Category: Critiques

  • [Critique] « Arcadian » : une apocalypse (trop) tranquille

    [Critique] « Arcadian » : une apocalypse (trop) tranquille

    Depuis quelques années, on assiste à une réelle renaissance de Nicolas Cage avec des films comme l’excellent Mandy de Panos Cosmatos et le surprenant Dream Scenario de Kristoffer Borgli. L’acteur nous fait oublier les décennies de films de série B médiocres qu’il nous a fait endurer pour payer ses dettes. Maintenant qu’il peut enfin choisir ses projets, chaque film mettant en vedette Nic Cage est un potentiel chef-d’œuvre. Lorsqu’on l’annonce dans un rôle de papa devant élever ses deux fils adolescents après la fin du monde, on se dit donc qu’il y aura sûrement quelque chose à raconter…

    Quinze ans après un événement apocalyptique ayant donné naissance à d'horribles monstres nocturnes, un homme et ses deux fils adolescents tentent de survivre dans une petite ferme au milieu de nulle part. Lorsque l'un des fils ne revient pas au coucher du soleil, son père brave les dangers de la nuit pour le retrouver, laissant son autre enfant seul pour défendre la ferme.

    Arcadian prend donc la forme d’un récit initiatique, dans lequel deux adolescents (Jaeden Martell et Maxwell Jenkins) devront, par la force des choses, et surtout des monstres qui mènent un siège à leur maison toutes les nuits, sortir de leur enfance pour devenir des hommes et faire face à un avenir plus sombre que jamais. C’est donc sur ce duo que le film porte son attention, laissant papa Cage en arrière-plan après une chute brutale le laissant dans le coma. Assez dommage, car il était vraiment le seul membre de la distribution avec assez de charisme pour porter le projet sur ses épaules. Sans vouloir attaquer le jeu des plus jeunes acteurs, ils n’ont définitivement pas le magnétisme nécessaire pour élever le film au-dessus de la masse des sorties du même genre.

    La mise en scène de Benjamin Brewer, dont c’est le troisième long métrage, est assez viscérale lors des attaques de monstres. Il utilise la caméra à l’épaule pour la totalité du film et, bien qu’elle donne la tremblote à l’image et que de ce fait, il nous soit parfois difficile de bien comprendre ce qui s’y passe, l’effet procure une nervosité imprévisible au film qui parvient à nous immerger dans l’action des scènes horrifiques de manière plutôt efficace. Brewer échoue par contre tristement lorsqu’il veut simplement développer ses personnages et l’univers dans lequel ils évoluent. Ces moments, qui occupent la quasi-moitié du film, sont d’une mollesse rare. Tout est trop lent, du montage aux dialogues, et on s’ennuie réellement.

    Cet aspect n’est pas aidé par une écriture de personnage très peu inspirée, qui essaie de nous mettre dans la peau des garçons ne voulant que vivre leur adolescence dans un monde qui le leur interdit sans arrêt de par sa nature. Cela pourrait être très intéressant si le film ne refusait pas autant de donner un peu de personnalité à ces personnages. En dehors d’une romance sous-écrite avec une voisine, le film ne nous donne rien de consistant à nous mettre sous la dent quant à ses protagonistes.

    Pour faire la comparaison évidente, Arcadian s’inspire énormément du film A Quiet Place, autant dans ses thématiques que par son imagerie, et il serait très facile de s’arrêter à cela, mais le film de Benjamin Brewer a plus d’ambition qu’il n’y paraît, surtout dans le traitement de ses monstres. En termes de pur design, ceux-ci sont vraiment originaux et c’est lorsque le film révèle leur façon de tuer leurs proies que l’horreur survient. C’est non seulement très surprenant, mais aussi plutôt brutal. Même la façon dont ils se déplacent est particulièrement grotesque. Bref, les monstres sont sans équivoque le meilleur aspect d’Arcadian. Il est donc vraiment dommage que leurs premières apparitions à l’écran soient aussi décevantes, entre autres à cause des effets visuels d’une laideur sans nom, qui tuent tout investissement que le public pouvait avoir dans le récit.

    Arcadian aurait très bien pu devenir un autre classique moderne du cinéma horrifique, mais il n’a pas les moyens de ses ambitions. Quelques réécritures auraient véritablement amélioré le produit final. On nous laisse malheureusement avec une œuvre sous-développée qui, bien qu’ayant certains des meilleurs monstres de cinéma qu’on a pu y voir récemment, se plante là où cela compte vraiment, dans son histoire, ses thématiques et ses personnages.

  • [Critique] « Tarot » : une lecture aux bonnes intentions, mais qui prédit son malheur

    [Critique] « Tarot » : une lecture aux bonnes intentions, mais qui prédit son malheur

    Paru en salle le 2 mai dernier, Tarot se veut la toute première réalisation de Spenser Cohen et d’Anna Halberg. Muni d’une bande-annonce qui suscite l’intérêt, le film s’attaque à une prémisse populaire, soit un jeu dangereux joué par de jeunes adultes qui subiront les soubresauts de leur imprudence.Tarot réussit-il à se démarquer du lot infini de films qui ont exploré une thématique similaire? Mettons cartes sur table…

    Un groupe d’amis se retrouve dans un manoir pour célébrer l’anniversaire de l’une d’entre eux. À la recherche d’une activité pour pimenter la soirée, ils décident de se faire lire leur avenir à l’aide d’un vieux jeu de tarot retrouvé au sous-sol. Ce qui semble au départ que de simples prédictions s’avèrent plutôt des sentences sans appel.

