Category: Euro Horror

  • [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    Après avoir fait sensation dans les festivals à l’échelle mondiale, Vermines (Infested) arrive chez nous ce vendredi via Shudder. On peut parier que vous allez kiffer grave (comme c’est un film français, on s’adapte, hein). D’emblée, on se doit de confirmer que ce premier long métrage de Sébastien Vaniček n’a vraiment, mais vraiment pas volé les nombreuses accolades qu’il s’est méritées depuis sa première au Festival de Venise l’automne dernier.

    En plus de ses récentes nominations aux Césars, le film a remporté deux prix au Fantastic Fest (meilleur film et meilleur réalisateur, catégorie horreur), de même que le prix spécial du jury au prestigieux Sitges Film Festival, « pour être un film de monstre aussi puissant que politique ». Car Vaniček (avec qui on a pu discuter via Zoom; voir plus bas) en a profité, entre deux séquences bien angoissantes, pour dénoncer la violence policière comme le fit jadis le bon Kassovitz. Donc, ça raconte quoi, Vermines?

    Kaleb, un revendeur d'espadrilles luxueuses, adore les petites bestioles. Dans son appart, il en collectionne : ses colocs sont des reptiles, batraciens et autres insectes qui piquent, vivants dans de grands vivariums. Lorsque s'échappe une redoutable et exotique araignée qu'il vient à peine d'acheter, il doit tomber en mode survie, épaulé de sa sœur Lila, son pote Mathys et d'un couple d'amis, Manon et Jordy. Ça se complique surtout lorsque débarque sur place la police, scellant l'immeuble, semant ainsi la panique.

    Les banlieusards

    Après une bien épicée intro à saveur marocaine, on plante le décor à l’est de Paris, à Noisy Le Grand (patelin d’origine du réalisateur), plus précisément aux arènes de Picasso, un aussi impressionnant que singulier immeuble de près de 500 logements — allez le googler, ça vaut le détour. Ce récit sans temps mort (106 minutes au compteur) prend tout de même — et fort heureusement — le temps de nous présenter des personnages à la fois attachants et joliment complexes. Élevant du même fait une prémisse qui pourrait sembler somme toute classique sur papier.

    C’est que nos protagonistes sont défendus par un solide casting des plus diversifiés, incarnant de jeunes adultes plutôt ordinaires, qui roulent leur bosse dans une banlieue anonyme sans trop faire de vague, réagissant de façon crédible face à la menace. Notre héros est interprété par Théo Christine (le long métrage Gran Turismo, la série War of the Worlds) et sa sœur par Sofia Lesaffre (Seul, Deep Fear), un duo filial au passé chargé, dont la relation évoluera organiquement en cours de route.

    Leurs amis, Manon, Jordy et Mathys, sont respectivement joués par Lisa Nyarko, Finnegan Oldfield (Coupez!, la série Das Boot) et Jérôme Niel (au générique de deux films de Quentin Dupieux, Daaaaaalì et Fumer fait tousser); un fortiche ensemble auquel on s’attache rapidement et qui nous offre même plusieurs moments poignants. Sans oublier tous les autres beaux personnages secondaires des plus colorés (et on ne parle même d’épiderme ici!).

    Maitriser l’intensité sans oublier de raconter

    Or, la véritable star du film, c’est la réalisation sans faille de Vaniček. Multipliant les mouvements de caméra dynamiques et autres plans très frais, il tâche toujours de rester au service de la prémisse. Et perfectionniste jusque dans son énergique générique. Une virtuosité rafraichissante qui n’est pas sans rappeler par moments le style d’un jeune Raimi.

    En se gardant de trop en dévoiler, on peut tout de même se permettre de balancer en vrac quelques noms familiers qui nous sont venus en tête, comme les grands maîtres nord-américains que sont les Hooper, Friedkin, Fincher, Carpenter et Cameron, de même qu’une poignée de dynamiques duos européens : Bustillo/Maury, Cornish/Wright, Levasseur/Aja et Balaguero/Plaza.

