement se terminer en larmes. La cinquième et dernière saison a déjà été annoncée depuis un certain temps et espérons que l’attente ne sera pas aussi longue. On leur pardonnera tout de même si c’est pour nous offrir un chapitre aussi mémorable que ce dernier.

  • [Critique] Dual: la guerre des clones

    [Critique] Dual: la guerre des clones

    C’est cette semaine que le dernier film de Riley Stearns (The Art of Self-Defense) arrivait sur demande. L’homme porte à la fois le chapeau de réalisateur et de scénariste sur ce projet, simplement nommé Dual; un thriller saupoudré d’un brin de science-fiction.

    Sarah (Karen Gillan, Oculus) vient d’apprendre qu’elle a une maladie incurable sans aucune chance de survie. Elle décide donc de faire appel à une agence pour créer un clone d’elle, qui pourra prendre sa place après son décès. Dix mois s’écoulent et la jeune femme apprend qu’elle a vaincu la maladie. Elle devra participer à un duel contre son double où seulement l’une d'entre elle sortira vivante.
    Dual affiche film

    La réalisation de Riley Stearns est assez ordinaire. Là où il marque le plus de points, c’est plutôt avec son scénario original. Alors que le récit semble se diriger dans une direction, ce dernier prend un tout autre chemin. Le rythme est assez lent, mais l’intrigue garde accroché alors qu’on s’attache facilement aux personnages. Les dialogues sont bien écrits et apportent des touches humoristiques au film, alors que le ton général est à la fois loufoque et sérieux. Le processus de clonage, entre autres, ajoute beaucoup à l’absurdité du métrage. Le scénariste parvient aussi à glisser quelques sous-entendus et à soulever des débats moraux dans cette histoire.

    Dual fonctionne aussi grâce au jeu formidable de Gillan, parfaite en Sarah et son double. Elle arrive à faire oublier qu’elle incarne les deux rôles, tout en nous donnant envie de soutenir et d’encourager la jeune femme dans ce duel mortel. L’actrice décode habilement les nuances du scénario, et ses scènes avec Aaron Paul (la série Breaking Bad) sont excellentes. Même les personnages plus secondaires, comme la docteure (June Hyde), saisissent bien le ton voulu et rendent le tout encore meilleur.

    Ceux qui ont aimé The Killing of a Sacred Deer vont certainement apprécier Dual. Le jeu des acteurs et le style rappellent beaucoup le film de Yorgos Lanthimos. Ceux qui préfèrent les thrillers avec beaucoup de suspense voudront probablement toutefois vouloir passer leur tour. L’œuvre de Riley Stearns n’est effectivement pas pour tous, mais son scénario original avec sa fin inattendue valent le détour.

  • [Critique] Jurassic World Dominion: une récréation estivale à des années lumières de Spielberg

    [Critique] Jurassic World Dominion: une récréation estivale à des années lumières de Spielberg

    Jurassic World Dominion nous est annoncé depuis des mois comme l’ultime chapitre de la saga qui allait enfin refermer la boucle génétique ouverte en 1993 avec le classique de Steven Spielberg. On a tenté de faire croire qu’on proposait un nouveau long-métrage tout simplement parce que l’histoire n’était pas encore terminée. Comme on s’en doutait, tout ceci n’était que balivernes puisque ce sixième volet n’offre aucune perspective nouvelle n’ayant été déjà traitée dans les cinq précédents volets.

    À une époque où la race humaine commence une coexistence plus contrôlée avec les dinosaures, Owen et Claire tentent l’impossible pour sauver la jeune Maisie d’une société de biotechnologie qui veut l’étudier, comme elle le fait avec les créatures préhistoriques, dans le but de servir les desseins d’un magnat de la technologie voulant s’enrichir davantage.

    L’utilisation de la manipulation génétique par l’homme à des fins mercantiles qui finit par être dépassé par les événements était déjà le thème central du premier long-métrage. Tout n’est que recyclage, mais l’important demeure le tour de manège.

    Rendu au troisième volet de cette seconde trilogie, le spectateur a déjà compris que l’émerveillement, l’intelligence et la puissance suscités par le film original sont loin derrière lui. Pour apprécier cet épisode, il faut le voir comme une récréation sans subtilités, où des humains sont attaqués par des monstres préhistoriques. Il nous faut toutefois avouer que le film réussit à être une vraie distraction.