    Concept nouveau, même conception

    Plutôt que de ressortir la bonne vieille planche de Ouija – largement surutilisée – et d’évoquer quiconque pourrait bien venir terroriser même les plus sceptiques, nos sept amis décident de s’adonner au bon vieux tirage de cartes afin d’être éclairés sur leur destinée. S’en suit une séance de lecture mêlant astrologie à la signification des symboles et créatures lugubres pour brosser le portrait de ce qui se placera sur la route de chacun. Prenez des notes, cela servira plus tard.

    Toutefois, dès les premières phrases émises, on sent le jeu forcé, quasi caricatural, qui nous empêche de prendre quelconque situation au sérieux ou ressentir la moindre empathie envers les personnages. Les stéréotypes tous bien en place, on se lance sans trop grandes attentes dans une petite aventure qui respecte les bonnes manières du genre « teen horror » (malgré que nos amis soient tous dans la vingtaine!).

    Illogismes rehaussés de dialogues insipides et de réactions désinvoltes, Tarot prend rapidement les allures d’un film typiquement moyen mettant en vedette quiconque sachant hurler et moindrement courir pour tenter de se sauver.

    La frousse à la rescousse!

    Heureusement, la piètre mise en scène est momentanément éclipsée lors des séquences d’horreur, où l’anxiété monte suffisamment pour raviver notre intérêt pour le scénario. Malgré une vague impression de déjà vu, on prend un malin plaisir à découvrir les diverses créatures qui s’attaquent aux personnages qui, l’un après l’autre, prennent des décisions douteuses. De plus, les amateurs de sursauts sont allègrement servis par de bonnes montées de rythme cardiaque.

    Dans le respect d’un bon vieux cliché entre en scène un nouveau personnage qui viendra expliquer le pourquoi du comment de ce qui se passe et qui propose sagement une possible porte de sortie à ceux qui ont réussi à s’en tirer jusqu’à maintenant. Photo d’antan, découpures de journaux, petit flashback dans un autre siècle, et hop, on reprend la route vers le dénouement encore incertain… mais un peu prévisible.

    Malheureusement, la fin de Tarot nous redonne une fois encore l’impression de s’être fait jouer un mauvais tour et que finalement, il était de notre destin d’être déçu·e·s.

  • [Critique] : « Humane » : un thriller familial qui tente de creuser plus loin sous la surface

    [Critique] : « Humane » : un thriller familial qui tente de creuser plus loin sous la surface

    Caitlin Cronenberg, fille du réalisateur canadien David Cronenberg (The Fly, Crimes of the Future) et sœur de Brandon Cronenberg (Possessor, Infinity Pool), nous propose un thriller aux saveurs de comédie noire et sous la forme d’un drame familial pour son premier long métrage Humane (Humain). Originairement photographe, la désormais réalisatrice se lance sur les traces familiales en abordant une thématique sinistre et dystopique qui s’inspire des projets typiquement cronenbergiens. Une question s’impose : Caitlin Cronenberg sera-t-elle en mesure d’honorer ses prédécesseurs avec cette production?

    Frappé par une crise environnementale à grande échelle, le monde souffre d'un problème de surpopulation; le gouvernement instaure alors un nouveau programme d'euthanasie rémunéré pour résorber la situation. Au travers de cette catastrophe, une famille riche se voit prise dans de beaux draps lorsque le patriarche leur annonce qu'il a décidé de s'inscrire au projet.

    Critique sociale intéressante, mais imprécise

    À la base, Humane porte une prémisse plutôt intéressante : une société surpeuplée, qui encourage ces citoyens à mourir en échange d’une grosse somme d’argent. On y ajoute l’aspect des changements climatiques, où les gens doivent se protéger en tout temps d’un soleil ardent aux rayons UV encore plus dangereux que notre étoile actuelle. Bref, les humains vivent dans la précarité et la peur. Ce mélange d’enjeux sociaux et environnementaux est évidemment un reflet extrapolé de notre propre situation (qui elle aussi en arrache, il faut le dire).

    Dans ce contexte, Cronenberg insère une famille extrêmement bien nantie qui représente un groupe méprisé dans ces circonstances apocalyptiques. Tous convié à un « dernier repas », on retrouve le père Charles (Peter Gallagher), ancien journaliste populaire, et sa femme Dawn (Uni Park), une cheffe de renommée, qui annoncent leur « grand voyage ». Parmi les personnes invitées, il y a le fils Jared (Jay Baruchel), un politicien exécrable; Noah (Sebastian Chacon), le fils adopté et ex toxicomane; Rachel (Emily Hampshire), représentante d’une compagnie pharmaceutique controversée, et Ashley (Alanna Bale), actrice sans succès.