    En effet, le bonhomme semble être fan comme nous des plus inventifs cinéastes n’ayant jamais touché à l’horreur (et oui, sachez que votre scribe défendra bec et ongles ces audacieuses comparaisons si vous le mettez au défi!). Du coup, après le visionnement de votre nouveau film d’araignées tueuses préféré, vous comprendrez trop bien pourquoi le réalisateur a été recruté pour non seulement écrire (avec Florent Bernard, son co-scénariste sur Vermines) et réaliser le prochain film de la saga Evil Dead — qui devrait normalement sortir pour Halloween 2025.

    Shooter de vraies araignées

    Au niveau de l’équipe technique, on retrouve également pas mal de talents. Impossible de ne pas souligner la qualité des images de l’impeccable direction photo. On l’a doit à Alexandre Jamin (Horsehead), qui retrouvait Vaniček après avoir bossé sur son moyen métrage Crocs (2018). D’inventifs plans (et parfois frénétiquement immersifs) qui sont magnifiés par le montage vitaminé et bien tassé de Thomas Fernandez (Jappeloup, Enter the Void) et Nassim Gordji Tehrani (Igor).

    Ponctuées de tout plein de hip-hop français, la trame sonore des plus anxiogènes de Douglas Cavanna (Crocs) et Xavier Caux renforce de belle façon le niveau de terreur. Sans oublier les effets spéciaux pratiques de Léo Ewald (Vesper), complémentés avec brio d’irréprochable CGI et d’authentiques araignées! Non, vous n’êtes pas prêt·e pour toutes ces poursuites haletantes, qui donnent l’impression d’être pourchassé·e·s dans des couloirs bien sombres par des hordes de bébés xénomorphes!

    Claustrophobes, car confinées, ces montagnes russes sous tension font rimer émotion avec action, en plus d’être pimentées d’humour et d’une sensibilité aussi française que multiculturelle. Bref, un film de son temps, qui livre solidement la marchandise et qui surprend souvent. Vermines prouve, hors de tout doute, qu’il est possible de faire dans notre belle langue du cinéma de genre, aussi célébré qu’exportable. Encore!

  • [Fantasia 2023] Pandemonium: un délicieux cauchemar entre Dante et Fulci

    [Fantasia 2023] Pandemonium: un délicieux cauchemar entre Dante et Fulci

    En littérature, on appelle Pandemonium la capitale imaginaire de l’enfer. Le titre à lui seul de ce nouveau film de Quarxx (Tous les dieux du ciel) avait de quoi piquer la curiosité des cinéphiles d’horreur. Certain·e·s se rappelleront peut-être qu’avec son court-métrage Un ciel bleu presque parfait, le cinéaste avait remporté le prix du jury de Fantasia en 2016 pour le meilleur court-métrage international.

    Différentes histoires d’horreur se succèdent après qu’un automobiliste et un cycliste aient été impliqués dans un accident de la route les conduisant vers une inquiétante porte.

    Pandemonium affiche film

    Pandemonium est un film d’horreur pour le moins radical, où le malaise et l’horreur sont omniprésent. Le scénario de Quarxx enchâsse ici trois intrigues qui forment un tout. Si elle s’avère terriblement sombre et noire, la trame plonge souvent vers un humour acide qui mélange plusieurs émotions contradictoires avec beaucoup de finesse. À travers la métaphore de l’enfer, le cinéaste illustre aussi l’enfer au quotidien où la douleur vient toujours de l’autre. L’ensemble se veut une exploration intéressante de la culpabilité et du châtiment. Si les spectateurs·trices risquent de déraper un peu lorsqu’on délaisse pour la première fois le personnage principal pour explorer d’autres âmes damnées, il a vite fait de se relever tellement le récit bouillonne.