    Le scénario multiplie les intrigues secondaires et les personnages superflus. Cela désamorce un brin la tension de cet amalgame peu subtil de scènes de poursuites calquées, pour la plupart, sur le film de Spielberg. Le fait de sortir les animaux préhistoriques du parc insulaire offrait de multiples possibilités, mais il devient ici un prétexte à donner au film des airs de James Bond ou encore d’Indiana Jones.

    Comme il aurait été intéressant de voir un film étudiant réellement l’adaptation de l’homme face aux dinosaures et vice-versa. Spielberg aurait certainement osé pousser son analyse plus loin, mais Colin Trevorrow veut avant tout nous en mettre plein la vue. Sa mise en scène ne sert qu’à créer des images époustouflantes.

    À ce titre, le spectateur est servi. L’ensemble est tellement boursouflé de scènes d’actions que certains passages marchent assez bien. Par ailleurs, les effets spéciaux sont d’une redoutable efficacité.

    Si la chimie n’opère pas plus qu’auparavant entre l’impassible Chris Pratt et Bryce Dallas Howard, le retour des trois vétérans donne au film ses véritables saveurs. L’électricité entre Sam Neil et Laura Dern fait encore des flammèches, alors que les répliques de Jeff Goldblum sont cinglantes à souhaits.

    Jurassic World Dominion est l’un de ces blockbusters estivaux amusants, qu’on regarde en souriant, mais qui ne vole pas très haut.

  • [Critique] Stranger Things 4 – volume 1: un magnifique cauchemar nostalgique

    [Critique] Stranger Things 4 – volume 1: un magnifique cauchemar nostalgique

    Elle nous avait manqué, cette délicieuse intro avec ses notes au synthétiseur! La barre était haute pour ce quatrième volet de Stranger Things et les frères Duffer réussissent avec brio à redorer la série qui s’était un peu essoufflée lors des deux dernières saisons. Ce nouveau chapitre se divise en deux parties: les sept premiers épisodes seront disponibles chez Netflix ce vendredi 27 mai et les deux derniers — dont l’épisode ultime de près de 2h30 — feront leur entrée le 1er juillet prochain.

    De nouveaux phénomènes étranges font leur apparition à Hawkins, plongeant le petit village en pleine terreur. La bande de jeunes se retrouvera encore une fois à enquêter sur les événements. Pendant ce temps, Eleven (Millie Bobby Brown, Godzilla vs. Kong) et Will (Noah Schnapp, Hubie Halloween) doivent apprendre à s’adapter à leur nouvelle vie en Californie. Joyce (Winona Ryder, Black Swan), quant à elle, fera tout en son possible pour retrouver Hopper (David Harbour, Black Widow).

    Cette quatrième saison nous transporte dans un véritable cauchemar à la A Nightmare on Elm Street, entre autres au niveau de la trame narrative, de la bande sonore et avec, en bonus, un caméo de Robert Englund. Les créateurs prennent le temps de bien installer leurs pions pour nous accrocher dès le début et nous replonger dans la nostalgie des années 80. L’horreur prend même le dessus sur la science-fiction par moments cette fois. Alors qu’on devait suivre plusieurs récits en parallèle dans les dernières saisons, les personnages sont maintenant regroupés, nous donnant ainsi moins l’impression d’être éparpillés dans tous les sens.

    Parlant des différentes intrigues, l’enquête qui se déroule à Hawkins est définitivement la plus intéressante. Mention spéciale à Natalia Dyer (Velvet Buzzsaw) qui brille plus que jamais dans le rôle de Nancy. On accroche facilement aussi grâce à la chimie naturelle du groupe. Dustin (Gaten Matarazzo, la série Blacklist), Steve (Joe Keery, Free Guy) et Robin (Maya Hawke, Fear Street: Part 1) sont encore une fois excellents ensemble. L’histoire entourant Hopper pique toutefois moins notre intérêt. D’autant plus que c’est sans grande surprise que le personnage ne soit pas décédé durant la finale de la précédente saison.

    Les épisodes, d’une longueur considérablement longue (environ 75 minutes chaque), se dévorent assez bien. Même si on ne voit pas le temps passer, la durée des chapitres nous enlève par contre le plaisir de binge watcher la série. Il aurait peut-être été mieux avisé de diviser les récits autrement afin d’avoir un ou deux épisodes de plus. L’attente en aura tout de même grandement valu la peine. Cette nouvelle saison est la meilleure depuis la première de 2016 et la finale donne déjà hâte au mois de juillet!