    Éventuellement les frères et sœurs devront entrer dans une compétition sanglante pour déterminer qui devra prendre la place de Dawn, s’étant désistée à la dernière minute. Tout le monde joue cartes sur table, mais avec chacun leurs lots de vices, il est difficile d’établir qui devra y passer. Dès lors, on assiste à une sorte de chasse maladroite, tout en humour et en coups bas. Ici, les acteur·trices réussissent à nous divertir avec rythme en faisant monter et descendre la tension par intermittence.

    Humane nous amène à faire valoir les humains moralement en calculant leurs vertus et leurs transgressions : qui mérite d’être en vie et qui mérite de mourir? On ne va cependant pas jusqu’au bout de l’idée, en restant exclusivement dans le cadre serré et opulent de la famille York. Sans constater l’ampleur des inégalités causées par le projet chez les gens plus démunis, la critique que prétend faire le film n’explore pas la réalité dans son entièreté.

    Malgré ce manque de profondeur et un univers esthétique inabouti (décevant sachant les antécédents photographiques de Cronenberg), la réalisatrice réussit à bâtir un film plutôt intéressant et divertissant, mais sans plus.

  • [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    [Critique] « Vermines (Infested) » : lorsqu’arachnophobie rime avec cinéphilie

    Après avoir fait sensation dans les festivals à l’échelle mondiale, Vermines (Infested) arrive chez nous ce vendredi via Shudder. On peut parier que vous allez kiffer grave (comme c’est un film français, on s’adapte, hein). D’emblée, on se doit de confirmer que ce premier long métrage de Sébastien Vaniček n’a vraiment, mais vraiment pas volé les nombreuses accolades qu’il s’est méritées depuis sa première au Festival de Venise l’automne dernier.

    En plus de ses récentes nominations aux Césars, le film a remporté deux prix au Fantastic Fest (meilleur film et meilleur réalisateur, catégorie horreur), de même que le prix spécial du jury au prestigieux Sitges Film Festival, « pour être un film de monstre aussi puissant que politique ». Car Vaniček (avec qui on a pu discuter via Zoom; voir plus bas) en a profité, entre deux séquences bien angoissantes, pour dénoncer la violence policière comme le fit jadis le bon Kassovitz. Donc, ça raconte quoi, Vermines?

    Kaleb, un revendeur d'espadrilles luxueuses, adore les petites bestioles. Dans son appart, il en collectionne : ses colocs sont des reptiles, batraciens et autres insectes qui piquent, vivants dans de grands vivariums. Lorsque s'échappe une redoutable et exotique araignée qu'il vient à peine d'acheter, il doit tomber en mode survie, épaulé de sa sœur Lila, son pote Mathys et d'un couple d'amis, Manon et Jordy. Ça se complique surtout lorsque débarque sur place la police, scellant l'immeuble, semant ainsi la panique.

    Les banlieusards

    Après une bien épicée intro à saveur marocaine, on plante le décor à l’est de Paris, à Noisy Le Grand (patelin d’origine du réalisateur), plus précisément aux arènes de Picasso, un aussi impressionnant que singulier immeuble de près de 500 logements — allez le googler, ça vaut le détour. Ce récit sans temps mort (106 minutes au compteur) prend tout de même — et fort heureusement — le temps de nous présenter des personnages à la fois attachants et joliment complexes. Élevant du même fait une prémisse qui pourrait sembler somme toute classique sur papier.

    C’est que nos protagonistes sont défendus par un solide casting des plus diversifiés, incarnant de jeunes adultes plutôt ordinaires, qui roulent leur bosse dans une banlieue anonyme sans trop faire de vague, réagissant de façon crédible face à la menace. Notre héros est interprété par Théo Christine (le long métrage Gran Turismo, la série War of the Worlds) et sa sœur par Sofia Lesaffre (Seul, Deep Fear), un duo filial au passé chargé, dont la relation évoluera organiquement en cours de route.

    Leurs amis, Manon, Jordy et Mathys, sont respectivement joués par Lisa Nyarko, Finnegan Oldfield (Coupez!, la série Das Boot) et Jérôme Niel (au générique de deux films de Quentin Dupieux, Daaaaaalì et Fumer fait tousser); un fortiche ensemble auquel on s’attache rapidement et qui nous offre même plusieurs moments poignants. Sans oublier tous les autres beaux personnages secondaires des plus colorés (et on ne parle même d’épiderme ici!).

    Maitriser l’intensité sans oublier de raconter

    Or, la véritable star du film, c’est la réalisation sans faille de Vaniček. Multipliant les mouvements de caméra dynamiques et autres plans très frais, il tâche toujours de rester au service de la prémisse. Et perfectionniste jusque dans son énergique générique. Une virtuosité rafraichissante qui n’est pas sans rappeler par moments le style d’un jeune Raimi.

    En se gardant de trop en dévoiler, on peut tout de même se permettre de balancer en vrac quelques noms familiers qui nous sont venus en tête, comme les grands maîtres nord-américains que sont les Hooper, Friedkin, Fincher, Carpenter et Cameron, de même qu’une poignée de dynamiques duos européens : Bustillo/Maury, Cornish/Wright, Levasseur/Aja et Balaguero/Plaza.