    Quarxx réussit à maintenir un climat d’angoisse dans la totalité de son film. Que l’on soit sur cette route rurale, dans un manoir gothique ou sur le sol de l’enfer — faisant réellement écho à The Beyond de Lucio Fulci —, sa mise en scène utilise la facture visuelle luisante pour dépeindre l’étouffement.

    Si la distribution est en tout point parfaite, il faut bien admettre que la jeune Manon Maindivide (Les Princesses font ce qu’elles veulent, du même réalisateur) est bouleversante. Dans le rôle de cette enfant princesse sans conscience, la jeune actrice épate.

    En conclusion, Pandemonium est un film lourd, sérieux, mais extrêmement intelligent. Si vous êtes d’humeur à une comédie d’horreur à la Evil Dead 2, il vaut mieux passer votre chemin. Sinon, foncez sur cette perle inclassable.

  • [Fantasia 2022] «Orchestrator of Storms: The Fantastique World of Jean Rollin»: éloge d’un mouton noir

    [Fantasia 2022] «Orchestrator of Storms: The Fantastique World of Jean Rollin»: éloge d’un mouton noir

    Il est toujours intéressant de regarder ce que contient la section Documentaires de la marge lors de chaque édition de Fantasia. Cette année, les fans pourront y découvrir Orchestrator of Storms: The Fantastique World Of Jean Rollin proposant un regard sur l’œuvre de ce cinéaste pour le moins marginalisé.

    À travers une série de témoignages et d’extraits de ses films, les cinéastes Dima Ballin et Kat Ellinger tentent de souligner l’importance du cinéaste Jean Rollin qui n’a jamais fait l’unanimité autant chez les amateurs d’horreur que chez les critiques.
    Orchestrator of Storms: The Fantastique World of Jean Rollin affiche film

    Orchestrator of Storms est un documentaire peut-être un peu trop conventionnel dans sa forme pour réactualiser adéquatement un cinéaste que l’on dit mal-aimé. C’est-à-dire que si l’usuelle biographie que l’on dresse nous fait apprécier l’homme, très peu d’éléments nouveaux sauront susciter l’intérêt des détracteurs de son travail. On ressent la colère de certains intervenants face à la réception de ses films, mais aucun n’argumente assez rigoureusement pour que l’on accepte cette idée que l’œuvre de Rollin puisse avoir la valeur de celle de Bava ou même de Godard, ce que l’on sous-entend.

    Pourtant, la passion de certains répondants qui discutent de scènes mémorables et de certains artistes avec qui il a travaillé suffit à fasciner le spectateur. Comme si, peu importe la valeur que l’on donne à son œuvre, on en vient à accepter que le personnage fut unique. Parmi ces derniers, il est impossible de ne pas souligner les propos délicieux de Brigitte Lahaie (Vibrations Sensuelles) et de Kier-La Janisse (Woodlands Dark and Days Bewitched: A History of Folk Horror).

    Au final, si ce documentaire échoue à montrer la filmographie d’un mouton noir sous un meilleur angle, on réussit tout de même à dresser un portrait élégant et tendre de cet érudit incompris.

  • [FNC 2021] After Blue (Paradis sale): la planète des seins

    [FNC 2021] After Blue (Paradis sale): la planète des seins

    Dans un univers et un futur lointain où la communauté est exclusivement féminine, Roxy libère une créature diabolique et meurtrière ensevelie dans le sol. Alors que les morts s’accumulent, la jeune fille et sa mère doivent partir à sa recherche dans ce paradis sale.