  • [Critique] Black Crab: patinage derrière les lignes ennemis

    [Critique] Black Crab: patinage derrière les lignes ennemis

    Le réel avantage des plateformes est certainement de nous faire bénéficier de films étrangers qui sont souvent assez inspirés. Black Crab, qui paraît ce vendredi chez Netflix est une petite perle en soi. Bien sûr, nous sommes loin des accomplissements que furent des longs-métrages comme Roma ou The Irishman, mais ce thriller a de quoi vous faire passer une excellente soirée.

    Évoluant dans un monde post-apocalyptique ravagé par la guerre, Caroline Edh a été séparé de sa fille. On lui ordonne de se joindre à un commando de six soldats, dont les membres sont choisis pour leur habileté à patiner. L’objectif est de traverser un océan de glace pour livrer un colis secret, dont certaines facultés pourraient anéantir la guerre. Bien sûr, pour s’assurer que Caroline soit dévouée à cette requête, on lui explique qu’elle pourra retrouver sa fille si elle réussit.

    Ce petit film suédois, premier long-métrage du cinéaste Adam Berg, est un divertissement comme on en voit peu. Adapté du roman de Jerker Virdborg, la prémisse du scénario nous change déjà des drames de guerre habituels. Transférer une arme secrète d’un endroit à un autre par des voyageurs en patins donne droit à plusieurs moments de tensions assez palpables. Si la témérité de l’héroïne principale en vient parfois à la rendre antipathique, et que certains rebondissements semblent un peu arbitraires, l’ensemble n’en demeure pas moins une virulente dénonciation des conflits armés et des choix moraux pouvant en découler. Le conflit survenant dans Black Crab n’est pas réellement identifié, mais plus la trame avance et plus on dépouille son absurdité.

    À la réalisation, Berg joue habilement avec ses images nocturnes et sa musique pour dresser une ambiance tantôt inquiétante, parfois même lyrique. C’est comme si cet archipel de glace que l’on franchit avait une dimension surnaturelle, en plus d’être un obstacle terrifiant.

    Comme à chacune de ses apparitions à l’écran, Noomi Rapace (Prometheus, Lamb) est remarquable d’émotions et de nuances. Cela dit, la distribution l’entourant est tout aussi brillante. Bref, Black Crab est excellente surprise à regarder sans faute.

    Black Crab arrive chez Netflix le 18 mars prochain.

  • [Critique] Mother/Android: beaucoup de mère, peu d’androïde

    [Critique] Mother/Android: beaucoup de mère, peu d’androïde

    En 2021, Chloë Grace Moretz ouvrait officiellement l’année horrifique dans l’un des divertissements les plus explosifs en mémoire. Notre «Carrie nouvelle génération» ne répétera pas toutefois l’expérience dans le thriller de science-fiction Mother/Android (Mère/Androïde), production Hulu écrite et réalisée par le cinéaste américain Mattson Tomlin (Solomon Grundy), qui arrive chez nous en ce début janvier via Netflix.

    Dans un futur rapproché, après qu'un glitch ait transformé les androïdes qui nous accompagnent dans notre quotidien en véritable machine à tuer partout au pays, un couple — Moretz et Algee Smith (Judas and the Black Messiah) — traverse les États-Unis à la recherche d'un refuge. La jeune femme devra trouver un moment à travers le chaos pour mettre au monde son premier enfant. 
    Mother/Android affiche film

    Lorsqu’une production place un personnage sur le point d’accoucher dans un monde post- apocalyptique où il ne faut pas faire de bruit, les rapprochements avec A Quiet Place sont assez difficiles à éviter. Mother/Android emprunte en effet à beaucoup au genre, notamment au film de zombies classique, sans jamais aboutir à un produit original ou même divertissant.

    Ce qui déçoit le plus, c’est qu’où on croyait avoir affaire à un film d’action haletant mettant en scène de dangereuses machines à tuer, le scénario s’attarde davantage sur la relation du duo durant leur cavale. La particularité aurait pu intéresser, si seulement ladite relation avait été un tant soit peu développée. On se retrouve ainsi plutôt devant un enchaînement de décisions douteuses, gracieuseté du personnage du conjoint détestable au possible, où on peine à saisir ce qui unit vraiment le couple. Et pendant ce temps, les fameux robots sont font beaucoup trop rares.

    L’issue de Mother/Android présente peut-être un certain dénouement surprenant, mais gageons que devant la lenteur du périple, plusieurs auront abandonné avant la conclusion. Et c’est sans parler de l’épilogue, qui tente à tout prix de nous tirer une rivière de larmes, en vain. La performance convaincante de Moretz n’arrive pas au final à sauver ce pétard mouillé qui se prend trop au sérieux et ne satisfera pas une seconde son public cible.