    En effet, le bonhomme semble être fan comme nous des plus inventifs cinéastes n’ayant jamais touché à l’horreur (et oui, sachez que votre scribe défendra bec et ongles ces audacieuses comparaisons si vous le mettez au défi!). Du coup, après le visionnement de votre nouveau film d’araignées tueuses préféré, vous comprendrez trop bien pourquoi le réalisateur a été recruté pour non seulement écrire (avec Florent Bernard, son co-scénariste sur Vermines) et réaliser le prochain film de la saga Evil Dead — qui devrait normalement sortir pour Halloween 2025.

    Shooter de vraies araignées

    Au niveau de l’équipe technique, on retrouve également pas mal de talents. Impossible de ne pas souligner la qualité des images de l’impeccable direction photo. On l’a doit à Alexandre Jamin (Horsehead), qui retrouvait Vaniček après avoir bossé sur son moyen métrage Crocs (2018). D’inventifs plans (et parfois frénétiquement immersifs) qui sont magnifiés par le montage vitaminé et bien tassé de Thomas Fernandez (Jappeloup, Enter the Void) et Nassim Gordji Tehrani (Igor).

    Ponctuées de tout plein de hip-hop français, la trame sonore des plus anxiogènes de Douglas Cavanna (Crocs) et Xavier Caux renforce de belle façon le niveau de terreur. Sans oublier les effets spéciaux pratiques de Léo Ewald (Vesper), complémentés avec brio d’irréprochable CGI et d’authentiques araignées! Non, vous n’êtes pas prêt·e pour toutes ces poursuites haletantes, qui donnent l’impression d’être pourchassé·e·s dans des couloirs bien sombres par des hordes de bébés xénomorphes!

    Claustrophobes, car confinées, ces montagnes russes sous tension font rimer émotion avec action, en plus d’être pimentées d’humour et d’une sensibilité aussi française que multiculturelle. Bref, un film de son temps, qui livre solidement la marchandise et qui surprend souvent. Vermines prouve, hors de tout doute, qu’il est possible de faire dans notre belle langue du cinéma de genre, aussi célébré qu’exportable. Encore!

  • [Critique] « The King Tide » : entre horreur folklorique et tensions communautaires

    [Critique] « The King Tide » : entre horreur folklorique et tensions communautaires

    Dans le genre de l’horreur folklorique, nous avons récemment eu droit à plusieurs représentants intéressants : des histoires de sorcellerie de la Nouvelle-Angleterre avec The Witch de Robert Eggers aux sectes rituelles suédoises qui aident à surmonter une rupture de Midsommar d’Ari Aster, en passant par les difficultés parentales de la campagne islandaise dans Lamb de Valdimar Jóhannsson. Avec The King Tide (La Grande marrée), Christian Sparkes nous offre un film d’horreur folklorique canadien directement venu de Terre-Neuve!

    Une communauté insulaire de la côte Est canadienne en difficulté reçoit une mystérieuse bouée de sauvetage sous la forme d'un nourrisson échoué sur sa plage. Le bébé rayonne d'une aura rajeunissante, guérissant quiconque passe quelques instants en sa présence. Mais après une décennie de prospérité, les parents adoptifs d'Isla doivent décider si sa sécurité est plus importante que les attentes de leur communauté.

    Tout d’abord, The King Tide n’est pas un film d’horreur, ou du moins pas au sens classique du terme. Bien qu’il comporte plusieurs éléments horrifiques dans son scénario, ceux-ci sont traités de manière plus subtile et moins appuyée. Pas de jump scares à outrance, ni de créatures surgissant de l’ombre pour déchirer violemment les entrailles d’un pauvre figurant ignorant. Nous sommes davantage dans l’ordre du thriller psychologique que du véritable film d’épouvante, mais ce n’est absolument pas une mauvaise chose.

    L’équipe du film est bien plus intéressée à poser une ambiance oppressante qu’à créer des sensations fortes bon marché. Cette atmosphère constitue la plus grande force du film, prenant le public à la gorge et serrant de plus en plus au fil de la progression, jusqu’à ce qu’on ne puisse plus respirer. Tout cela est renforcé par une direction photo particulièrement soignée, de longs plans de caméra qui laissent respirer le film ainsi qu’une musique envoûtante qui parvient presqu’à nous hypnotiser. La combinaison de tous ces éléments crée un film duquel se dégage un sentiment de malaise constant, donnant l’impression que chaque porte de chaque petite maison pourrait cacher des actes monstrueux, trop horribles pour même être mentionnés.

    Thématiquement, The King Tide est assez riche, abordant entre autres le fondamentalisme religieux de façon étonnamment nuancée. Alors que d’autres films abordent le sujet uniquement de façon négative, l’œuvre de Christian Sparkes le retourne dans tous les sens pour en montrer les bons et mauvais côtés. On nous parle notamment d’un tissu communautaire serré qui donne de l’importance et un sentiment d’appartenance à chacun de ses membres, mais aussi de l’isolement que cela entraîne.