    After Blue (Paradis Sale) est la nouvelle réalisation du cinéaste Bertrand Mandico, un nom qui représente presque un genre cinématographique à lui seul pour les cinéphiles qui le connaissent. En 2012, le scénariste et réalisateur a co-écrit le Manifeste de l’incohérence, où on peut y lire qu’être: «incohérent signifie avoir foi dans le cinéma, cela signifie avoir une approche romantique, non formatée, libre, perturbée et onirique

    On peut donc dire que celui qui nous a livré récemment l’inoubliable long-métrage Les garçons sauvages met une seconde fois en images ce qu’il a déjà validé en mots. Mandico nous propose pour cet opus de métisser le western, la science-fiction et l’horreur en tricotant l’ensemble dans un climat d’homosexualité féminine, latent en apparence, mais où chaque détail semble lié au désir que ressentent ces femmes. Imaginez un récit de Tom of Finland au féminin qui tenterait de remodeler l’univers de Mad Max. L’approche ne manque ni d’audace ou d’originalité, mais le scénario peine à maintenir l’intérêt durant la totalité du film. Il devient impossible de ne pas regarder sa montre, même si on s’était conditionné à l’avance au délire.

    En revanche, sa réalisation se compose de choix insolites qui en font, certes, une œuvre unique. La conception visuelle bourdonne de couleurs, de brume et de paillettes. Plusieurs décors du monde en question sont très raffinés, même s’ils glissent volontairement vers un kitsch, rappelant certains épisodes des premiers Star Trek. C’est effectivement un buffet pour les yeux, mais force est d’admettre que Mandico maîtrise moins ses excès que pour son premier long-métrage.

    La nouvelle venue Paula Luna est plus souvent agaçante dans le premier rôle que convaincante. Heureusement que la vétérante Elina Löwensohn (Laisse bronzer les cadavres) rehausse l‘interprétation avec le charisme qu’on lui connaît.

  • [Critique] La Révolution: la révolte sanglante des petites gens

    [Critique] La Révolution: la révolte sanglante des petites gens

    France, 1787 – deux ans avant la Révolution française – Joseph Guillotin, un orphelin devenu médecin, enquête sur la mort mystérieuse d’une jeune femme qui semble avoir été dévorée par un tueur cannibale. Les autorités ont accusé un étranger du nom d’Oka, mais Joseph arrive à la conclusion que ce dernier est innocent. Il fait également la découverte du «sang bleu», une nouvelle maladie qui se propage parmi l’aristocratie. De toute évidence, le meurtre de la jeune Rebecca et cette nouvelle maladie sont reliés. Après les avoir exploitées pendant des siècles, est-ce que la noblesse se nourrirait maintenant littéralement des «petites gens»?

    «L’histoire est une suite de mensonges sur lesquels on est d’accord». C’est sur cette citation de Napoléon Bonaparte que débute le premier épisode de la nouvelle série Netflix La Révolution, disponible sur la plateforme depuis le 16 octobre. Cette production française divisée en huit épisodes est une uchronie qui se sert des préludes de la Révolution française comme toile de fond, afin de raconter un récit fantastique alliant vaudou et séries historiques.

    Si on pense à Game of Thrones, la famille Lannister étant remplacée ici par celle des Montargis, le Barry Lyndon de Stanley Kubrick n’est pas loin; pour l’époque dépeinte à l’écran, mais aussi pour la beauté des décors et des costumes, ainsi que de la photographie, savamment conçue. Autre lien avec Kubrick, c’est la musique qui berce La Révolution, reprenant parfois des classiques de l’époque, mais avec une sonorité électronique à la A Clockwork Orange.

    Par contre, malgré sa magnifique direction artistique et un casting plutôt solide (comprenant entre autres l’excellent Laurent Lucas et plusieurs rôles féminins intéressants), cette série est loin d’être parfaite et d’être à la hauteur de l’œuvre de Kubrick. Le scénario est parsemé de plusieurs longueurs et certains anachronismes font tiquer. Ainsi, on s’interroge pourquoi l’un des badguys préfère utiliser la cautérisation après l’amputation de sa main au lieu de la ligature des artères, pourtant mise au point deux siècles plus tôt par Ambroise Paré. Peut-être qu’il n’y avait pas de chirurgien à porter de main (roulement de tambour, rires en canne).

    D’ailleurs, lorsqu’on lit la critique plutôt mitigée (voire incendiaire) qui a été publiée jusqu’à maintenant en France, on s’interroge si une saison 2 sera produite (les créateurs en ayant prévues trois au total). Il faut dire que de faire passer la noblesse française pour de méchants cannibales, ne passe avec tout le monde, surtout chez les royalistes nostalgiques d’une époque… révolue.

    Ce serait bien dommage, car malgré ses faiblesses, on embarque tout de même dans cette proposition de qualité, surtout si on est fan de dark fantasy. De plus, l’idée d’une maladie qui frappe la noblesse et donne une couleur bleue au sang à cause du manque d’oxygène est un concept ingénieux (le sang bleu étant une vieille expression pour désigner la noblesse et la royauté). Pour ceux qui préfèrent par contre l’horreur pure et espéraient voir un Walking Dead en pourpoint et haut-de-chausses, vous risquez d’être amèrement déçus. L’hémoglobine ne manque pas, mais l’intérêt est ailleurs.

  • [Critique] Entwined: un poème funèbre et mystique

    [Critique] Entwined: un poème funèbre et mystique

    Le docteur Panos déménage dans un village isolé afin d’offrir ses services à la communauté. Attiré par une étrange mélodie, il s’enfonce dans les bois et rencontre Danae, une jeune femme qui vit seule avec son père, atteinte d’une mystérieuse maladie de peau. Panos est déterminé à la guérir, mais il est frappé à son tour par l’étrange malédiction qui afflige Danae et ne parvient plus à retrouver la route pour quitter la forêt et retourner au village.

    Présenté en première mondiale il y a un an au Toronto International Film Festival, Entwined est enfin disponible en VSD. Avec ce premier long métrage, le réalisateur grec Minos Nikolakakis propose un conte atmosphérique et intrigant. La narration est lente et l’horreur est peu présente, l’accent étant mis avant tout sur l’étrangeté et non la peur pure. Comme c’est souvent la norme dans les contes de fées, Entwined contient une histoire d’amour. Un amour qui cannibalise l’autre et qui est surveillé par une nature vivante, agissante, violente.

    À l’image de l’intrigue, les effets spéciaux sont subtils, naturalistes et participent à l’inquiétante poésie baignant l’ensemble du film. Rien de tape-à-l’œil. Rien de superflu. Tout le contraire du personnage du demi-frère de Panos, George, interprété par John De Holland, qui a aussi coscénarisé le film. Introduit dès le début d’Entwined, George vient constamment briser l’ambiance de ce conte en cherchant à rejoindre son frère au téléphone. De plus, malgré que la majorité des dialogues soient en grec, George discute uniquement en anglais avec son frère. Cela n’apporte rien au récit et édulcore le côté exotique de l’œuvre et l’impression d’étrangeté ressentie par le spectateur lors du visionnement.

    Autre faiblesse d’Entwined: le récit est prévisible. On s’attend à ce qui va arriver et on est rarement surpris par les péripéties. Ainsi, la conclusion ne surprend guère, mais elle demeure en symbiose avec ce qui précède. Et, heureusement, cette conclusion évite tout manichéisme, proposant une vision complexe et nuancée du monde, du temps et de la mort.

    Entwined est à la fois une œuvre exigeante et paisible, un poème funèbre et pastoral. Le résultat n’est pas transcendant, mais il est suffisamment réussi pour qu’on ait envie de surveiller de près la carrière de Minos Nikolakakis.

  • [Fantasia 2020] Yummy: lifting, réduction mammaire et zombies

    [Fantasia 2020] Yummy: lifting, réduction mammaire et zombies

    «Facelifts, boob jobs and zombies». Ce slogan, se trouvant sur l’affiche de Yummy, décrit bien le film du réalisateur belge Lars Damoiseaux.