    Le film se déroule sur une petite île au milieu de nulle part, où les habitants entretiennent une haine profonde (qui ne sera jamais justifiée ou expliquée) envers ceux qui habitent sur le continent. À un tel point qu’on interdit aux habitants de quitter l’île et qu’on laisse croire à la petite que le monde extérieur est simplement inexistant. C’est là que le film pose la question : quand la protection devient-elle dangereuse? Chaque règle est censée avoir pour objectif de protéger Isla du monde extérieur. Le film soulève ici l’hypocrisie des villageois lorsqu’on se souvient que la fillette vient elle-même de ce monde extérieur et finalement, la protéger n’est qu’une excuse pour garder les membres de la communauté aussi dociles et manipulables que possible. Comme bien des organisations religieuses, la protection des enfants n’est qu’un prétexte pour propager de la haine et des idées tout aussi fausses que dangereuses.

    The King Tide est un film à combustion lente qui prend vraiment son temps pour installer son univers et ses enjeux. Autant ça permet à la tension du récit de bien s’installer, autant on sent vraiment les 100 minutes s’écouler, surtout lors du deuxième acte plus lent et pénible à surmonter. C’est encore pire avec les habitants du village, personnages particulièrement fades. On les confond souvent, on oublie leur nom et ils n’ont pas de véritables personnalités. Le film les traite comme une unité à la place de les développer individuellement et ce n’est pas suffisant pour nous donner envie de les suivre.

    Aussi, malgré sa montée de tension incroyablement maîtrisée, The King Tide mène à une finale assez molle, qui laisse le public sur sa faim. Cela donne un véritable effet de pétard mouillé et nous fait quitter le film avec un sentiment de vide, où on se dit : « C’est tout? ». Cette fin au ventre mou risque de frustrer plusieurs personnes, surtout celles pour qui la lenteur du film était particulièrement exigeante.

    Au final, The King Tide est un film d’horreur folklorique très intéressant pour ses thématiques et son atmosphère, mais qui divisera beaucoup les foules en raison de ses personnages inintéressants, de sa lenteur et de son climax décevant. Si vous êtes fans de films comme The Witch ou It Comes at Night, vous y trouverez sûrement votre compte.

  • [Critique] « Late Night with the Devil » : une combinaison gagnante de paranormal et de rétro

    [Critique] « Late Night with the Devil » : une combinaison gagnante de paranormal et de rétro

    Écrit et réalisé par les frères australiens Colin et Cameron Cairnes, Late Night with the Devil est enfin disponible au visionnement sur la plateforme Shudder. Après avoir fait fureur aux festivals SXSW et Fantasia l’an dernier, le film attire entre autres plusieurs curieux·euse·s qui s’empressent de vouloir y constater l’utilisation de l’intelligence artificielle, apparemment présente dans trois scènes seulement. Une petite controverse nait de l’usage de cette technologie, que plusieurs perçoivent comme une menace vis-à-vis les esprits créatifs qui régissent l’art cinématographique.

    Malgré le débat engendré, l’œuvre mérite d’être acclamée pour l’étanchéité de sa formule rétro, son usage habile de faux found footages et ses performances solides. Late Night with the Devil se vaut d’être vu, que vous soyez craintifs face à l’IA ou pas!

    Lors d'un épisode spécial d'Halloween, Jack Delroy (David Dastmalchian), l'animateur du talk-show Night Owls, rassemble une série d'invité·e·s du domaine du paranormal. Dans l'espoir de faire monter ses codes d'écoute, Jack permet une séance de conjuration en direct entre une docteure (Laura Gordon) et sa jeune patiente (Ingrid Torelli) prétendument possédée par le diable : une grave erreur…

    Plonger tête première dans l’époque

    La grande force du film des Cairnes demeure dans l’ambiance créée. Avec le bourdonnement et les soubresauts des séquences, l’image est travaillée à la manière d’une cassette VHS pour le plus grand bonheur des nostalgiques. L’univers visuel et le concept de l’émission télévisée nous plongent directement dans les années 70.

    En ajoutant une série de références typiques à l’époque, soit la panique satanique, le Bohemian Grove (qu’on appellera ici The Grove) et l’occultisme, on élabore également un climat plutôt réaliste qui nous assure une immersion engageante dans le narratif.

    Qui est Jack Delroy?

    C’est surtout la contextualisation sous forme de documentaire en introduction qui nous éclaire sur le protagoniste Jack Delroy et son parcours. Le décès de sa femme, ses mauvaises fréquentations au sein du groupe « The Grove », sa gloire de début de carrière puis son essoufflement professionnel : l’animateur passe par une gamme d’évènements marquants.

    Malgré son charisme évident, des indices nous laissent penser que Jack cache quelque chose de plus sombre sous sa parure astiquée. Pendant les pauses publicitaires, des coupures abruptes scindent les scènes de l’enregistrement de l’émission (en couleur) et les scènes de coulisses (en noir et blanc). Cette dichotomie esthétique et tonale présente deux côtés de l’homme et son équipe acharnée, mais surtout deux réalités qui nous font douter de ce qui est vrai ou faux.

    Encore plus d’horreur, s’il vous plait!

    Late Night with the Devil est expéditif, mais non moins efficace. L’aspect horreur se matérialise graduellement jusqu’à exploser vers les dix dernières minutes en apothéose sanguinolente. Afin de vraiment déstabiliser son public, le long métrage aurait toutefois pu gagner à prolonger et développer ces éléments de terreur, trop brefs. La séance de conjuration reste cependant un point fort en matière de performances et d’effets spéciaux : à voir pour les amateur·trice·s d’exorcisme!

  • [Critique] « Abigail » : un ballet à canines où on sent trop la chorégraphie

    [Critique] « Abigail » : un ballet à canines où on sent trop la chorégraphie

    Un an seulement après la sortie de Scream VI, le collectif Radio Silence (dont la réalisation est assurée par Matt Bettinelli-Olpin et Tyler Gillett) propose Abigail, un nouveau film d’horreur troquant le slasher pour une nouvelle direction. Malgré le changement concernant l’intrigue, la formule que choisit les réalisateurs demeure similaire à leurs œuvres précédentes, en particulier dans l’excès et le style de Ready or Not. Bien que l’équipe est confortable dans ses habitudes et que le résultat comporte ses bons moments, l’ensemble demeure convenu et sans vraiment de surprises.

    On suivra les voyous les plus incompétents de l'histoire du crime, alors qu'ils sont chargés du kidnapping d'Abigail, une jeune ballerine fille d'un homme riche et puissant. Le plan, mené par le mystérieux Lambert (un Giancarlo Esposito qui aura au total moins de dix minutes de temps à l'écran), est de garder la fillette captive durant 24 heures, le temps octroyé à son père pour payer la rançon. Toutefois, le tout tournera au vinaigre lorsque le groupe réalisera qu'ils ne sont pas en présence d'une jeune fille normale... Et ils ne sont pas aidés par Joey (Melissa Barerra), l'une des criminelles, qui détache et libère Abigail par pitié au bout de cinq minutes de captivité. 

    Après avoir réalisé les deux derniers volets de la franchise Scream, l’équipe de Radio Silence nous a tout de même habitué à un humour réflexif, où les personnages sont stéréotypés afin de servir leur rôle au sein d’un genre extrêmement codifié. Mais si, dans l’univers de Ghostface, cet excès de mise en scène était maîtrisé et justifié par la franchise même, le résultat est beaucoup moins fluide dans cette nouvelle proposition, particulièrement dans la première moitié du film. On sent les dialogues très placés et peu naturels, malgré la compétence des acteurs (notamment Alisha Weir, qui se démarque dans le rôle de la jeune ballerine, et Kevin Durant, qui fait preuve d’un timing comique surprenant). On notera également la dernière participation à l’écran du regretté Angus Cloud.

    Heureusement, au bout d’un long moment, Abigail trouvera finalement son ton, flirtant avec l’humour adolescent et les incohérences habituelles du genre, où les personnages semblent vouloir trouver tous les moyens possibles pour se séparer lorsqu’ils doivent fuir une menace. Le tout culminera dans une escalade finale sanglante à souhait, et on acceptera mieux les nombreuses maladresses et incohérences scénaristiques, tant l’ensemble ne se prend plus au sérieux. L’intrigue demeure assez confuse et la tentative de réinventer l’archétype du vampire manque de clarté. On sentira d’ailleurs que le choix d’intégrer le ballet à l’univers du film relève davantage d’un souci esthétique que d’une cohérence narrative, surtout après avoir entendu dix fois le thème du Lac des Cygnes.

    Il est bon de sentir des personnes créatrices s’enraciner dans un style qui leur plaît, mais tout de même, après plusieurs propositions honnêtes, Radio Silence donne l’impression d’avoir appris leurs pas de danse par cœur et de nous les livrer avec de moins en moins d’efforts. La recette fonctionne toujours, mais n’est pas des plus savoureuses.

  • [Critique] « Sting » : sympathique arachnide from outer space

    [Critique] « Sting » : sympathique arachnide from outer space

    Un mois de bébites nous attend en avril avec non pas un, mais bien deux films d’araignées géantes, le premier étant Sting, la dernière réalisation du cinéaste néo-zélandais Kiah Roache-Turner, connu pour la franchise Wyrmwood et Nekrotronic. À l’inverse des Arachnophobia et Eight Legged Freaks de ce monde, on y suit cette fois les aventures d’une seule araignée tombée directement du ciel.

    Charlotte, 12 ans, se lie d'amitié avec une araignée spéciale qu'elle a découverte. L'arachnide possède en effet d'étonnantes particularités: en plus de son appétit hors norme, elle a la capacité d'imiter les sons. Charlotte réalise rapidement que son nouvel animal de compagnie grandit un peu trop rapidement. Et il semblerait que cette araignée aime également aller faire un tour chez les voisins.
    Sting image film

    Si Sting n’est pas votre premier film d’horreur, vous saurez anticiper le moindre de ses tournants et ce, dès les premiers instants. On connaît le récit comme si on l’avait tricoté : une bestiole s’invite dans un environnement familial, prend des proportions monstrueuses et décime les gens qu’elle croise un par un, jusqu’à ce que le héros (ici, notre pré-adolescente entêtée) tente de contrecarrer ses plans d’anéantissement. Force est d’admettre toutefois que le résultat demeure ici fort sympathique.