    Accompagnée de sa mère et de son copain, Alison (Maaike Neuville) se rend dans un pays de l’Europe de l’Est pour subir une opération délicate: une réduction mammaire. Tandis que la mère (Annick Christiaens) se fait faire un énième lifting, le personnel médical demande à Michael (Bart Hollanders), le petit ami d’Alison, d’aller faire un petit tour. Hématophobe et gaffeur, Michael est particulièrement stressé par l’opération, ce qui rend nerveux tout le monde. Alors que Daniel (Benjamin Ramon), un employé de la clinique, lui fait le tour du propriétaire, Michael découvre une femme sans visage attachée à une civière. Il s’agit du patient zéro, un cobaye à qui on a fait subir un traitement expérimental de rajeunissement des cellules. Résultat: elle s’est transformée en zombie. Lorsqu’elle parvient à s’échapper, une épidémie mortelle se propage dans l’établissement, décimant les employés et les patients.

    Yummy affiche filmYummy ne se prend pas au sérieux. L’histoire n’est pas particulièrement originale et le réalisateur et sa co-scénariste Eveline Hagenbeek ont opté pour la comédie trash, le gore burlesque et les blagues grivoises. Dès le générique d’ouverture, on a une petite idée des influences, puisque ce dernier ressemble beaucoup à l’intro de Re-Animator de Stuart Gordon en présentant des schémas du corps humain (et qui se passait lui aussi majoritairement dans un hôpital). Donc, en plus du festival de tripailles habituel et des bimbos aux seins nus, pénis flambé et amphibien mort-vivant sont également au menu.

    Le film peine donc à s’éloigner des poncifs du genre. Michael passe pour un lâche maladroit, la cohésion du groupe de survivants est constamment mise à mal par diverses trahisons et Alison est manipulée par le beau blond Daniel, qui est en fait un toxicomane et un prédateur sexuel. Malgré tout, l’humour fonctionne bien (et ça, même si la meilleure blague se trouve au début du film). À l’inverse, la conclusion est plutôt déprimante, ce qui peut à la fois surprendre le spectateur, mais également le décevoir.

    Si vous souhaitez voir un film léger et divertissement, Yummy est un choix pertinent au sein de la programmation 2020 du festival Fantasia. Par contre, si vous préférez des oeuvres plus exigeantes et surtout, qui sortent des sentiers battus, continuez vos recherches: d’autres titres pourront vous satisfaire.

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  • [Critique] «Cruel Peter: The Boy»: le bon fils

    [Critique] «Cruel Peter: The Boy»: le bon fils

    Peter est un enfant cruel. Il s’amuse à tuer des animaux et maltraite les autres enfants. Même lorsqu’il coupe — à l’aide d’un rasoir — le visage d’une domestique, sa mère continue de le défendre. Pour se venger de la mort de son chien, Alfredo, un fils de paysan, tend un piège à Peter et enterre ce dernier vivant.

    Passée cette introduction qui se déroule en Italie en décembre 1908, le film fait un saut d’un siècle et nous amène en Angleterre. Norman est un archéologue qui a perdu sa femme quelques années auparavant dans un grave accident. Sa fille, Lise, a perdu l’ouïe depuis et ne communique plus que par des signes. La relation entre les deux n’est pas très bonne, mais lorsque Norman reçoit l’offre de restaurer un vieux cimetière anglais sur une île de la Sicile, il se dit que ce serait un moyen intéressant à sortir de sa léthargie et de renouer avec sa fille.

    Disons-le d’entrée de jeu, Cruel Peter: The Boy (Cruel Peter: Le garçon) est un banal film de fantômes comme il s’en produit des centaines chaque année. Cette production italienne — tournée en anglais — manque cruellement d’originalité. Techniquement, le film est bien léché, quoique les images nocturnes sont beaucoup trop sombres, ce qui nous empêche de bien voir ce qui se passe à l’écran. Est-ce un problème causé par le transfert en numérique ou est-ce une maladresse du directeur de la photographie? Nous ne saurions le dire, mais cet irritant demeure particulièrement déplaisant.

    Ce manque d’originalité et ce problème de lisibilité sont plutôt dommages, car les acteurs s’en tirent plutôt bien. Aran Bevan, qui incarne Peter, a vraiment une bouille antipathique (traduction: une face à fesser dedans), Henry Douthwaite joue très bien le rôle du père dépassé par les événements et la jeune Angelica Alleruzzo est convaincante en adolescente sourde muette adepte de spiritisme. Malgré tout, la mayonnaise ne prend pas.

    Si l’idée de mettre en vedette une jeune fille muette est une bonne idée sur papier, cela nuit à l’angoisse provoquée par certaines scènes horrifiques puisqu’elle ne crie pas. De plus, l’évolution du film est très lente et quand, enfin, on arrive au climax final, les réalisateurs Christian Bisceglia et Ascanio Malgarini optent pour des effets de style qui démolissent totalement l’impact dramatique et horrifique de cette ultime confrontation avec le mal.

    On arrive à la conclusion qu’un film consacré à la vie de Peter aurait été beaucoup plus intéressant et rafraîchissant que l’actuelle proposition. Tsé, un peu comme The Good Son, mais dans la Sicile du début du XXe siècle. Une idée pour un prequel? Il est probablement trop tard, puisqu’on connaît déjà le destin tragique de Peter.

    Cruel Peter: The Boy est disponible en VSD depuis le 5 mai et sortira en DVD/Blu-ray le 26 mai prochain.

  • [Critique] Suspiria (2018): soupirs profonds

    [Critique] Suspiria (2018): soupirs profonds

    Une jeune danseuse américaine du nom de Suzie (Dakota Johnson) débarque à Berlin afin d’intégrer la célèbre compagnie de danse Helena Markos. Impressionnée par son talent et la sensualité qu’elle dégage, la chorégraphe Madame Blanc (Tilda Swinton, qui joue trois rôles) prend la jeune américaine sous son aile pour en faire une future danseuse étoile. Tandis qu’un respect mutuel et profond se forge entre les deux femmes, d’étranges incidents se produisent provoquant la disparition de certaines danseuses.

    Dans cette nouvelle mouture du chef d’œuvre de Dario Argento, le réalisateur italien Luca Guadagnino a choisi de situer l’histoire en 1977, année de production du film original, au lieu de transposer le récit à notre époque. Si les couleurs éclatantes et les décors baroques du long-métrage du maître de l’horreur italien ont été remplacés par des images ternes et désaturées, ce qui sied bien à la ville de Berlin, les mouvements de caméra, dont certains zooms très rapides, conservent un style rétro qui fait plaisir. Ajoutez à cela l’omniprésence de miroir et de reflets, ainsi qu’une pluie constante et assourdissante, Suspiria (2018) propose un esthétisme léché qui parvient parfaitement à instaurer un sentiment d’angoisse.

    Suspiria 2018De plus, au lieu de nous présenter des chorégraphies de ballets plutôt classiques, le film de Guadagnino fait une sublime exploitation de l’art de la danse. En effet, les chorégraphies concoctées par le franco-belge Damien Jalet sont très réussies, particulièrement celle du spectacle final nommé «Volk» (peuple en allemand). Ainsi, accompagnés par l’inquiétante musique de Thom Yorke, les corps des danseuses se contorsionnent, voire se démantibulent et se déboîtent, provoquant un malaise chez le spectateur. Soulignons également la magnifique scène de l’audition de Suzie au début du film, faite sans musique, constituée uniquement de bruits de frottements et d’halètements saccadés, donnant à l’ensemble un caractère charnel et animal.

    Si certains reprocheront au film d’être avant tout formaliste et prétentieux, ce n’est pas vraiment ce qui a gâché le plaisir de l’auteur de ces lignes. Du moins, pas tout à fait. Effectivement, ce parti pris édulcore l’effet d’épouvante ressenti à la vue du film original, mais le véritable problème est ailleurs. La durée (2h32) alourdit également l’ensemble, c’est certain, mais les cinq premiers actes — divisions qui apparaissent textuellement à l’écran — demeurent efficaces et intéressants. C’est lors du sixième acte, ainsi que pendant l’épilogue, que le film perd pied.