    N’espérez cependant pas une explosion d’action et de gore disjoncté comme les précédents titres de Kiah Roache-Turner nous ont offerts. Sting se mesure à plus petite échelle, avec son action se déroulant à la manière d’un huis clos, dans quelques appartements de voisins d’un immeuble à logements, et ses deux ou trois mises à mort sanglantes. La production à petit budget rend bien les effets de sa créature — créés par la fameuse Wētā Workshop — autant de manière numérique à ses débuts qu’en format pratique, lorsque la créature est à son plus gros. Les scènes sont amusantes, mais personne n’en sortira terrifié.

    C’est que l’ambiance de Sting est plus bon enfant qu’inquiétant. En dehors de la famille reconstituée qui dresse un portrait parfois touchant de leur situation, les personnages secondaires ultra-typés font sourire pendant qu’on attend patiemment leur destin tragique. La réalisation Roache-Turner laisse peu de temps mort, mais le contraire aurait été surprenant (et surtout très triste) avec une durée d’à peine 90 minutes. On aurait d’ailleurs pris un tantinet plus de développement au sein du trio principal question de s’immiscer encore davantage dans la dynamique familiale particulière. La jeune Alyla Browne (le prochain Furiosa : A Mad Max Saga) est tout simplement parfaite dans son rôle de jeune fille dure à cuire.

    Sting est un petit film sympathique, qui ne nous sort jamais de notre zone de confort, mais vaut bien son visionnement. Maintenant, on attendra avec impatience ce que Vermines nous proposera vers la fin du mois, parce que plus il y a de films d’araignées, mieux c’est.

  • [Critique] « Civil War » : le film provocant qui a peur de provoquer

    [Critique] « Civil War » : le film provocant qui a peur de provoquer

    Après plusieurs œuvres telles qu’Ex Machina, Annihilation, et plus récemment Men, Alex Garland, qui était d’abord connu comme scénariste, n’a désormais plus rien à prouver quant à ses qualités de réalisateur. En ce qui concerne la mise en scène et sa capacité à bien raconter une histoire, son plus récent projet, Civil War (Guerre civile), est à la hauteur de l’artiste. Toutefois, cette fois-ci, Garland s’attaque à une proposition à bien plus grand déploiement que ses œuvres précédentes. En résulte un film bien divertissant et qui a ses bons moments, mais ne parvient pas tout à fait à atteindre son objectif et reste plutôt en surface.

    Dans une Amérique dystopique, mais extrêmement près de la réalité, les différents États se sont rassemblés en plusieurs factions, s’affrontant mutuellement. La guerre civile est déclarée, laissant sur son sillage des panoramas désolés, non sans rappeler les autoroutes désertes de The Walking Dead ou de The Last of Us, mais avec en guise de zombies, une population réduite au survivalisme, où on se tire à bout portant au moindre accrochage et où le racisme et l’intolérance sont à peine camouflés. Encore une fois : pas très loin de la réalité. 

    On y suivra donc Lee (Kirsten Dunst) et Joel (Wagner Moura), un duo de photojournalistes agissant comme correspondants de guerre, qui tenteront de faire la route New York/Washington afin d’obtenir une entrevue avec le président avant que le conflit n’atteigne son point culminant. Le duo, déjà marqué par plusieurs traumatismes reliés à leur travail, sera accompagné par la jeune Jessie (Cailee Spaeny) qui, voulant suivre les traces de ses idoles, apprendra malgré elle les risques de ce métier dangereux.

    C’est donc d’une sorte de road movie dont il est question, alors que la structure narrative de Civil War est constituée des rencontres et péripéties que le groupe vivra dans leur périple. En chemin, Garland nous présente un éventail de situations rudes et provocantes, où l’on est témoins d’un monde dans lequel les traits les plus sombres de l’Amérique sont poussés à leur paroxysme. L’influence de Come and See est omniprésente, une scène en particulier faisant même référence directe à l’œuvre de Klimov. Mais si cette dernière tirait sa force de son caractère dénonciateur et engagé, le film de Garland se contente d’accumuler les séquences spectaculaires, les scènes d’action maîtrisées, mais au final peu surprenantes.

    En guise de contexte politique, Civil War demeure somme toute très vague, le cinéaste ne semblant pas vouloir prendre parti ni livrer de scénario réellement engagé, misant plutôt sur une démonstration d’une société réduite à ses instincts les plus bruts. Alors que le film aurait gagné à approfondir sa critique et oser davantage, on s’en tient à une structure scénaristique assez conventionnelle. On ne sortira jamais réellement des sentiers battus, et si ce n’était du souci donné à l’aspect traumatique du positionnement face à la mort que doivent prendre les photojournalistes, il s’agirait d’un film d’action de guerre sans grand intérêt.