    Ainsi, lors de la scène finale réunissant les sorcières dans une célébration sanglante, censée être l’apothéose du film, ce n’est plus le remake du Suspiria qu’on a l’impression de regarder, mais plutôt celui du très mauvais Mother of Tears (La Terza madre), troisième opus de la trilogie des trois mères de Dario Argento, sorti en 2007.

    La photographie et les effets spéciaux sont d’une laideur abyssale et on se demande comment est-ce possible qu’on ait patienté tout ce temps pour voir un tel foutoir à l’écran. Markos (Tilda Swinton encore) ressemble à un Dr Strangelove en décomposition et on ne sait plus si on doit avoir peur ou si on doit rigoler. Sans compter un sous-texte sur le nazisme qui était demeuré subtil jusqu’à maintenant et qui prend soudain le dessus, particulièrement lors de l’épilogue qui ressemble plus à la conclusion d’un drame larmoyant sur la Shoah que celle d’un film d’horreur. Évitons d’en dire plus pour ne pas déflorer l’intrigue du film, mais pour reprendre les mots de Molière, on se demande: que diable faisons-nous dans cette galère? Tout ça pour ça? Vraiment?

  • [Critique] Errementari: monstres et merveilles

    [Critique] Errementari: monstres et merveilles

    Inspiré d’une vieille légende basque dans laquelle un forgeron vend son âme au diable, Errementari débute en 1835, lors de la première guerre carliste. Le forgeron Patxi, soldat basque luttant du côté des carlistes, échappe à une exécution grâce à son pacte avec un démon appelé Sartael. Après la guerre, le forgeron mène une vie solitaire dans une forge fortifiée et est craint par tout le village qui n’ose s’approcher de lui. «C’est là que vit le diable», affirme même l’un des villageois. Lorsqu’un fonctionnaire arrive au village pour récupérer un butin constitué de cinq kilos d’or et qui serait détenu par le forgeron, la vie des habitants de la bourgade sera rapidement chamboulée.

    Errementari The Blacksmith and the Devil film affiche

    Récipiendaire en 2017 du Prix du Public au Festival du film d’horreur et fantastique à San Sebastián, Errementari (forgeron en basque) a été réalisé par un certain Paul Urkijo dans un dialecte basque qui ne serait plus parlé de nos jours. Proposant une direction artistique vraiment superbe rappelant certaines productions espagnoles de Guillermo del Toro, le film baigne incontestablement dans une ambiance de contes et légendes, à un tel point qu’à certains moments, on a l’impression de regarder un épisode de la série Monstres et Merveilles (The Storyteller) avec John Hurt (ce qui n’est pas une mauvaise chose, tellement cette série a marqué positivement l’enfance de plusieurs d’entre nous).

    Si au début, on est intimidé par les références historiques et culturelles du film peu connues de ce côté-ci de l’Atlantique, Urkijo construit sa narration de manière efficace et limpide et parvient rapidement à capter l’intérêt du spectateur, entre autres grâce au personnage d’Usue, une petite orpheline maltraitée par les garçons du village. Alors qu’elle n’était qu’un bébé, la mère d’Usue se serait pendue, condamnant son âme à rôtir en enfer, du moins selon le prêtre du village qui a adopté l’enfant. Rapidement, on découvre que sa tragique histoire serait reliée à celle du mystérieux forgeron.

    Flirtant davantage avec la fantasy que l’horreur, Errementari propose un bestiaire démoniaque diversifié. Les effets spéciaux sont plutôt réussis et un humour pince-sans-rire vient agrémenter le tout. Malheureusement, certains problèmes de rythme viennent un peu gâcher la sauce, mais le résultat final demeure tout de même potable et nous propose d’ailleurs une conclusion qu’on pourrait qualifier de dantesque. Parfait pour un dimanche après-midi.

    Errementari est disponible sur Netflix depuis le 12 octobre.