    Heureusement, la relation entre Lee et Jessie, représentant deux générations de photojournalistes, possède assez de substance et soutient tout le reste du film. L’idée de passation entre les deux personnages est somme toute intéressante, malgré qu’elle demeure assez simple, et encore une fois sans trop de surprise. Le duo permet néanmoins à Civil War quelques moments d’une plus grande profondeur et efficacité dramatique.

    Présenter ce genre de proposition dans le contexte sociopolitique actuel est quand même un geste provocateur et engagé. Toutefois, au-delà du divertissement, Civil War rate tout de même la cible pour laquelle il semblait avoir été pensé, soit d’amener à une réflexion ou à une dénonciation plus directe d’un enjeu on ne peut plus réel. À une époque où l’Amérique semble autant à cran, on ne peut s’empêcher de penser que certaines occasions ont ici été manquées.

  • [Critique] « The First Omen » : une tache originelle trop familière et peu originale

    [Critique] « The First Omen » : une tache originelle trop familière et peu originale

    C’est maintenant l’heure d’un sixième film pour la franchise The Omen et reste à savoir si le chiffre du diable aura porté chance au producteur David S. Goyer (Blade: Trinity, The Unborn) et à son équipe. Servant d’antépisode au classique effroyable de 1976 réalisé par Richard Donner, la malédiction de Damien revient nous hanter sur les grands écrans avec une prémisse située dans une église à Rome quelques temps avant les événements du premier film. L’évolution de la franchise a connu des hauts et des bas au fil du temps, voyons voir où se situe The First Omen (La Malédiction: Le Commencement) dans tout cela…

    Nouvellement arrivée à Rome pour une mission dans une église catholique, Margaret (Nell Tiger Free, Servant, Too Old To Die Young) se voit confrontée à une conspiration concernant la naissance de l’Antéchrist.

    Difficile d’éviter les comparaisons avec l’original qui a su laisser son empreinte dans le paysage de l’horreur et marquer plusieurs générations. Cette nouvelle version évoque quelques images terrifiantes qui ne réussissent pas toujours à justifier son existence. Un sentiment de déjà-vu persiste jusqu’au climax de The First Omen, qui fait toutefois partie des moments forts de cette descente aux enfers.

    Les moments les plus dérangeants ne suscitent en effet pas toujours l’effet escompté. L’une des marques de commerce de la franchise réside dans la nature du destin et les tragédies inévitables qui frappent les personnages. On constate un certain manque de créativité et de surprises à ce niveau, notamment lors d’une scène impliquant un accident de voiture qui frôle l’humour involontaire. L’appréciation de ce nouveau chapitre dépend beaucoup de l’atmosphère et du facteur choc, et c’est là que The First Omen n’atteint pas toujours la cible.

    Dès les premiers instants, le directeur de la photographie Aaron Morton (Evil Dead 2013, No One Will Save You) embrasse une esthétique vintage avec une scène déstabilisante, suivie de l’introduction de Margaret lors de son arrivée à Rome. Après quelques prises de vue exquises, on est accueilli par un décor immersif et une attention spéciale aux détails qui étaient pourtant de bon augure. Même si l’expérience commence bien au niveau de l’atmosphère, elle est rapidement interrompue par des jump scares inutiles rappelant la franchise Conjuring et ses nombreux dérivés (plus précisément,The Nun).

    Au niveau de la production, on s’amuse beaucoup avec le contexte religieux des années 1970, ce qui laisse place à des costumes et des décors gothiques parfois inspirants. On trouve également une bonne intégration de la musique d’époque pour complimenter l’esthétique relevée du film. Pour ceux qui se demandent si la fameuse pièce Ave Satani de Jerry Goldsmith est présente dans le film, on vous laissera découvrir par vous-même…

    La cinéaste Arkasha Stevenson tente d’imiter les thématiques du classique de Donner avec des résultats mitigés. Le dilemme spirituel entre le christianisme et le satanisme n’est pas exploré autant en profondeur qu’on aurait pu le souhaiter. On doit toutefois saluer le travail des effets spéciaux pratiques ainsi que quelques éclairs de génie derrière la caméra de la réalisatrice. Nell Tiger Free livre également une performance dédiée et inspirante du début à la fin, même si l’une des meilleurs scènes ne peut éviter les comparaisons avec celle d’Isabelle Adjani dans Possession.

    Pour conclure cette montagne russe de hauts et de bas, The First Omen termine sur un épilogue complètement ridicule et prévisible, qui nous rappelle le manque d’originalité d’Hollywood, où les scénaristes sont plus intéressés à tisser des liens avec l’héritage de la franchise plutôt que de raconter leur propre histoire.

    Au final, le plus gros péché commis par The First Omen est probablement son absence de tension et d’épouvante. Le timing n’est peut-être pas idéal non plus avec la récente sortie d’Immaculate qui s’avère drôlement similaire. Malgré les prouesses de l’équipe technique, il aurait été intéressant de prendre davantage de risques avec cet opus dans la franchise qui semble trop familier.